Société
Le HCP alerte sur un bouleversement démographique aux multiples défis
29/09/2025 - 16:03
Khaoula Benhaddou
Le Haut-commissariat au Plan (HCP) vient de publier un rapport qui met en lumière la transition démographique accélérée au Maroc, marquée par des transformations profondes. Ces mutations, bien que porteuses de défis, offrent également des opportunités stratégiques pour le développement du pays.
"Dynamique démographique et implication sur les politiques publiques" tel est titre du dernier rapport du HCP publié le 27 septembre. Ce rapport qui se base sur les résultats du Recensement général de la Population et de l’Habitat de 2024 met l’accent sur les transformations démographiques en cours qui posent des défis structurants tout en ouvrant de nouvelles perspectives pour la mise en œuvre du Nouveau Modèle de Développement (NMD).
Une transition démographique rapide
En seulement cinq décennies, le Maroc a achevé une transition démographique que les pays avancés ont connue sur près d’un siècle. Le taux de fécondité est passé de 7,2 enfants par femme en 1960 à 1,97 en 2024, sous l'effet conjugué de l’accès à l’éducation, l’usage accru de la contraception et l’urbanisation. Parallèlement, l’espérance de vie a bondi de 47 ans en 1960 à 76,4 ans en 2024 .
La population est ainsi passée de 11,6 millions d'habitants en 1960 à 36,8 millions d’habitants en 2024, et devrait atteindre près de 40,5 millions à l’horizon 2040. Mais le rythme de croissance ralentit puisque le taux d’accroissement, qui s’élevait à 2,6% dans les années 1970, est tombé à 0,85% aujourd’hui et devrait reculer à 0,6% d’ici 2040.
Néanmoins, en valeur absolue, la population continuera d'augmenter. Entre 2024 et 2040, la croissance démographique correspondra, chaque année, à l’ajout d’une ville moyenne de 230.000 habitants. Un tel accroissement exercera une pression accrue sur les besoins sociaux, en particulier en matière d’infrastructures, de services de base et de gestion des ressources.
Vieillissement de la population et inversion de la pyramide des âges
Toujours selon le rapport, la structure par âge de la population marocaine connaît une transformation notable. La part des personnes âgées de 60 ans et plus devrait passer de 13,8% en 2024 à 19,5% en 2040 soit une hausse de 58% portant leur effectif de 5 millions à près de 7,9 millions.
A l'inverse, la population des moins de 15 ans reculera de 9,76 millions en 2024 à environ 7,8 millions en 2040, faisant chuter leur part dans la population totale de 26,5% à près de 19,2% sur la même période.
Les enfants en âge de scolarité primaire (de 6 à 11 ans), passeront de 4,2 millions en 2024 à 3 millions d'ici 2040, soit une baisse de 26,7%.
Cette évolution pourrait, selon le rapport du HCP, faciliter la généralisation de la scolarisation et réorienter les investissements vers l’amélioration de la qualité de l’enseignement, la réduction des disparités régionales et la lutte contre la déperdition scolaire, contribuant ainsi à renforcer le capital humain.
Une urbanisation accélérée
Le Maroc connaît une urbanisation rapide, avec un taux d’urbanisation passant de 62,8% en 2024 à 69,2% en 2040. Sur la même période, la population urbaine passerait de 23,6 à 28 millions d’habitants tandis que la population rurale chutera de 13,7 à 12,4 millions.
Cette dynamique intensifie la pression sur les infrastructures urbaines, accroit la demande en logements et en service publics et accentue les disparités territoriales. Le rapport plaide pour une stratégie de développement territorial intégrée afin de réduire ces écarts et éviter un Maroc à deux vitesses.
"Comme l’a souligné Sa Majesté le Roi, cette dynamique de répartition territoriale de la population nécessite une mise à niveau globale des espaces et la réduction des disparités sociales et spatiales. Il s’agit de mettre en œuvre une stratégie de développement territorial intégré visant, d’une part, à répondre à la pression croissante sur les infrastructures induite par l’urbanisation et, d’autre part, à réduire l’écart avec les zones rurales, souvent confrontées à des insuffisances d’accès aux services de base. Éviter un Maroc à deux vitesses implique donc de prendre en compte la dynamique démographique afin d’assurer une répartition harmonieuse des activités et des populations sur l’ensemble du territoire", souligne le rapport.
