Economie
Néo-banques: Pourquoi Bank Al-Maghrib n’a pas accordé le feu vert à Revolut?
24/06/2026 - 17:02
Ouiam FarajLe Wali de Bank Al-Maghrib (BAM), Abdellatif Jouahri, a affirmé mardi 23 juin 2026 que la conjoncture actuelle ne permettait pas de répondre favorablement aux ambitions de la banque digitale britannique Revolut d'intégrer le marché marocain
La banque centrale privilégie en effet la finalisation de plusieurs chantiers stratégiques avant d'ouvrir le secteur à de nouveaux acteurs des services financiers numériques.
Lors d'une conférence de presse tenue à l'issue de la réunion trimestrielle du conseil de la banque, M. Jouahri a indiqué avoir reçu, début juin, les dirigeants de Revolut, accompagnés d'un représentant marocain de la firme. Ces derniers ont exprimé leur vif intérêt pour le Maroc, perçu comme un marché prometteur et un hub potentiel pour leur expansion vers l'Afrique subsaharienne. Toutefois, le Wali de la banque centrale leur a signifié que l'institution est actuellement mobilisée par trois dossiers majeurs prioritaires.
Trois chantiers réglementaires et financiers prioritaires
Le premier de ces chantiers concerne l'adaptation aux nouvelles réglementations européennes relatives aux flux financiers transfrontaliers, notamment les transferts de fonds des Marocains résidant à l'étranger (MRE). Bank Al-Maghrib s'emploie à lever tout obstacle technique ou réglementaire susceptible de ralentir la fluidité de ces flux vers les comptes bancaires nationaux. Des concertations sont en cours avec plusieurs partenaires européens, au premier rang desquels la France, afin d'identifier et de résoudre les points de blocage potentiels. Ce dossier est d'une importance vitale pour le Royaume, les transferts de la diaspora jouant un rôle clé dans le soutien des réserves de change, de l'épargne et de l'investissement.
Le deuxième dossier porte sur les évaluations périodiques du Maroc par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), prévues d'ici la fin de l'année en cours. Ces audits mesurent la résilience du système financier et macroéconomique national face aux standards internationaux.
Enfin, le troisième chantier est lié à l'évaluation attendue par le Groupe d'action financière (GAFI) concernant le dispositif national de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Il s'agit d'un dossier hautement sensible dont l'issue conditionne l'image de marque du Royaume auprès des investisseurs et des bailleurs de fonds internationaux.
Une démarche de prospection, sans demande officielle
Le Walide la banque centrale a précisé que les dirigeants de Revolut ont fait preuve de compréhension face à ces impératifs réglementaires. Bien qu'ils aient interrogé BAM sur la possibilité de relancer les discussions ultérieurement, la priorité immédiate reste la réussite des prochaines échéances internationales. Le sujet ne pourra être réexaminé que lorsque les conditions idoines seront réunies.
M. Jouahri a par ailleurs tenu à clarifier que la néo-banque britannique n'a déposé aucune demande officielle d'agrément auprès des autorités de régulation. Il s'agissait uniquement d'une démarche exploratoire visant à évaluer le potentiel du marché marocain. À travers cette approche prudente, Bank Al-Maghrib veille à sécuriser le paysage financier national alors même que les banques marocaines accélèrent la digitalisation de leurs propres services via le déploiement d’offres numériques autonomes.
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