Société
Rapport du CESE: Le point sur le travail des enfants au Maroc
01/07/2026 - 14:29
Youness Oubaali | Fahd MerrounLe Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) a révélé que le nombre d'enfants âgés de 7 à 17 ans exerçant une activité économique au Maroc a fortement chuté, passant de 517.000 enfants en 1999 à environ 101.000 enfants en 2024, soit une baisse de plus de 80%.
Malgré cette avancée notable, le Conseil souligne que les acquis enregistrés ne permettent pas encore d'atteindre l'objectif d'une éradication définitive et durable du travail des enfants.
Lors d'une rencontre de communication organisée ce mercredi 1er juillet 2026 pour présenter les conclusions de l’avis du CESE intitulé "Pour une politique publique efficace pour l’éradication du travail des enfants au Maroc", le président du Conseil, Abdelkader Amara, a rappelé que ce phénomène exigeait toujours une mobilisation globale et un renforcement de l'efficacité des politiques publiques afin de garantir la protection des mineurs contre l'exploitation économique.
Perception vs Réalité: 78% des sondés estiment que le phénomène reste répandu
L'avis du CESE s'appuie notamment sur les résultats d'une consultation citoyenne menée via sa plateforme numérique Ouchariko :
78% des participants considèrent que le travail des enfants reste un phénomène répandu au Maroc (dont 39% estiment qu'il est très répandu).
Seuls 21% le qualifient de peu répandu ou très rare.
60% des sondés pensent à tort que le phénomène sévit principalement en milieu urbain.
Le Conseil précise que cette perception ne correspond pas aux données statistiques disponibles. Le travail des enfants demeure une problématique essentiellement rurale, touchant 2,5% des enfants en milieu rural, contre seulement 0,5% en milieu urbain (sur l'ensemble de la population active âgée de 7 à 17 ans).
Par ailleurs, 64% des répondants qualifient ce phénomène de permanent, tandis que 36% estiment qu'il est saisonnier ou conjoncturel, lié notamment aux périodes de vacances scolaires.
Des facteurs socio-économiques complexes et imbriqués
Le CESE attribue la persistance du travail des mineurs à la convergence de plusieurs facteurs, notamment, a vulnérabilité socio-économique et la précarité de certaines familles, les difficultés qui émaillent les trajectoires scolaires des enfants, l'extension du secteur informel.
De plus, le Conseil note que les systèmes de prévention, de protection et de contrôle (notamment l'inspection du travail) souffrent de contraintes et de dysfonctionnements qui limitent leur efficacité. Les initiatives publiques de lutte contre ce phénomène conservent une approche trop sectorielle, ce qui nuit à leur convergence, à leur cohérence et à leur impact sur le terrain.
Le déploiement des dispositifs territoriaux de protection de l'enfance fait également face à des défis majeurs en matière de capacités d'exécution et de coordination entre les différents intervenants.
Secteur privé et société civile: Un engagement à géométrie variable
Le tissu entrepreneurial: L'implication des entreprises reste disparate. Si les grandes structures engagées dans des démarches de RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) ou certifiées aux normes des droits humains et du travail décent jouent le jeu, ces bonnes pratiques ne sont pas encore généralisées, en particulier au niveau des chaînes d'approvisionnement et de la sous-traitance.
Le tissu associatif: Les associations locales, qui représentent la première ligne d'intervention sur le terrain pour repérer et accompagner ces enfants, manquent cruellement de ressources humaines, techniques et financières face à l'ampleur des besoins de réintégration scolaire et d'appui économique aux familles.
La rue et l'informel: Principales formes d'exploitation
Selon les données de la consultation, les différentes formes d'exploitation se concentrent majoritairement dans l'espace public et le secteur informel. Ainsi, la situation de rue arrive en tête, représentant 27% des réponses, suivie de près par l'exercice d'activités informelles ou illégales à hauteur de 22%. Par ailleurs, l'aide familiale pour des travaux agricoles ou ménagers ainsi que l'utilisation des enfants comme main-d'œuvre dans des ateliers industriels ou artisanaux affichent des proportions identiques, s'établissant chacune à 19% des cas recensés.
Les priorités des citoyens pour inverser la tendance
Les répondants ont identifié plusieurs leviers d'action prioritaires dont l'appui financier et social aux familles vulnérables qui représente 24%, suivi du développement des passerelles vers les Écoles de la deuxième chance qui enregistre un taux de 20%, le durcissement de l'application de la loi et le renforcement des sanctions contre les contrevenants avec 19% et l'amélioration de l'accès à l'école dès le préscolaire en milieu rural et l'intensification des campagnes de sensibilisation.
Progrès législatifs et feuille de route à l'horizon 2030
Le CESE a rappelé que le Maroc a considérablement renforcé son arsenal juridique en interdisant le travail des enfants en deçà de l'âge légal, en prohibant les travaux dangereux pour les mineurs et en encadrant les conditions d'emploi des jeunes travailleurs.
Ce processus est consolidé par l'adoption d'une feuille de route nationale à l'horizon 2030, visant l'élimination totale du travail des enfants de moins de 15 ans et l'éradication progressive des travaux dangereux pour les adolescents de 16 à 18 ans.
Le Conseil a également salué le rôle moteur de l'Observatoire National des Droits de l'Enfant (ONDE), présidé par Son Altesse Royale la Princesse Lalla Meryem, en tant qu'acteur institutionnel de référence. L'ONDE a grandement contribué à structurer les programmes de prévention et à inscrire la protection de l'enfance au rang des priorités nationales.
Dans cette dynamique, une convention-cadre de partenariat a été signée entre le CESE et l'ONDE le 30 mars 2026 pour institutionnaliser leur coopération (études conjointes, sensibilisation, évaluation des politiques publiques).
Le Maroc capitalise ainsi sur un long processus d'engagements internationaux, depuis la ratification de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l'enfant en 1993, suivie des conventions de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) n°138 (âge minimum d'admission à l'emploi) et n°182 (interdiction des pires formes de travail des enfants).
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