Economie
Néo-banques au Maroc: entre opportunités de digitalisation et prudence réglementaire
15/05/2026 - 15:01
Ouiam Faraj
L'essor de la numérisation ces dernières années a favorisé l'émergence de ce que l'on appelle les "néo-banques". Il s'agit d'institutions proposant divers services bancaires à distance, sans qu'il soit nécessaire de se déplacer en agence.
Parmi ces banques figure le groupe britannique Revolut, qui a exprimé son intérêt pour entrer sur le marché marocain, à un moment où Bank Al-Maghrib reste prudente face à cette orientation. Que peuvent donc changer les banques numériques dans le système bancaire marocain ?
Rapprocher les services bancaires de l'utilisateur
Les néo-banques reposent sur la fourniture de leurs services entièrement ou quasi entièrement via des canaux numériques, en premier lieu les applications mobiles, sans avoir besoin d'un réseau d'agences physiques.
À travers ces plateformes, le client peut ouvrir un compte, effectuer des virements, payer des factures et même accéder à des services d'investissement, dans une expérience bancaire rapide et entièrement à distance.
Ce modèle s'appuie sur des technologies modernes telles que l'intelligence artificielle et l'analyse de données, permettant d'offrir des services plus flexibles et personnalisés par rapport au modèle bancaire traditionnel.
Ce modèle contribue à rapprocher les services bancaires de l'utilisateur et à les rendre disponibles à tout moment, en plus de son rôle potentiel dans le renforcement de l'inclusion financière en attirant des catégories de population qui n'étaient pas intégrées dans le système bancaire, selon des experts du secteur.
La prudence de Bank Al-Maghrib
Dans ce contexte, Revolut avait précédemment exprimé son intérêt pour le marché marocain. Le Wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a confirmé lors d'une conférence de presse le mardi 17 mars 2026 que le groupe avait effectué une visite au Maroc et rencontré le directeur général de Bank Al-Maghrib, Abderrahim Bouazza, afin de mieux comprendre la structure bancaire, le système financier marocain, les conditions du marché et les critères d'accès.
Le groupe a également demandé une réunion avec le Wali de Bank Al-Maghrib en présence de membres de son conseil d'administration, mais Jouahri a préféré temporiser, selon ses propres termes.
Et d'ajouter: "Le directeur européen de Revolut m'a demandé de le rencontrer, et je lui ai répondu que je le recevrais au moment opportun et approprié… À ce jour, je n'ai toujours pas rencontré Revolut."
La technologie financière
Par ailleurs, Bank Al-Maghrib a élaboré un guide complet expliquant le parcours que doivent suivre les entreprises opérant dans le domaine de la technologie financière (Fintech) dans leurs relations avec Bank Al-Maghrib, depuis la phase de demande initiale jusqu'à l'obtention de la licence et le démarrage de l'activité, en précisant les rôles, les documents requis et les délais attendus.
Le guide souligne la nécessité d'obtenir une licence ou une approbation réglementaire de Bank Al-Maghrib si une banque numérique souhaite offrir des services tels que l'ouverture de comptes, les moyens de paiement, les transferts de fonds ou la collecte de fonds auprès du public, précisant également que certains projets peuvent nécessiter un avis réglementaire préalable avant de passer à la phase d'accréditation.
Dans ce cadre, l'économiste et expert financier Dr Ahmed Tahiri Jouti a affirmé que les néo-banques ne constituent pas une tendance passagère, mais l'expression d'une vague mondiale globale de numérisation touchant divers secteurs, soulignant que le secteur financier occupe une position centrale dans cette dynamique.
M. Jouti a précisé, dans une déclaration à SNRTnews, que le succès de la transformation numérique au sein du système bancaire est susceptible d'avoir un impact positif sur l'efficacité de l'économie dans son ensemble, compte tenu de ses liens directs avec les autres secteurs.
Il indique que l'intégration de la technologie au sein des banques a engendré de nouveaux modèles économiques, fondés essentiellement sur la réduction de la dépendance aux agences au profit des applications numériques, permettant des services plus rapides, moins coûteux et mieux adaptés aux besoins des clients.
Trois modèles bancaires
M. Jouti distingue, à cet égard, trois principaux modèles bancaires : le premier est la transformation numérique progressive au sein des banques traditionnelles à travers le développement de services à distance ; le deuxième est la création d'unités numériques parallèles au sein du même établissement ciblant des catégories spécifiques ; le troisième est celui des banques entièrement numériques, fonctionnant sans agences, "qui sont soit de nouvelles start-ups, soit des banques 100 % numériques indépendantes sur le plan opérationnel, ou affiliées à des banques traditionnelles du point de vue du capital".
Ce dernier modèle n'est pas encore adopté au Maroc, selon l'expert financier, qui a accompagné plusieurs banques dans la mise en place de systèmes d'information. Il est pourtant le plus à même d'accélérer le rythme de la transformation, en raison de sa plus grande flexibilité, de sa capacité à réduire les coûts et à élargir la base de clientèle, outre sa contribution au renforcement de l'inclusion financière.
Toutefois, l'adoption de ce modèle reste subordonnée, selon M. Jouti, à la mise en place d'un cadre juridique approprié tenant compte des spécificités des risques qui lui sont associés, notamment en matière de cybersécurité et de protection des données personnelles.
La confiance demeure également l'un des enjeux majeurs, particulièrement dans la société marocaine où de nombreux clients préfèrent l'interaction directe avec les institutions financières, sans oublier les défis de conformité liés à l'entrée de nouveaux acteurs sur le marché.
M. Jouti cite, à ce propos, les expériences de pays arabes et islamiques qui se sont empressés de réglementer ce domaine en adoptant des législations spécifiques et en accordant des licences à des banques numériques, dont des banques participatives selon des conditions garantissant une valeur ajoutée réelle, notamment en ce qui concerne l'élargissement de l'accès aux services financiers, à l'instar de l'Arabie saoudite et de la Malaisie.
Il a affirmé que les banques numériques ne constituent plus une expérience limitée, mais sont devenues un acteur à part entière de l'industrie bancaire, capable d'offrir des services similaires à ceux des banques traditionnelles, voire de leur faire concurrence sur certains aspects.
Quant au Maroc, M. Jouti estime que l'ouverture à ce modèle est devenue une nécessité imposée par les transformations en cours, en raison des opportunités qu'il offre pour améliorer la qualité des services bancaires et renforcer leur efficacité. Il insiste néanmoins sur le fait que le succès de cette expérience reste conditionné par la capacité des acteurs à instaurer la confiance, à garantir une protection solide des données et à offrir une valeur ajoutée claire dépassant ce qui est actuellement disponible sur le marché marocain.
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