Politique
Le dirigeant du polisario met à rude épreuve l’indépendance de la justice espagnole
25/04/2021 - 00:43
Morad Karakhi | Meryem Ait Ouaanna
L’avocat marocain Hilal Tarkou Halimi a écrit à la police judiciaire espagnole pour prendre les mesures appropriées contre Ibrahim Ghali, leader du front polisario poursuivi pour des affaires de « génocide, terrorisme, torture et viol », après la confirmation de son entrée sur le territoire espagnol avec une fausse identité, ce qui constitue un véritable test de l’indépendance de la justice espagnole.
Hilal Tarkou Halimi, président de l'Association du réseau des avocats marocains et d'origine marocaine exerçant à l'étranger, a confirmé avoir contacté la police judiciaire espagnole juste après avoir reçu des informations concernant l'accès, "sous une fausse identité", du dirigeant du front polisario au territoire espagnol.
Dans une déclaration à SNRTnews, Hilal Tarkou Halimi a indiqué qu’il exigeait l'activation de la décision de poursuite judiciaire à l'encontre de Brahim Ghali, prononcée contre lui et 19 autres membres séparatistes, par le tribunal n°5 de l'Audience Nationale à Madrid en 2012, après avoir été inculpés par une association sahraouie en 2008 de génocide, assassinat et enlèvement.
L’avocat marocain résidant en Espagne a ajouté qu’il avait déjà contacté les services concernés lorsqu’il a appris l'invitation de Brahim Ghali à une conférence aux environs de Barcelone. Cette requête a été prise en considération par le tribunal n°5 de l'Audience Nationale à Madrid qui a décidé d'interroger le chef des séparatistes le 19 novembre 2016 le conduisant à annuler son voyage en Espagne, ainsi que sa participation à la conférence.
Selon des sources bien informées, Brahim Ghali a été reçu dans un hôpital espagnol, avec une fausse identité, pour un traitement après que sa santé s’est détériorée à la suite du nouveau coronavirus. Lors d'une conférence de presse, la ministre espagnole des Affaires étrangères Arancha González Laya, a confirmé l’entrée du leader du polisario en Espagne pour un traitement, ajoutant que "cela n’empêche pas et ne remet pas en question les excellentes relations entre l’Espagne et le Maroc".
La justice espagnole mise à rude épreuve
En revanche, Hilal Tarkou Halimi a déclaré que la présence de Brahim Ghali sur le sol espagnol mettrait en jeu l’indépendance du pouvoir judiciaire espagnol.
L'avocat marocain a également expliqué que dans le cadre de la séparation des pouvoirs, le droit espagnol interdit l’ingérence du gouvernement ou de tout autre organe dans les fonctions du pouvoir judiciaire, ce qui fait attendre la décision finale contre une personne poursuivie pour des affaires criminelles très graves, telles que le meurtre, le terrorisme, l’extermination et l’enlèvement. Des crimes qui, conformément à la loi espagnole, exigent une peine d’emprisonnement à perpétuité.
"Le gouvernement espagnol doit être neutre dans cette affaire, car toute intervention gouvernementale serait considérée comme une avancée meurtrière qui entacherait la réputation de la justice espagnole", a déclaré la même source soulignant que "les normes internationales de justice pénale criminalisent cette question".
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