Société
Le "Phosphatotitan": un dinosaure marocain révèle des liens transcontinentaux vieux de 66 millions d’années
29/04/2026 - 21:00
Malak Zougagh
Une équipe internationale de paléontologues a officialisé, fin avril 2026, la découverte d’une nouvelle espèce de dinosaure baptisée "Phosphatotitan khouribgaensis", mise au jour dans les mines de phosphates de Sidi Chennane, dans la province de Khouribga. Cette découverte majeure, publiée dans la revue scientifique *Diversity*, lève le voile sur la diversité insoupçonnée des dinosaures africains à la fin du Crétacé, il y a 66 millions d’années.
Une étude internationale au cœur du bassin des Ouled Abdoun
Cette percée scientifique est le fruit d’une collaboration transcontinentale de haut niveau. L’étude, intitulée “A Titanosaurian Sauropod with South American Affinities (Lognkosauria: Argentinosauridae) from the Late Maastrichtian of Morocco and Evidence for Dinosaur Endemism in Africa”, a été dirigée par une équipe pluridisciplinaire. Parmi les chercheurs principaux, Nicholas R. Longrich de l’Université de Bath (Royaume-Uni) et le paléontologue marocain Nour-Eddine Jalil du Muséum national d’Histoire naturelle de France. Leurs travaux ont été soutenus par des experts du CONICET (Argentine), du Museum für Naturkunde (Berlin, Allemagne) et de l'Universidad del País Vasco (Espagne). Cette diversité institutionnelle souligne l'importance mondiale de ce fossile découvert dans le bassin sédimentaire des Ouled Abdoun, véritable bibliothèque géologique à ciel ouvert.

Le "Phosphatotitan khouribgaensis" : un titan au nom marocain
Le nom choisi, “Phosphatotitan khouribgaensis”, rend un hommage direct à sa terre d'origine: les gisements de phosphates de Khouribga. Ce dinosaure appartient au groupe des sauropodes, ces géants herbivores au long cou. Contrairement aux titans gigantesques souvent imaginés, le "Phosphatotitan" était de taille plus modeste pour sa famille, pesant entre 3,5 et 4 tonnes. Les restes fossilisés, des vertèbres dorsales, sacrées et caudales, ainsi que des fragments de bassin, permettent aux scientifiques de brosser un portrait inédit de cet animal qui vivait dans un environnement côtier et tropical, à une époque où le Maroc était baigné par des mers peu profondes.

Affinité sud-américaine
L’un des résultats les plus surprenants de cette étude réside dans les affinités biologiques du dinosaure. En analysant les caractéristiques de ses os, les chercheurs ont découvert qu’il appartient au groupe des "Lognkosauria", une famille de dinosaures surtout connue en Amérique du Sud . Cette découverte suggère que les ancêtres du "Phosphatotitan" avaient des liens étroits avec les faunes sud-américaines avant que l'ouverture de l'Atlantique Sud ne sépare définitivement les continents. Mais plus encore, le fossile prouve que, une fois isolée, l'Afrique a permis à ces dinosaures d'évoluer de manière indépendante. C’est ce que les scientifiques appellent "l’endémisme", c'est à dire le développement d'espèces uniques, propres à une région isolée, loin du brassage mondial.
Pourquoi est-ce une découverte historique pour le Maroc ?
Jusqu’à présent, la compréhension des dinosaures africains de la fin du Crétacé était très fragmentaire. Cette étude démontre que le Maroc, et particulièrement la région de Khouribga, est l’un des rares endroits au monde où l’on peut observer la faune terrestre juste avant l'extinction massive qui a rayé les dinosaures de la carte il y a 66 millions d'années. Le "Phosphatotitan" est la preuve que l'Afrique abritait une faune diversifiée et spécialisée, capable d'évoluer sur ses propres trajectoires. Cette recherche positionne le Maroc non seulement comme un territoire clé pour la géologie, mais comme un laboratoire incontournable pour comprendre l’histoire de la vie sur Terre.
Articles en relations
Société
Société
Société
Art & Culture