Technologie
Qui navigue vraiment sur Internet: les humains ou les machines?
01/07/2026 - 10:45
Malak Zougagh
Les machines occupent désormais une place plus importante que les humains dans le trafic internet mondial. C’est le principal constat du rapport State of AI Traffic, publié par l’entreprise de cybersécurité HUMAN Security, qui indique que le trafic généré par des systèmes automatisés, notamment les outils d’intelligence artificielle, dépasse désormais celui produit par les internautes.
L’étude définit le trafic automatisé comme l’ensemble des interactions effectuées par des logiciels, des robots ou des systèmes d’intelligence artificielle, plutôt que par des utilisateurs humains. Selon les données analysées par HUMAN Security, ce trafic a progressé près de huit fois plus rapidement que l’activité humaine sur internet en 2025.
Cette évolution est largement attribuée à la généralisation des grands modèles de langage tels que ChatGPT d’OpenAI, Claude d’Anthropic ou Gemini de Google. Le rapport fait état d’une hausse de 187% du trafic lié à l’intelligence artificielle entre janvier et décembre 2025.
Selon les conclusions du rapport, le modèle historique d’un internet principalement alimenté par les interactions humaines évolue rapidement. La progression du trafic généré par les systèmes automatisés, notamment les outils d’intelligence artificielle, tend à faire des machines les principaux acteurs des échanges en ligne, modifiant progressivement la nature même du trafic observé sur le web.
Des secteurs déjà en première ligne
Interrogé par SNRTnews, Mohamed Charif Djebli, ingénieur en sécurité des systèmes d'information et intelligence artificielle, explique que cette évolution concerne en priorité les secteurs dont l’activité dépend fortement du web.
"Les médias numériques, les plateformes d’e-commerce, les réseaux sociaux, les moteurs de recherche, les services SaaS, les banques en ligne et les plateformes de réservation figurent parmi les plus exposés", indique-t-il.
Selon lui, les bots actuels ne se limitent plus à l’indexation traditionnelle des contenus. Ils parcourent massivement les sites internet pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle, collecter des données, comparer des prix, surveiller des contenus ou automatiser certaines interactions.
Cette multiplication des opérations automatisées génère un volume de requêtes qui peut égaler, voire dépasser, celui des utilisateurs humains. À terme, explique l’expert, l’ensemble des services numériques ouverts au public devront adapter leurs infrastructures afin de distinguer plus efficacement le trafic humain du trafic automatisé.
L’essor des agents autonomes
Le rapport met également en lumière la progression rapide des agents d’intelligence artificielle capables d’agir de manière autonome pour le compte d’un utilisateur.
HUMAN Security cite notamment les agents de type OpenClaw, dont le volume d’activité a augmenté de près de 8.000% en 2025 par rapport à l’année précédente. Alors que leur présence était marginale en 2024, ces systèmes occupent désormais une place croissante dans l’écosystème numérique.
L’étude souligne toutefois que le trafic automatisé n’est pas nécessairement malveillant. Certaines fonctionnalités largement utilisées, comme les résumés générés par l’intelligence artificielle dans les moteurs de recherche ou les outils de saisie automatique, font également partie de cette catégorie.
Des infrastructures sous pression
L’augmentation du trafic automatisé pose également la question de la capacité des infrastructures numériques à absorber cette croissance.
Pour Mohamed Charif Djebli, les grands fournisseurs de services cloud disposent aujourd’hui des moyens techniques nécessaires pour faire face à cette évolution. Le principal défi se situe ailleurs.
"Les infrastructures actuelles ont été historiquement conçues pour servir principalement des utilisateurs humains. L’augmentation rapide du trafic généré par des agents automatisés remet progressivement en question ce modèle", explique-t-il à SNRTnews.
L’enjeu consiste désormais à identifier les bots légitimes, bloquer les bots malveillants et maintenir la qualité de service pour les utilisateurs humains.
Selon lui, de nouvelles technologies apparaissent déjà pour répondre à cette problématique. Elles associent intelligence artificielle, analyse comportementale et mécanismes adaptatifs capables de réguler automatiquement les flux de requêtes.
"Ces technologies devraient devenir des composants standards des infrastructures web dans les prochaines années", précise-t-il.
Un impact économique croissant
Au-delà des défis techniques, la progression du trafic automatisé entraîne également des conséquences financières pour les entreprises.
"Chaque requête adressée à un serveur consomme des ressources de calcul, de mémoire, de stockage et de bande passante", rappelle Djebli Mohamed Charif.
Lorsque des millions de requêtes sont générées quotidiennement par des bots, les organisations doivent renforcer leurs capacités informatiques, investir davantage dans les infrastructures cloud et accroître leurs dépenses en cybersécurité.
L’expert cite notamment les solutions anti-bots, les systèmes de protection contre les attaques par déni de service distribué (DDoS), les outils de détection comportementale ainsi que les dispositifs de surveillance continue.
Selon lui, ces dépenses représentent désormais une part significative du budget informatique de certaines entreprises.
Vers une redéfinition des audiences en ligne
La progression des bots pourrait également modifier les modèles économiques qui reposent sur le volume de trafic Internet.
L'expert estime que les indicateurs traditionnels tels que le nombre de visites ou les pages vues risquent progressivement de perdre de leur pertinence.
"Les annonceurs accordent de plus en plus d’importance à la qualité de l’audience, à l’engagement réel et aux interactions humaines vérifiées", explique-t-il.
Face à cette évolution, les plateformes développent déjà de nouvelles méthodes de mesure capables de distinguer avec davantage de précision les visiteurs humains des agents automatisés.
Selon l’ingénieur, la capacité à certifier l’authenticité d’une audience pourrait devenir un avantage concurrentiel important dans les années à venir. "La confiance dans les métriques de fréquentation deviendra un enjeu stratégique aussi important que le volume de trafic lui-même", souligne-t-il.
Le rapport de HUMAN Security repose sur les données recueillies par sa plateforme Human Defense Platform, qui affirme avoir analysé plus d’un quadrillion d’interactions numériques. Les auteurs reconnaissent toutefois que la mesure du trafic automatisé à l’échelle mondiale reste complexe, notamment en raison de l’absence d’une base de données centralisée couvrant l’ensemble des interactions sur internet.
Cette publication constitue néanmoins l’un des indicateurs les plus suivis de l’évolution du trafic lié à l’intelligence artificielle. Une tendance qui, selon plusieurs acteurs du secteur, devrait continuer à s’accélérer avec la multiplication des outils d’IA générative et des agents autonomes capables d’interagir directement avec le web.
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