Economie
Le système de retraite marocain sous pression: L'impact du vieillissement accéléré de la population
08/08/2025 - 19:13
Meriem Khaer
Le système de retraite marocain se caractérise par une diversité de régimes, répartis entre le secteur public et le secteur privé. Gérés par des institutions distincts, ces régimes couvrent des catégories différentes de la population active avec des règles de financement et des niveaux de prestations variés
Le Maroc traverse une profonde transformation démographique liée au vieillissement de sa population, un phénomène ayant un impact majeur sur son système de protection sociale, et particulièrement sur les régimes de retraite.
Selon la revue scientifique du Haut Commissariat au Plan, la fourchette des personnes âgées de 60 ans et plus dans la population nationale a presque doublé depuis 1960, passant de 7% à environ 13,8% en 2024. Les projections établies par le Haut-Commissariat au Plan dévoilent que cette proportion pourrait atteindre 27% d’ici 2060.
Ce vieillissement accéléré modifie la pyramide des âges, en enregistrant une diminution du nombre d’actifs jeunes par rapport au nombre de personnes en âge de partir à la retraite.
Le système marocain de retraites fonctionne majoritairement selon un modèle par répartition, dans lequel les cotisations des actifs financent les pensions des retraités. En 2022, le nombre de cotisants par retraité était d’environ deux pour les régimes publics "CMR et RCAR", un ratio faible compromettant la stabilité financière du système, alors que le régime CNSS, qui couvre majoritairement le secteur privé, affiche un ratio un peu plus élevé mais qui diminue face au vieillissement croissant de la population.
En plus de cette structure démographique défavorable, plusieurs facteurs accentuent la pression sur le système de retraites:
-L’entrée tardive des jeunes sur le marché du travail, à cause des cursus éducatifs plus longs et des difficultés d’insertion professionnelle, ce qui réduit la durée effective des carrières contributives.
-La sous-déclaration et la précarité de l’emploi dans le secteur privé contribuent aussi à limiter les cotisations versées, ce qui affecte directement le niveau des pensions servies.
-L’absence de tables de mortalité nationales adaptées oblige à se baser sur des références étrangères, moins précises pour modéliser les réalités marocaines, ce qui complique la projection fiable des engagements futurs.
Le vieillissement démographique contribue directement au déficit technique remarqué dans les principaux régimes de retraite, où les prestations versées dépassent les cotisations collectées. À fin 2022, la dette implicite du système était estimée à environ 69% du PIB marocain, soit un poids économique considérable. Ces indicateurs mettent en évidence une situation financière fragile qui risque de se détériorer davantage au fil des années.
Face à ce défi, le Maroc a engagé un chantier ambitieux de réforme de son système de retraite qui vise:
- La généralisation de la couverture retraite à l’ensemble des actifs, y compris les travailleurs indépendants, pour étendre la solidarité.
- L’adoption potentielle d’un système à points ou en comptes notionnels, à fin de permettre une meilleure équité entre les générations et une durabilité accrue.
- L’harmonisation progressive des régimes et la mise en place de mécanismes adaptés à fin de gérer la transition démographique.
- Le développement de tables de mortalité marocaines spécifiques, pour appuyer scientifiquement les projections actuarielles.
Afin de garantir la pérennité des retraites et la protection sociale des générations actuelles et futures, il est important de mettre en place des réformes structurelles adaptées combinée à une gestion rigoureuse et une modélisation démographique.
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