Monde
Le retrait de Trump secoue l'OMS
21/01/2025 - 19:25
AFP
Donald Trump n'aime pas l'Organisation mondiale de la santé et a promis une nouvelle fois de quitter une institution qu'il accuse d'"escroquer" les Etats-Unis.
C'est un choc financier pour l'OMS et complique le combat pour la santé à l'échelle mondiale. Lors de son premier mandat, le président avait accusé l'OMS d'être à la botte de la Chine: cette fois-ci, il juge que Pékin ne paye pas son dû comparé aux Etats-Unis, premier contributeur aux finances de l'organisation onusienne.
De plus, il a nommé au ministère de la Santé Robert F. Kennedy Jr, un antivax et critique acerbe de l'OMS. Celle-ci "regrette (cette) décision" et espère encore un dialogue constructif avec l'administration Trump.
Le retrait de l'OMS prendra effet un an après le dépôt officiel de la notification auprès du secrétaire général de l'ONU. Les États-Unis "jouent un rôle crucial dans la mission de l'OMS de protéger et améliorer la santé des Américains et des gens à travers le monde entier", rappelle-t-elle.
L'organisation, basée à Genève et forte de 193 autres membres, souligne le rôle joué par Washington dans la lutte contre la polio et Ebola par le passé, et plus récemment contre les épidémies de mpox en RDC et de Marburg au Rwanda. "La collaboration USA-OMS joue également un rôle central dans la lutte contre le VIH dans le monde", relève l'organisation.
Le décret, signé lundi par Donald Trump, stipule que Washington suspendra rapidement tout transfert de fonds à l'OMS et rappellera tout personnel ou sous-traitant du gouvernement américain travaillant avec elle.
Une fois le retrait américain acté, l'OMS se verra privée d'une partie importante de son financement, qui provient des États membres, d'organisations non gouvernementales et d'autres dons.
Outre les contributions obligatoires calculées sur la base de la richesse de chaque pays, l'organisation dépend aussi de plus en plus des "contributions volontaires" - des sommes assignées à une action précise - pour faire face aux besoins toujours croissants.
La pandémie de Covid-19 ayant mis en évidence la nécessité d'un financement plus souple pour mieux répondre aux imprévus, les États membres ont accepté d'augmenter leurs cotisations pour couvrir 50% du budget de l'organisation d'ici 2030.
Le budget de l'OMS court sur deux ans et s'élevait à 7,89 milliards de dollars en 2022-2023. Les États-Unis ont versé près de 1,3 milliard, soit un peu plus de 16% du total.
Vient ensuite l'Allemagne (856 millions de dollars), suivie de la Fondation Bill et Melinda Gates (830 millions de dollars), de l'Alliance pour les vaccins Gavi (481 millions de dollars) et de la Commission européenne (468 millions de dollars). Par comparaison, la Chine verse 157 millions de dollars, soit un peu moins que la contribution française.
Pour Donald Trump - qui applique cette même logique à l'Otan -, les États-Unis paient trop. Même si l'annonce du nouveau président américain n'est pas une surprise, l'OMS a dit mardi qu'il était "trop tôt pour dire quelles sont les conséquences" précises pour ses finances et ses actions.
Pour Suerie Moon, codirectrice du Centre de santé mondiale à l'Institut universitaire de hautes études internationales de Genève, "il serait logique (pour la nouvelle administration, NDLR) de voir ce qu'elle peut obtenir et ensuite utiliser le retrait comme levier", a-t-elle expliqué à l'AFP, avant l'annonce.
En 2020, il n'y avait rien eu de tel, juste l'amorce du retrait. Pour Mme Moon, une organisation peut survivre avec une coupe de 15% de son budget mais en revoyant ses priorités.
Pour elle, les Européens ne combleront pas le vide, mais alors qui pour payer? Autre inconnues, les longues et difficiles négociations pour doter le monde d'un accord qui doit permettre de mieux agir face à de nouvelles pandémies. Les négociateurs ont échoué à le boucler avant le retour de Donald Trump.
Or, son décret stipule que Washington cessera de négocier pendant la phase de retrait et que l'accord n'aura "aucune force contraignante" pour les États-Unis.
Si Washington n'a jamais joué de rôle moteur dans ces négociations, son retrait pourrait néanmoins offrir à d'autres pays "une porte de sortie facile", selon Mme Moon. Avec pour conséquence que "tout le château de cartes pourrait s'écrouler", estime Richard Gowan, de l'International Crisis Group, dans un entretien à l'AFP.
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