Economie
L'Auto-entrepreneuriat au Maroc : tendances et réalités
08/09/2023 - 11:54
Aya Lankaoui
En 2022, le nombre d'autoentrepreneurs a enregistré une hausse notable par rapport à l'année d'avant. Cette tendance suscite des interrogations concernant les raisons et les obstacles associés à ce statut, notamment dans un contexte marqué par les récentes modifications fiscales de la Loi de Finances 2023. Décryptage
Selon les données de la Direction Générale des Impôts (DGI), la population des autoentrepreneurs au Maroc a atteint 406 301 en 2022, en hausse par rapport à l'année d’avant, cependant, malgré cette croissance, les nouvelles adhésions ont connu une baisse de 34%, passant de 86 023 en 2021 à 56 699 en 2022, fait savoir la DGI dans son rapport d'activité 2022, comme l’a indiqué la DGI dans le rapport d'activité.
Le rapport révèle que sur les 149 601 nouvelles adhésions enregistrées en 2022, 59% étaient des personnes physiques professionnelles, tandis que 41% étaient des personnes morales. Il est à noter que les autoentrepreneurs représentent une part considérable, soit 64%, des nouvelles inscriptions de personnes physiques professionnelles.
Les avantages
Contacté par SNRTnews, le président de la confédération marocaine des TPE-PME, Abdellah El Fergui, a souligné que l'un des principaux avantages est le système d'imposition forfaitaire basé sur le chiffre d'affaires réalisé. Les autoentrepreneurs bénéficient de taux d'imposition réduits, tels que 0,5% pour les activités commerciales, industrielles et artisanales avec un chiffre d'affaires inférieur à 500 000 dirhams, et 1% pour les activités de services en dessous de 200 000 dirhams. "Cela permet une fiscalité simplifiée".
De plus, il a souligné que l'un des avantages majeurs du statut d'autoentrepreneur est la possibilité d'exercer son activité depuis son domicile. Cela réduit les coûts liés à la location de locaux et facilite le travail à distance. La flexibilité est un autre atout. Les autoentrepreneurs peuvent gérer leurs horaires et choisir les projets qui leur conviennent. Cela attire de nombreux jeunes diplômés et professionnels.
Dans une déclaration à SNRTnews, une jeune graphiste freelance, Meriem B. a annoncé que le statut d'autoentrepreneur lui a permis de transformer sa passion en carrière. "Je peux travailler de chez moi, ce qui est idéal pour la créativité, et choisir les projets qui m'inspirent. Le seul inconvénient est la difficulté à obtenir de grands contrats, mais la liberté que cela offre vaut largement le coup".
En outre, la traductrice indépendante, Sara K. s’est réjouie d’annoncer que le statut d'autoentrepreneur lui a permis de travailler avec des clients du monde entier. "La fiscalité simplifiée est un soulagement, et je peux exercer mon métier depuis n'importe où. Les inconvénients sont rares, mais la concurrence est féroce, ce qui signifie que je dois constamment perfectionner mes compétences pour rester compétitive".
Les inconvénients
Cependant, il convient de noter qu'une préoccupation majeure concerne le plafond de chiffre d'affaires. El Fergui a rappelé que la LF 2023 autorise désormais l'État à imposer un taux de 30 % sur tous les revenus excédant 80 000 dirhams générés auprès d'un seul client au cours d'une année.
Pour sa part, Khalil C., un rédacteur freelance, a partagé son point de vue sur les conséquences fiscales de la LF 2023 pour son cas personnel. "J'exerce mon activité à temps plein en tant qu'autoentrepreneur au sein d'une entreprise. Depuis la mise en place de la LF23, je suis soumis à une surtaxe de 30 % dès que mes revenus avec le même client, qui est l'entreprise pour laquelle je travaille, dépassent les 80 000 dirhams. C'est un véritable défi que nous devons relever". Dans ce contexte, El Fergui estime que cette mesure vise à encourager les entreprises à embaucher davantage de personnel.
Le président de la confédération marocaine a toutefois souligné qu’au-delà des défis fiscaux relatifs à la LF 2023, ce statut présente d’autres limites. À savoir, les autoentrepreneurs sont restreints dans leur capacité à embaucher du personnel, ce qui les empêche de s'engager dans des contrats de grande envergure ou d'élargir considérablement leurs activités.
De plus, les revenus des autoentrepreneurs peuvent être sujets à des fluctuations, en particulier face à l'inflation et aux variations des prix sur le marché. Un autre point à considérer est l'absence de programmes spécifiques de soutien destinés aux autoentrepreneurs au Maroc, ce qui peut rendre leur survie économique plus ardue.
Au Maroc, le statut d'autoentrepreneur comporte des avantages et des inconvénients. Il présente des avantages fiscaux pour certains, mais peut être fiscalement désavantageux pour d'autres. La flexibilité de travailler depuis son domicile est appréciée par de nombreux freelances, bien que la stabilité financière puisse poser problème. Pour de nombreux Marocains, ce statut constitue une alternative à l'économie informelle.
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