Economie
La Banque mondiale souligne l’élargissement de l’écart entre croissance démographique et création d’emplois au Maroc
28/04/2026 - 21:21
Khawla Znaizini
La Banque mondiale prévoit que le Maroc pourrait enregistrer une hausse d’environ 20% de son produit intérieur brut d’ici 2035, avec la possibilité de presque doubler le revenu par habitant à l’horizon 2044, selon le rapport "Croissance et création d’emplois au Maroc" publié par Société financière internationale.
Présenté ce mardi 28 avril 2026 à Rabat lors d’une conférence au siège du Policy Center for the New South, le rapport indique que les investissements liés à la Coupe du Monde de la FIFA 2030 pourraient porter temporairement la croissance réelle du PIB à près de 5%, avant une stabilisation autour de 4,2 % dans les prochaines années, soutenue par les réformes et investissements en cours.
Ce rythme reste toutefois inférieur à l’objectif ambitieux de 6,9%, ce qui reflète la persistance d’un décalage entre la performance économique actuelle et les ambitions de développement, notamment face aux besoins du marché du travail.
Le rapport rappelle que l’économie marocaine a connu, durant les deux dernières décennies, une amélioration tangible du niveau de vie. Le taux de pauvreté est passé de 25% en 2004 à 5,7% en 2022. Cette progression ne s’est toutefois pas traduite avec la même intensité sur l’emploi.
L’institution estime que le chômage et le manque d’opportunités professionnelles constituent aujourd’hui le défi le plus pressant. Le déficit annuel de création d’emplois est estimé à environ 215.000 postes en moyenne, un niveau qui a atteint près de 370.000 emplois par an entre 2020 et 2023.
Évolution de l’économie marocaine
Selon le document, l’économie marocaine a traversé trois grandes phases depuis le début du XXIe siècle :
- Entre 2000 et 2009 : une croissance de 4,7% par an avec une stabilité économique notable.
- Entre 2010 et 2019 : un ralentissement à 3,4%, tout en maintenant certains équilibres.
- Entre 2020 et 2022 : une forte dégradation sous l’effet de la pandémie de COVID-19, de la sécheresse et de l’inflation mondiale, ramenant la croissance à 0,9%.
Depuis 2023, une phase de reprise progressive semble s’amorcer, portée par l’investissement, les réformes et l’amélioration de la demande.
Un modèle de croissance centré sur l’investissement
Le rapport souligne que la croissance marocaine repose principalement sur l’accumulation du capital. Entre 2000 et 2024, l’investissement a contribué à hauteur de 76% à la croissance du PIB, alors que les gains de productivité sont restés limités.
Le taux d’investissement avoisine 30% du PIB, un niveau élevé comparé à la moyenne internationale. Malgré cet effort, les effets sur la productivité et sur la dynamique du secteur privé demeurent insuffisants.
Selon la même source, l’économie marocaine reste marquée par une forte dépendance à l’investissement public, tandis que la contribution du secteur privé, notamment des petites et moyennes entreprises, demeure restreinte. Le système bancaire oriente également une part importante du financement vers le secteur public, réduisant les crédits disponibles pour les entreprises privées.
Un marché du travail sous tension
S'agissant du marché de l'emploi, le rapport révèle que le taux d’activité est passé de 53,1% à 43,5% entre 2000 et 2024, malgré l’amélioration du niveau d’éducation des jeunes. Dans le même temps, la population en âge de travailler a progressé de 47%, alors que le nombre d’actifs n’a augmenté que de 20,7 %, ce qui traduit un écart croissant entre croissance démographique et création d’emplois.
Le rapport relève aussi de fortes disparités territoriales: plus de 2,5 millions d’emplois ont été créés en milieu urbain, tandis qu’environ 675.000 postes ont été perdus en zone rurale, sous l’effet des transformations structurelles et des épisodes de sécheresse.
L’emploi informel reste élevé et représente environ 69% de l’emploi total, ce qui freine la productivité et affecte la qualité de la croissance.
Principaux défis identifiés
La Banque mondiale identifie quatre facteurs majeurs expliquant les limites de la performance économique :
- forte dépendance à l’investissement public
- ralentissement des réformes structurelles
- faible productivité
- mobilisation insuffisante de la main-d’œuvre malgré la transition démographique.
Les chocs climatiques et la rareté de l’eau expliqueraient également près de 37% des fluctuations du PIB à moyen terme.
Perspectives
Malgré ces contraintes, le rapport souligne que le Maroc dispose d’une base économique plus stable grâce à des politiques macroéconomiques solides, ayant permis de contenir l’inflation, de renforcer la stabilité financière et de moderniser les infrastructures.
Pour entrer dans une phase de croissance plus forte et durable, l’institution recommande de renforcer le rôle du secteur privé, d’améliorer la productivité de l’investissement, d’accélérer les réformes structurelles et d’accorder une priorité particulière à la réforme du marché du travail ainsi qu’à l’inclusion économique des femmes et des jeunes.
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