Société
Travail des enfants au Maroc: une baisse marquée, mais des défis persistants
01/07/2026 - 13:18
Malak Zougagh
Le Maroc a enregistré une diminution significative du nombre d’enfants en situation de travail au cours des dernières décennies. Lors de la présentation de l’avis du Conseil économique, social et environnemental (CESE) consacré à l’éradication du travail des enfants, la rapporteure de la commission, Karima Mkika, a indiqué que le nombre d’enfants concernés est passé de 800.000 en 1997 à 101.000 aujourd’hui.
Cette évolution traduit une réduction importante du phénomène. Toutefois, plusieurs indicateurs montrent que les enfants encore concernés demeurent confrontés à des situations de vulnérabilité.
Selon les données présentées, 87% des enfants au travail sont déscolarisés. En milieu rural, 70% exercent une activité dans le secteur agricole. Parmi eux, 57% travaillent comme aides familiaux, 19% occupent des emplois saisonniers et 68% exercent des activités non rémunérées.
En milieu urbain, le profil diffère. Les salariés représentent 51% des enfants au travail, tandis que les apprentis comptent pour 28%. Une partie de ces jeunes appartient à la tranche d’âge des 16 à 18 ans, pour laquelle certaines formes d’apprentissage sont autorisées par la législation en vigueur.
La traite des enfants parmi les principales préoccupations
Karima Mkika a également mis en avant la question de la traite des enfants, considérée comme l’une des formes les plus graves d’exploitation.
Entre 2017 et 2020, 379 affaires de traite ont été enregistrées au Maroc, impliquant 719 victimes, dont 47% de mineurs. En 2025, les autorités ont recensé 102 affaires et identifié 270 victimes, parmi lesquelles 93 mineurs.
Selon la rapporteure, ces chiffres reflètent principalement les cas détectés ou signalés et ne représentent qu’une partie de la réalité du phénomène.
Une vulnérabilité accrue pour les enfants migrants
L’avis du CESE attire également l’attention sur la situation des enfants migrants, réfugiés ou non accompagnés.
D’après les données du Haut-Commissariat au Plan citées lors de la présentation, le Maroc comptait en 2025 quelque 1.024 enfants migrants non accompagnés ou séparés de leur famille dans plusieurs villes du Royaume, ainsi que 5.223 enfants réfugiés.
Parmi les enfants migrants non accompagnés, seuls 16% ont bénéficié d’une prise en charge institutionnelle, ce qui souligne les limites actuelles des dispositifs de protection.
Des politiques publiques déjà engagées
Pour lutter contre le travail des enfants, plusieurs mécanismes ont été mis en place au cours des dernières années. La rapporteure a notamment cité les aides sociales directes, les programmes de transferts ciblés aux ménages, les initiatives de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), ainsi que la généralisation progressive de la protection sociale.
La scolarisation obligatoire, les Écoles de la deuxième chance et les dispositifs d’apprentissage constituent également des leviers mobilisés pour prévenir le décrochage scolaire et favoriser l’insertion des jeunes.
Dans ce cadre, le programme national d’apprentissage prévoit un objectif de 100.000 apprentis par an dans le cadre des contrats-programmes 2025-2030, avec un ciblage particulier des jeunes en situation de rupture scolaire âgés de 16 à 18 ans.
82 commissions provinciales mobilisées
Le dispositif de protection repose également sur 82 commissions provinciales de protection de l’enfance, qui regroupent les services déconcentrés de l’État, les autorités judiciaires et les représentants de l’inspection du travail.
Toutefois, selon le CESE, ces mécanismes territoriaux ne sont pas encore pleinement opérationnels dans l’ensemble des régions.
La société civile participe également aux actions d’identification, d’accompagnement et de réintégration scolaire ou professionnelle des enfants concernés. Un financement annuel de 5 millions de dirhams est actuellement mobilisé par le département chargé de l’emploi pour soutenir ces associations.
Objectif 2030: vers l’éradication du phénomène
À travers son avis, le CESE recommande l’adoption d’une feuille de route nationale intégrée pour l’éradication du travail des enfants à l’horizon 2030.
Parmi les principales recommandations figurent le renforcement des dispositifs territoriaux de protection de l’enfance, la modernisation de l’inspection du travail, la création d’un système national de collecte et de suivi des données, ainsi que le renforcement de l’application des sanctions contre les formes les plus graves d’exploitation.
Le Conseil préconise également de mieux articuler les aides sociales avec la poursuite de la scolarité, de faciliter l’accès à la formation des jeunes de 16 à 18 ans et d’accroître le soutien financier aux associations intervenant sur le terrain.
Lors de sa présentation, Karima Mkika a souligné l’importance du suivi régulier des politiques publiques mises en œuvre afin de mesurer les progrès réalisés. L’objectif affiché par le CESE est de poursuivre la réduction du phénomène pour parvenir, à terme, à l’élimination du travail des enfants au Maroc.
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