Société
Lutte contre les fake-news : Trois questions au sociologue Abdellah Herzenni
31/01/2024 - 11:49
MAP
Les fausses informations sont devenues un problème récurrent au cours des dernières années, du fait de l'essor des médias sociaux et de l'accès facile à l'information. Dans un entretien à la MAP, le sociologue Abdellah Herzenni décrypte les causes de la propagation du phénomène des fake-news, les contraintes sociologiques y afférentes, ainsi que les outils permettant de relever le défi de la lutte contre ce fléau.
1 - Le fléau des fake-news s'est propagé de manière accrue ces dernières années. Quelles en sont les raisons ?
Les fake-news s'inscrivent dans le vaste domaine des rumeurs, une réalité qui perdure à travers les époques et ne semble pas prête à disparaître. Les fake-news, également appelées infox, se distinguent en tant que rumeurs délibérément créées, présentant des mensonges ou des vérités déformées dans le but de propager la propagande, le dénigrement, la diffamation, voire la manipulation.
Nous constatons effectivement une propagation significative des fake-news. Dans le passé, les rumeurs circulaient principalement de manière orale ou à travers des écrits dans des espaces publics restreints. L'expansion prodigieuse des Technologies de l'Information et de la Communication (TIC), notamment l'internet, génère d'importants flux d'information et de communication. Quelques phrases et un simple clic suffisent désormais pour diffuser n'importe quelle information, de l'échelle locale à l'échelle mondiale.
Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que les fake-news se propagent à la mesure de l’expansion de l’internet, et à des fréquences inimaginables avant son apparition. A cette raison purement technique, il faut ajouter cette désaffection assez générale à l’égard de l’information rapportée par les media publics traditionnels, radio et télé. D’où l’expansion des réseaux sociaux et des plateformes comme moyens privilégiés de communication. La facilité de l’usage de l’Internet permet à tout un chacun de s’exprimer à sa manière, dans la forme et dans le fond, en toute liberté, pour le meilleur et pour le pire.
Il convient de noter que la formulation de cette question comporte le risque d'occulter les avantages potentiels des TIC. Cependant, il est indéniable que cela suscite un autre débat.
2 - Quelles sont les contraintes sociologiques liées à la lutte contre les fake-news ?
Il est essentiel de connaître les profils des émetteurs et des récepteurs des fake-news, notamment lorsqu'ils occupent les deux rôles simultanément. Cela englobe des aspects tels que le milieu social, l'âge, le niveau d'instruction, le parcours de vie, la profession, ainsi que d'autres "variables indépendantes". Il serait pertinent d'explorer également des dimensions psychologiques et sociales, comme les tendances politiques, les idéologies et la réalisation de tests sur les prédispositions psychologiques (types d'émotions dominants, éventuels préjugés, etc.).
Des analyses pourraient aboutir à une typologie des profils concernés et de leurs motivations profondes et entrevoir les moyens de lutte contre les fake-news appropriés à chaque type. Des études sont effectuées dans ce sens dans certains pays.
3 - Du point de vue sociologique, quels sont les outils pour lutter contre ce fléau ?
La réponse se trouve en partie dans la réponse précédente. Les outils doivent être adaptés aux profils identifiés. Ils relèvent de l’information et de l’éducation au sens large, selon le degré de gravité du contenu des fake-news. Mais en pratique, c’est l’aspect préventif qui prévaudra dans le cadre des lois (la loi 88-13 relative à la presse et à l’édition, la loi 08-05 relative à la protection des données à caractère personnel et le projet de loi controversé 22-20 concernant l’utilisation des réseaux sociaux et similaires). Reste à savoir si les pouvoirs publics envisageront, en plus des peines prévues, des mesures de rééducation et de réinsertion.
Mais, il faudrait surtout penser au préventif en commençant par l’école. Il faudrait déployer tout un système de sensibilisation aux méfaits des fake-news et en parallèle renforcer l’apprentissage à l’acquisition de l’esprit critique, faculté essentielle absente chez les créateurs et usagers des fake news. Cet esprit implique des capacités d’analyse rationnelle, l’exigence de sources d’information fiables, ainsi que la capacité d’identifier ses propres préjugés éventuels et de les mettre de côté.
L'acquisition de l'esprit critique demeure essentielle, aux côtés des efforts, encore perfectibles, de détection, de contrôle et de censure entrepris par les différents prestataires de services internet, les autorités publiques nationales et les organismes internationaux (ex. de l’UNESCO).
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