Art & Culture
K-1, l’esthétique des néo-séries
12/04/2026 - 14:16
Mohammed Bakrim
L’âge d’or des néo-séries, (concept né aux USA) a confirmé la métamorphose du spectacle télévisuel. À la base de la néo-série on trouve une grammaire narrative nourrie de l’héritage cinématographique. Elle accède ainsi à une nouvelle légitimité nourrie de complexité qui confine à l’art.
Une complexité qui se caractérise, notamment, par plusieurs intrigues entrelacées ; plusieurs personnages ; ambivalence absolue face à la complexité du monde…Avec des thématiques ancrées dans le réel qui interpellent leur public et l’invitent à réfléchir sur la société qui l’entoure (le rapport à l’argent, la violence, l’éclatement de la cellule familiale…)
L'arrivée de la série K-1 sur 2M s’inscrit dans cette logique et marque un tournant esthétique intéressant dans le paysage audiovisuel marocain. En l'analysant sous le prisme des "néo-séries" américaines (l'âge d'or des années 2000-2010), on observe une volonté manifeste de rompre avec le procédural classique (saturée par la production ramadanesque pour embrasser une narration plus dense et une image plus travaillée.
Les premiers épisodes de K-1 donnent des signes dans ce sens avec une dominante relevant de « l 'esthétique du "noir" urbain ». En effet, la néo-série se définit par une identité visuelle forte, souvent sombre et contrastée.
On remarque dans K-1 un soin particulier apporté à la photographie. L'usage d’un montage dynamique et un travail complexe dans la représentation de l’espace urbain. La ville n'est plus un simple décor, elle devient un personnage.
L'implication de cinéastes dans la réalisation de la mini-série explique cette métamorphose. Le programme en 8 épisodes porte la signature de Nour-Eddine Lakhmari, le cinéaste de l’urbanité par excellence, de Hicham Ayouch, et de Yasmine Benkirane. Une intervention à dimension cinéphilique dans l'univers de la série marocaine qui n’est pas un simple transfert de compétences : c'est une véritable transfusion esthétique. Ces réalisateurs apportent une "grammaire de l'asphalte" qui bouscule les codes télévisuels habituels (angles inédits, rythme, directions d’acteurs…)
C’est ainsi que le petit écran est investi par le regard cinématographique. L’arrivée de ces cinéastes à la série impose une rupture technique majeure. Avec des apports souvent inédits tels que l'optique et la profondeur de champ (les scènes de couloir et d’intérieur au commissariat filmées à la Citizen Kane). Contrairement à la télévision classique qui privilégie la clarté totale, Lakhmari, notamment, utilise des focales qui isolent le personnage dans la foule, je cite la scène de l’enterrement au cimetière avec un très beau plan sur Rachid El Ouali et Fatima Zahra El Jawhari (tous deux magnifiques par ailleurs) . Un choix de cadrage qui crée une sensation de complicité, ou d'intimité, parfois étouffante au milieu de l'immensité urbaine.
On retrouve également l’usage de la caméra épaule qui donne cette nervosité propre au cinéma d'auteur urbain. La caméra "colle" aux corps, suit les protagonistes dans des plans-séquences à travers les ruelles, rendant l'action plus viscérale et moins théâtrale.
Il y a un bémol dans cette partition, que je souligne après avoir visionné les premiers épisodes, et que je situe à deux niveaux : l’ancrage socio-culturel qui reste superficiel en voulant être trop « branche » ; et un déséquilibre flagrant au niveau du cast, il y a comme un hiatus que les nouveaux visages n’ont pas réussi à combler.
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