Société
Le syndrome de l’imposteur dans le milieu académique: un frein invisible à la réussite
11/04/2026 - 21:28
Chahrazad Aiouch
Le syndrome de l’imposteur s’impose, dans un contexte académique marqué par une intensification de la concurrence et une multiplicité des critères d’évaluation, comme un phénomène psychologique qui affecte profondément la performance des étudiants et des chercheurs, et dont les répercussions s’étendent à leurs choix et à leurs trajectoires professionnelles.
Il se caractérise par un sentiment persistant de ne pas être à la hauteur, malgré des réalisations concrètes, poussant les individus à minimiser leurs accomplissements et à douter de leurs propres compétences, ce qui impacte négativement leur confiance en eux et leur capacité à prendre des décisions.
Dans ce cadre, le consultant en soft skills et en entrepreneuriat, Mohamed Reffadi, a expliqué, dans une déclaration accordée à SNRTnews, que le syndrome de l’imposteur agit comme un "filtre toxique" influençant la perception que l’individu a de ses propres compétences.
Il a précisé que ce syndrome se manifeste dans le milieu académique par deux comportements opposés, mais tout aussi destructeurs: soit le surinvestissement, où l’étudiant fournit un effort excessif pour compenser un sentiment d’illégitimité jusqu’à l’épuisement, soit la paralysie, où la peur de l’évaluation conduit à la procrastination et à une baisse des performances réelles.
Reffadi a ajouté que l’impact de ce syndrome ne se limite pas à la performance, mais s’étend aux choix académiques, poussant les individus à éviter de candidater à des opportunités prestigieuses telles que les bourses ou les collaborations de recherche, ou à privilégier des sujets "sûrs" mais moins ambitieux. Il peut même conduire certains talents à quitter prématurément le milieu académique, non pas en raison d’un manque de compétences, mais à cause d’un sentiment intérieur de ne pas mériter leur place, ce qu’il qualifie de véritable "gaspillage" pour l’individu et pour la recherche scientifique.
Concernant les causes de ce sentiment, l’expert a affirmé, dans sa déclaration à SNRTnews, qu’il ne surgit pas de manière isolée, mais résulte d’une combinaison complexe de facteurs psychologiques et sociaux qui empêchent l’individu de reconnaître ses réussites.
Il a souligné que le perfectionnisme excessif constitue l’un des principaux facteurs, car il pousse la personne à fixer des standards irréalistes, l’empêchant d’être satisfaite de son travail, quelle que soit sa qualité.
Il a expliqué que cette tendance s’accompagne d’un biais cognitif consistant à attribuer les succès à des facteurs externes comme la chance ou la bienveillance des évaluateurs, tandis que les échecs sont imputés à des causes internes comme un manque de compétence, ce qui empêche l’intégration durable des réussites.
Il a également indiqué que le besoin excessif de contrôle, dans un environnement incertain comme le milieu académique, accentue l’anxiété, car un contrôle total demeure impossible.
Sur le plan social, Reffadi a indiqué que l’environnement académique lui-même peut renforcer ce sentiment, notamment à travers une culture de comparaison constante, que ce soit lors des conférences ou sur les plateformes numériques, où les réussites visibles des autres alimentent un sentiment d’infériorité.
Il a également souligné que le manque de diversité dans certains milieux accentue le sentiment de ne pas être à sa place, en particulier chez les individus qui ne disposent pas de modèles auxquels s’identifier.
Il a ajouté que la nature du système académique, fondé sur la critique et l’évaluation continue, contribue également à renforcer ce sentiment, en raison de la rareté des retours positifs clairs, ce qui prive l’individu de repères objectifs sur sa progression.
Mohamed Reffadi a conclu sa déclaration en affirmant que les institutions académiques ont une responsabilité essentielle dans la lutte contre ce phénomène, en formant les encadrants et les enseignants à identifier les signes du syndrome de l’imposteur et à y répondre de manière appropriée, tout en encourageant les étudiants par des paroles simples mais significatives.
Il a également appelé à renforcer les programmes de mentorat, à instaurer une culture d’évaluation équilibrée et à créer des espaces sécurisés de dialogue, tout en valorisant la diversité des parcours de réussite, afin de transformer le doute de soi d’un frein en un moteur de développement.
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