Société
Ksar El Kébir: des regards tournés vers les barrages et des bras mobilisés pour protéger les habitants
05/02/2026 - 12:12
Youness Oubaali | Hamza BAMMOULe soleil du mercredi 4 février 2026 n’avait pas encore entamé sa course vers le coucher que Ksar El Kébir s’était déjà vidé d’une grande partie de ses habitants.
La ville a massivement répondu à l’appel à l’évacuation lancé par les autorités, après que le taux de remplissage du barrage de Oued Al Makhazine a atteint un niveau record, tandis que les fortes pluies continuaient d’alimenter la crue de l’oued Loukkos, dont le niveau devenait préoccupant.
Jusqu’à la soirée de mercredi, plus de 81.000 personnes avaient été évacuées, dans une opération guidée par une priorité absolue: sauver des vies humaines. Heure après heure, le visage de la ville changeait. L’animation habituelle s’effaçait progressivement, remplacée par le silence d’une situation exceptionnelle qui ne laissait place à aucune hésitation.
Un départ lourd, mais encadré
Les autorités ont assuré les opérations de transport, tandis que les habitants rassemblaient l’essentiel avant de monter dans les bus à destination de zones plus sûres.
Les dizaines de tentes dressées ces derniers jours semblaient désormais abandonnées. Elles avaient pourtant accueilli, nourri et protégé des centaines de personnes avant leur transfert vers des centres d’accueil et de camping à Tanger et dans d’autres villes du Royaume.
Certains commerçants ont choisi de murer l’entrée de leurs magasins avec du ciment et des briques rouges, érigeant de ultimes barrières contre une montée des eaux redoutée à tout moment.
Les rues, d’ordinaire animées, étaient devenues silencieuses. Seuls quelques véhicules circulaient encore, tandis que les voitures des autorités sillonnaient la ville, surveillant chaque détail. La plupart des axes étaient fermés sur instruction stricte des services compétents.
Une ville presque vide, des autorités en première ligne
Au fil des heures, Ksar El Kebir s’est transformée en une ville presque fantôme: commerces fermés, quartiers vidés, vie suspendue. Une scène qui ressemblait à un adieu collectif, dicté par la nécessité.
À l’extérieur, une seule entrée de la ville restait ouverte, sous le contrôle étroit de la Gendarmerie royale. L’accès n’était autorisé que dans des cas exceptionnels.
Vers la mi-journée du mercredi, les eaux pluviales ont commencé à submerger l’entrée principale de la ville, sur la route de Larache. Quelques véhicules ont d’abord pu passer, mais la situation s’est rapidement détériorée : en quelques minutes, le niveau de l’eau est monté de manière inquiétante, atteignant les seuils des habitations et des bâtiments voisins. Les autorités ont alors pris la décision de fermer totalement la route afin d’éviter tout risque pour les conducteurs.
L’eau progressait lentement, tandis que le dispositif de sécurité se resserrait. Ksar El Kebir entrait de fait dans une phase de quasi-confinement, avec un seul objectif: protéger les vies humaines.
Les personnes encore présentes ont été invitées à emprunter un autre itinéraire par l’entrée nord, via les douars Souk Talba et Boujdiane jusqu’à Ayacha, puis la voie express et la route nationale.
Un trajet long et sinueux, pouvant dépasser une heure et demie sous une pluie battante, à travers des collines sillonnées par des crues et des écoulements d’eau formant parfois de véritables lacs qui coupaient la route.
Un œil sur le barrage, une main tendue vers la population
Seuls sont restés dans la ville les éléments de la police, des forces auxiliaires et des autorités locales, appuyés par les Forces armées royales et la Protection civile. Leur mission : veiller à ce qu’aucune présence humaine ne reste dans les zones à risque, face à l’évolution rapide des conditions météorologiques.
Même vigilance du côté du barrage Oued Al Makhazine, où les équipes techniques surveillent et régulent les niveaux d’eau afin de préserver la sécurité des populations en aval.
Une mobilisation qui dépasse Ksar El Kebir
La situation ne concerne pas uniquement Ksar El Kebir. Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Rachid Khalfi, a indiqué mercredi que les autorités assurent un suivi continu et anticipatif de l’évolution climatique, grâce à une coordination étroite entre les différents départements concernés, conformément aux Hautes Instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Au matin du 4 février 2026, le nombre total de personnes évacuées ou déplacées des zones menacées par les inondations atteignait 108 423 personnes à l’échelle nationale.
Dans la province de Larache, 81 709 personnes ont été évacuées, principalement à Ksar El Kebir, où environ 85 % des habitants concernés ont quitté leur domicile par leurs propres moyens.
Les opérations ont également concerné : 9 728 personnes dans la province de Sidi Kacem, 2 853 personnes dans la province de Sidi Slimane et 14 133 personnes dans la province de Kénitra
Face aux bulletins d’alerte annonçant des précipitations pouvant atteindre 150 mm en peu de temps dans certaines régions, et à leurs répercussions exceptionnelles sur les apports en eau notamment au niveau du barrage d’Oued Al Makhazine les autorités ont décidé de renforcer les mesures préventives et de précaution.
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