Sport
Journalistes bloqués à l'aéroport d’Ahmed Ben Bella à Oran: le récit de 30 heures de calvaire
26/06/2022 - 21:30
Amine Oubaha9 journalistes marocains chargés de couvrir la 19e édition des Jeux Méditerranéens d’Oran ont été "pris en otage" pendant 30 heures, à l’aéroport d’Ahmed Ben Bella, à Oran. Voici toute l’histoire.
Tout a commencé ce mercredi 22 juin, lorsqu'une délégation marocaine composée de 99 sportifs dont 9 journalistes a pris le vol vers Tunis pour s'orienter après vers Oran où se tiendra la 19e édition des Jeux Méditerranéens. Certes, les journalistes, dont moi-même, étaient conscients du caractère "particulier" de ce voyage de presse compte tenu de la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie, mais personne n'imaginait que les choses allaient prendre une si mauvaise tournure.
Enthousiasme d’aller à Oran
La délégation marocaine s’est envolée depuis l’aéroport de Casablanca à 9H30 via un vol spécial. Athlètes et représentants médias étaient tous enthousiastes d’aller à Oran représenter honorablement le Maroc aux Jeux Méditerranées et transmettre les valeurs et les principes du sport, tout en tissant de nouvelles relations avec les autres délégations participantes à l’événement. Cet enthousiasme s’intensifie à notre arrivée à 11H30, à l’aéroport de Carthage, à Tunis, avec le bon accueil qui nous avait été réservés et qui qui laissait présager une suite normale à notre voyage.
A 17h00, l’avion décolle vers Oran pour y atterrir vers 18h30. A l’aéroport d’Ahmed Ben Bella, une phrase était sur toutes les lèvres de ceux et celles qui nous avaient croisés: "Bienvenu dans votre deuxième pays".
Mauvaise surprise
Les athlètes marocains, qui étaient chaleureusement reçus, avaient réussi à récupérer leur "pré-accréditation" avant de se diriger vers la sortie, contrairement aux journalistes qui les avaient accompagnés. Les autorités algériennes nous empêchent de rentrer sur le territoire algérien, sous prétexte de ne pas disposer d’accréditations. "Vos noms ne figurent pas dans notre base de données. Vous devez contacter le président de votre délégation pour qu’il vous trouve une solution, afin que vous puissiez entrer en Algérie. Sinon, vous devez quitter le territoire algérien", a lancé un policier.
Or, la réalité est toute autre. Le Comité national olympique marocain (CNOM) avait soumis des demandes d’accréditations 2 mois avant le démarrage des Jeux Méditerranéens. Du coup, les autorités algériennes décident de garder nos passeports et nous obligent de rester dans la zone internationale en attendant que notre situation soit débloquée. Seulement, ce "malentendu" dure plusieurs heures. Les responsables marocains qui essayaient de trouver une issue à ce blocage ne savaient même pas à quel saint se vouer.
Des gestes de soutien
Confusion, stress et fatigue, nous sentions tous les maux et nous avions pris conscience finalement que nous étions désormais au cœur d’une situation "incomprise". Bien qu’ils nous aient interdits d’entrer en Algérie, les policiers de l’aéroport Ahmed Ben Bella étaient respectueux et même serviables. "Avez-vous pris votre diner ? Vous-vous voulez qu’on vous apporte de la nourriture?",… les gestes de sympathie et de soutien étaient nombreux à notre égard.
Vers 23h00, ils nous conduisent vers le salon "first class" pour "nous permettre de nous reposer". Certes, la salle était neuve, bien meublée et disposait d’une petite cafétéria, mais ce n’était pas assez confortable pour y passer notre nuit. Un épuisement physique et mental qui s’était exacerbé par l’absence de connexion internet. On se sentait vraiment isolés du monde.
La situation se complique
Jeudi 23 juin, à 7h du matin, une équipe médicale arrive à la salle pour consulter deux de nos confrères qui ont fait un malaise. L’un est diabétique et l’autre souffrant de problèmes cardiaques. Le cas du premier, qui avait perdu toutes ses forces à cause du stress, était délicat. Idem pour le deuxième qui avait failli s’évanouir.
Plus le temps passait, plus nous nous rendions compte que nous n’étions pas les bienvenus en Algérie. L’interdiction à une responsable consulaire marocaine de nous rejoindre était une preuve suffisante pour comprendre la complexité de la situation.
Enfin une bonne nouvelle!
Il fallait attendre jusqu’à 19H pour avoir une réponse à notre problème. Un des responsables du CNOM avait contacté par téléphone notre confrère Adil Rahmouni pour lui annoncer la bonne nouvelle: "Vous allez rentrer au Maroc. A 00:30, vous allez prendre un vol vers Tunis. Vous passerez tout une journée dans la capitale tunisienne, avant de rentrer au Maroc samedi prochain". C’était pour nous la délivrance. On allait finalement retrouver "notre liberté". On voulait seulement rentrer chez nous "sains et saufs".
Le réconfort
Notre vol vers la capitale tunisienne avait duré 1h30. Après avoir passé la nuit à Tunis, nous avions été reçus par l’Ambassadeur du Maroc, Hassan Tariq qui nous a soutenus moralement et qui a dénoncé par la même occasion la décision des autorités algériennes de nous refouler, sans aucune raison logique.
Un comportement que de nombreux médias marocains et étrangers ont condamné. D'autant plus que les neuf journalistes étaient considérés comme des espions.
Notre retour au Maroc avait eu lieu ce samedi 25 juin. Nous avions regagné le Royaume en 2 groupes. Le premier, composé de 5 journalistes, avait pris un vol à midi, avant d’arriver à Casablanca à 14h45, alors que le deuxième, constitué de 4 journalistes, avait débarqué à Casablanca à 21h15.
Une expérience certes difficile mais riche en enseignements, dont notamment les fortes relations fraternelles qui unissent les deux peuples marocain et algérien.
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