Politique
Souveraineté alimentaire au Maroc: Entre l'autosuffisance du Plan Maroc Vert et l'urgence d'un nouveau modèle résilient
30/06/2026 - 21:03
Malak ZougaghLors de la séance mensuelle de questions de politique générale consacrée à « l’approche gouvernementale intégrée pour atteindre la souveraineté alimentaire », les différentes composantes de la Chambre des conseillers ont affirmé que les enjeux liés à l'alimentation ne se limitent plus à garantir l'abondance des produits. Ils constituent désormais une question de souveraineté nationale exigeant une révision du modèle actuel et le renforcement de sa résilience face aux crises.
Le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a présenté à cette occasion l'héritage agricole du Royaume, rappelant que le Maroc a adopté un modèle de planification proactive dès 2008 avec le Plan Maroc Vert (PMV). Pour le Chef du gouvernement, ce plan Royal a opéré une transformation structurelle majeure, faisant du secteur agricole la locomotive du développement global.
Ce bilan se traduit d’abord par un doublement du Produit Intérieur Brut (PIB) agricole, soutenu par une croissance annuelle moyenne de 4,7 % sur la période 2008-2020. Cette dynamique a été rendue possible grâce à une mobilisation d'investissements massifs de près de 132,4 milliards de dirhams, orientés prioritairement vers les infrastructures et l’agriculture solidaire.
Au-delà des performances financières, cet effort d'investissement a eu un impact social majeur, permettant la création de 50 millions de journées de travail supplémentaires. Cette impulsion a assuré un taux d'emploi de 75 % en milieu rural et nettement amélioré les revenus des ménages, notamment à travers 989 projets solidaires au profit de 730 000 bénéficiaires.
Sur le plan de la sécurité alimentaire, M. Akhannouch a souligné que le PMV a permis de protéger le marché national des crises mondiales en atteignant des taux de couverture exceptionnels : 100 % pour les viandes rouges et les volailles, et entre 98 % et 100 % pour les fruits, légumes et le lait.
Le rappel à la réalité des conseillers: De la simple abondance à la souveraineté
Si ces indicateurs techniques témoignent d'une indéniable réussite productive, ils ne suffisent plus à masquer les failles du modèle actuel face aux crises contemporaines. Sur ce point, les différentes composantes de la Chambre des conseillers se sont montrées unanimes : la question alimentaire n'est plus une simple affaire de disponibilité des produits sur les étals, mais une question de souveraineté nationale et de dignité des citoyens.
Malgré la divergence de leurs sensibilités politiques, les groupes parlementaires et professionnels ont convergé vers un constat : les milliards injectés n'ont pas empêché la persistance de dysfonctionnements majeurs, notamment la flambée des prix due à la spéculation et l'omniprésence des intermédiaires.
Quatre ruptures pour une nouvelle doctrine
Le Groupe Istiqlalien intègre le débat en appelant à acter quatre ruptures fondamentales. La première consiste à passer du concept de sécurité alimentaire (importer ou produire pour stocker) à celui de souveraineté alimentaire (réduire la dépendance). L'Istiqlal préconise également de basculer d'urgence des ressources hydriques conventionnelles vers le dessalement et les eaux non conventionnelles, tout en investissant dans l’agriculture intelligente.
De son côté, le Parti Authenticité et Modernité (PAM) a invité le gouvernement à abandonner la gestion conjoncturelle des crises au profit d'une planification stratégique et préventive. Le groupe a insisté sur la nécessité de réorganiser le marché intérieur, de plafonner le nombre d'intermédiaires qui asphyxient le consommateur, et de soumettre les aides publiques à une évaluation rigoureuse et continue. Une position partagée par l'Union Socialiste des Forces Populaires (USFP), pour qui la souveraineté alimentaire est intrinsèquement liée à la dignité des citoyens et nécessite une gestion plus rationnelle de l'eau.
Le social et le privé s'accordent sur un point : Placer l'humain au centre
Le débat a également mis en lumière le besoin criant d'équité sociale dans le monde rural. L’Union Générale des Travailleurs du Maroc (UGTM) et l’Union Marocaine du Travail (UMT) sont montées au créneau pour rappeler que l'indépendance alimentaire ne pourra se faire sans justice sociale pour les petits agriculteurs, les ouvriers et les transporteurs. L'UMT a d'ailleurs réclamé le lancement d'un grand dialogue national inclusif pour co-construire cette vision d'avenir.
Ce face-à-face institutionnel démontre que le Maroc se trouve à la croisée des chemins. Si le Plan Maroc Vert a posé les bases d'une puissance de production indéniable, l'avenir exige une approche beaucoup plus intégrée. Face au mur climatique et social, le consensus parlementaire est clair : le succès des futures politiques publiques ne se mesurera plus seulement au volume des exportations ou à la croissance du PIB agricole, mais à la capacité du Royaume à protéger le pouvoir d'achat de ses citoyens et à sécuriser son destin alimentaire en toute indépendance.
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