Economie
Les transferts des MRE atteignent un niveau record malgré des coûts de transaction élevés
30/06/2026 - 20:01
Ouiam Faraj
Bien que les transferts de fonds des Marocains résidant à l'étranger (MRE) continuent d'atteindre des niveaux record et de jouer un rôle crucial dans le soutien des réserves en devises du Royaume, le coût de ces transactions demeure un fardeau pesant pour la diaspora marocaine. Cette situation persiste alors même que l'ONU appelle à réduire les frais d'envoi à moins de 3 %.
Chaque mois, ces flux financiers enregistrent une nouvelle progression. À fin avril dernier, ils ont atteint 39,97 milliards de dirhams (MAD), contre 36,42 milliards de dirhams à la même période l'année précédente, soit une hausse de 9,8 %, selon les dernières données de l'Office des Changes.
Cette performance fait suite à une année 2025 déjà historique, où les transferts des MRE se sont élevés à 122,02 milliards de MAD (contre 118,97 milliards en 2024, en hausse de 2,6 %). Bank Al-Maghrib prévoit d'ailleurs que cette tendance haussière se poursuivra pour atteindre environ 129 milliards de MAD dans les années à venir.
Le coût des transferts: un marché en manque de concurrence
Malgré ces indicateurs au vert, les experts soulignent que le débat ne doit plus se limiter au volume des fonds, mais englober le coût de leur acheminement, afin de garantir qu'une part maximale de cet argent parvienne réellement à ses destinataires.
Youssef Naciri, expert en gestion d'entreprise et analyste économique, explique que le coût exorbitant de ces transactions constitue l'une des principales menaces à la croissance continue de ces flux. Selon lui, le marché reste dominé par un nombre restreint d'opérateurs qui proposent leurs services directement ou via des partenariats bancaires, ce qui limite fortement la concurrence.
Dans une déclaration accordée à SNRTnews, M. Naciri précise: "Les frais de transfert peuvent parfois dépasser 7 %, tandis que les petits montants sont souvent soumis à une tarification fixe particulièrement pénalisante. Ces prélèvements représentent une pression financière importante sur la communauté marocaine."
Cette réalité contraste avec le 10e Objectif de développement durable (ODD) de l'ONU, qui ambitionne de ramener le coût moyen des transferts de fonds des migrants à moins de 3 % d'ici 2030, tout en éliminant les corridors de transfert dont les coûts dépassent 5 %.
L'impact direct sur le quotidien de la diaspora
Ces frais élevés ne sont pas seulement des indicateurs économiques; ils impactent directement le budget des familles. Les témoignages de la diaspora sont éloquents:
Karim (résidant en France): Il envoie de l'argent chaque mois à sa famille, mais ressent le poids croissant de ces taxes. "En additionnant les frais payés sur une année complète, je réalise que cette somme aurait pu couvrir des dépenses cruciales pour mes proches. Je cherche toujours l'option la moins chère, mais les écarts entre les agences restent minimes."
Khadija (installée en Belgique depuis plus de 20 ans): Bien qu'elle privilégie désormais les applications numériques, elle juge les tarifs toujours excessifs. "Pour envoyer seulement 200 euros, les frais varient entre 8 et 15 euros selon l'intermédiaire."
Vers des accords bilatéraux avec les pays d'accueil
Selon Youssef Naciri, la cherté des frais de transfert était au cœur des débats lors d'un récent séminaire organisé à Rabat, réunissant des représentants de Bank Al-Maghrib, de l'Union européenne, d'ambassades européennes ainsi que plusieurs acteurs du secteur.
Ces discussions s'orientent vers la conclusion d'accords spécifiques entre le Maroc et les pays de provenance (notamment européens) afin d'alléger ces coûts. Les regards se tournent désormais vers les conclusions de cette rencontre et la concrétisation des promesses de la partie européenne, principal émetteur de ces flux. L'analyste insiste sur le fait que l'ouverture du marché à de nouveaux acteurs reste le levier principal pour stimuler la concurrence, faire baisser les prix et améliorer la qualité des services.
Un levier majeur pour l'investissement productif
L'impact des frais de transaction ne se limite pas au montant net reçu par les familles, il influence aussi la manière dont cet argent est utilisé. M. Naciri observe une évolution notable dans le comportement de la diaspora marocaine: les transferts ne servent plus uniquement au soutien familial de subsistance ou à l'acquisition de biens immobiliers secondaires. Ils s'orientent de plus en plus vers l'investissement productif et la création d'entreprises.
Pour l'expert, cette transition est une opportunité majeure pour l'économie nationale en termes de création d'emplois et de dynamisation de l'activité. Réduire le coût des transferts permettrait non seulement de soulager la diaspora, mais aussi de canaliser une part plus importante de l'épargne des MRE vers des projets porteurs, renforçant ainsi leur contribution au développement économique du Royaume.
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