Mutation des ménages et besoins en logements
Le nombre de ménages au Maroc devrait passer de 9,26 millions en 2024 à 12,3 millions en 2040, tandis que la taille moyenne des ménages chutera de 3,9 à 3,3 personnes. Cette évolution reflète des changements sociétaux tels que l’individualisme croissant et l’exode rural. Pour répondre à cette demande, près de 3 millions de logements supplémentaires devront être construits d’ici 2040, tout en améliorant la qualité de l’habitat existant.
Migration internationale: un enjeu croissant
Le Maroc est à la fois un pays d’émigration, de transit et d’immigration. Avec plus de cinq millions de Marocains résidant à l’étranger (environ 14% de la population du Maroc), principalement en Europe.
Depuis les années 1970, l’émigration marocaine s'est pérennisée, féminisée, mieux formée et diversifiée géographiquement vers de nouveaux pays ainsi que des formes variées de migration, telles que la migration circulaire ou celle des mineurs non accompagnés. "Depuis les années 2000, environ 188.000 migrants de retour, majoritairement originaires de France, d’Italie et d’Espagne, se sont réinstallés au Maroc, illustrant la dimension bidirectionnelle de la migration marocaine".
Une population étrangère en augmentation
En parallèle, le Royaume est également devenu un pays de transit et d’immigration, accueillant plus de 148.000 étrangers en 2024, soit une augmentation de 76,2% par apport à 2014. La structure de cette population met en évidence la prédominance des migrants originaires des pays subsahariens. "Cette tendance, qui devrait se renforcer dans les années à venir, nécessite l’élaboration d’une politique nationale s’appuyant sur l’expérience et les acquis du Maroc en matière de gestion de l’immigration et de l’asile. Cette politique devra notamment favoriser l’intégration via le marché du travail, tout en prenant en compte les dimensions sociales, culturelles et géopolitiques", précise le HCP.
Une fenêtre démographique à saisir
La transition démographique offre une "fenêtre d’opportunité" grâce à l’augmentation de la population en âge de travailler. Cependant, pour transformer cette opportunité en "aubaine démographique", des réformes sont nécessaires, notamment dans l’éducation et la création d’emplois.
Cette période transitoire, qui devrait se refermer vers 2038, représente une chance unique pour stimuler la croissance économique comme le souligne le rapport du HCP; "Pour tirer pleinement parti de cette fenêtre d’opportunité démographique et la transformer en 'aubaine démographique', il est essentiel de garantir un accès généralisé à une éducation de qualité et de stimuler la création d’emplois à travers à la mise en place de réformes économiques adaptées. Cette période est transitoire: au Maroc, elle s’est ouverte au début des années 2000 et, selon les projections démographiques, devrait se refermer vers 2038".
Vers des politiques publiques adaptées
Vieillissement accéléré, urbanisation massive, mutations familiales et pressions migratoires... Ces transformations exigent une adaptation profonde des politiques publiques pour construire un avenir souhaitable.
Le rapport du HCP appelle à une vision intégrée où "la variable démographique est prise en compte dans la conception et la mise en œuvre des politiques de développement visant à améliorer le rendement du système d’éducation et de formation des jeunes, à organiser l’urbanisation pour réduire les inégalités spatiales, et à créer des richesses ainsi que des emplois productifs et décents" .
Et de conclure "la généralisation du système de protection sociale, la gestion du vieillissement et l’anticipation des besoins sociaux et sanitaires s’avèrent indispensables. La nucléarisation des familles, l’essor de l’activité féminine et l’ouverture progressive de la société modifient les solidarités traditionnelles, rendant nécessaires des réponses institutionnelles et sociales adaptées à ces transformations profondes".
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