Société
Envenimations au Maroc: L'arsenal de prise en charge renforcé
01/07/2026 - 20:02
Khawla Znaizini
Avec l'arrivée de la saison estivale et la hausse des températures, les craintes liées à la recrudescence des piqûres de scorpion et des morsures de serpent refont surface, s'imposant comme l'un des principaux risques sanitaires menaçant les populations des zones rurales.
Bien que la mortalité ait reculé ces dernières années grâce au développement des protocoles de prise en charge, chaque été est l’occasion de s’interroger sur les moyens de prévention, la préparation du système de santé et la disponibilité des sérums et traitements nécessaires pour sauver les victimes.
Dans ce contexte, le ministère de la Santé et de la Protection sociale a lancé, depuis la province de Kelaat Sraghna, la Semaine nationale de prévention et de renforcement des capacités autour de la lutte contre les تسممات (envenimations) nées des piqûres de scorpion et des morsures de serpent, organisée du 30 juin au 3 juillet 2026. Cette initiative vise à ancrer la culture de la prévention, optimiser la prise en charge des patients, renforcer les compétences des professionnels de la santé et relancer le débat sur la disponibilité des sérums antivenimeux au Maroc.
Les données du Centre Marocain Anti-Poison et de Pharmacovigilance indiquent l'enregistrement de 20 583 cas de piqûres de scorpion au cours de l'année 2025, ayant entraîné 27 décès, soit un taux de létalité de 0,13 %. En parallèle, 405 cas de morsures de serpent ont été recensés, causant 18 décès, ce qui représente un taux de létalité de 4,4 %. Ces indicateurs reflètent la dangerosité persistante des morsures de serpent, qui s'avèrent plus mortelles malgré la limitation du nombre d'infections. Selon l'état des lieux des envenimations ophidiennes de 2025, l'incidence s'établit à 1,07 pour 100 000 habitants, avec un âge moyen des victimes de 31 ans et un sex-ratio de 2,01. La répartition par âge indique que les enfants représentent 97 cas (23,4 %) contre 308 cas pour les adultes (76,6 %). Le pourcentage des formes graves (grades G2 et G3) atteint 28,6 %, tandis que le taux de séquelles se maintient à 1 %.
Sur le plan géographique, la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima arrive en tête avec 139 cas de morsures de serpent, suivie par la région de Souss-Massa avec 65 cas, puis la région de Béni Mellal-Khénifra avec 42 cas. Ces données cartographiques servent de référence directe pour la distribution des sérums et des moyens thérapeutiques à travers les différentes régions du Royaume.
Le docteur Hanane Chaoui, responsable au Centre Marocain Anti-Poison, souligne que ces chiffres traduisent une évolution positive. L'augmentation du nombre de cas déclarés ne signifie pas nécessairement une hausse des accidents, mais résulte principalement de l'amélioration du système de notification, parallèlement à une baisse constante du taux de mortalité. Elle précise que la Stratégie nationale de lutte contre les piqûres de scorpion et les morsures de serpent a permis de réduire l'indice de létalité de façon significative. Les décès dus aux piqûres de scorpion sont passés de 2,37 % avant le lancement de la stratégie en 2001 à 0,13 % en 2025. De même, le taux de létalité des morsures de serpent est tombé de 7,1 % en 2016 à 4,4 % l'année dernière.
Concernant la thérapeutique, le docteur Chaoui affirme que le sérum antiscorpionique n’est plus adopté dans le protocole médical au Maroc, la majorité des recherches scientifiques ayant démontré son inefficacité dans l'amélioration de la prise en charge. Les études pharmacologiques indiquent également que l'utilisation de ce sérum expose le malade à un risque de choc anaphylactique aigu pouvant être mortel. Le protocole repose désormais sur un traitement symptomatique qui a prouvé son efficacité en faisant chuter les décès de 40 cas en 2020 à 27 cas en 2025.
À l’inverse des piqûres de scorpion, le sérum antivenimeux demeure un élément fondamental du protocole de traitement des morsures de serpent. Intégré depuis l'année 2011, il est importé et distribué régulièrement dans toutes les régions du Royaume. Le traitement par sérum, bien qu'il ne soit pas suffisant à lui seul, contribue à améliorer l'état du patient, à limiter les complications et à abréger la durée d'hospitalisation.
Le Maroc utilise le sérum polyvalent INOSERP MENA, importé du Moyen-Orient, dont les études du centre ont prouvé l'efficacité contre les sept espèces de serpents venimeux répertoriées dans le Royaume. Ce sérum est disponible dans toutes les régions, mais exclusivement au sein des structures hospitalières, où il est administré sous la supervision d'un médecin spécialiste formé dans les centres de référence régionaux. Certaines morsures peuvent être causées par des serpents non venimeux, mais cette distinction ne peut être établie qu'au sein d'un établissement de santé, ce qui rend indispensable le transfert rapide du blessé.
Le stock national actuel s'élève à environ 1 000 sérums répartis sur le territoire, une quantité jugée suffisante à condition de rationaliser son utilisation. L'approvisionnement repose sur des rapports hebdomadaires émanant des services de santé, détaillant le nombre de cas, les sérums utilisés et les quantités restantes, afin d'établir le programme de distribution annuelle. La province de Chefchaouen, qui enregistre entre 40 et 50 cas par an, est ainsi dotée de plus de 90 sérums pour garantir la rapidité de la prise en charge. Concernant les scorpions, environ 1 500 kits thérapeutiques et combinaisons médicamenteuses sont fournis pour assurer la prise en charge des cas à travers les régions.
Le ministère de la Santé et le Centre Anti-Poison rappellent que la prévention reste la méthode la plus efficace pour limiter les accidents. Il est recommandé aux citoyens, particulièrement aux enfants et aux habitants des zones rurales, d'éviter d'introduire les mains dans les trous et terriers, de ne pas s'asseoir au milieu des herbes ou près des amas rocheux, de vérifier les chaussures et vêtements avant de les enfiler, de porter des chaussures de protection lors des travaux agricoles et d'éviter de marcher pieds nus ou de sortir la nuit sans lampe de poche.
Il est également conseillé de désherber les abords des habitations, de colmater les fissures des murs et des plafonds et de stocker le bois dans des endroits isolés afin de limiter la prolifération des scorpions et des serpents. En cas d'accident, la victime doit être évacuée immédiatement vers le service des urgences le plus proche, tout retard réduisant l'efficacité du traitement et augmentant le risque de complications. Les autorités mettent en garde contre le recours aux pratiques traditionnelles telles que les garrots, les incisions, l'aspiration du venin ou l'application d'herbes et de substances chimiques, en raison des complications graves qu'elles provoquent. Le Centre Marocain Anti-Poison maintient à la disposition du public la ligne téléphonique 0801000180, accessible 24 heures sur 24, pour fournir les orientations médicales nécessaires.
Cette semaine nationale, dont le lancement officiel a eu lieu dans la province de Kelaat Sraghna en raison de la forte prévalence des scorpions dans cette zone, vise à renforcer la sensibilisation des citoyens, à optimiser la rapidité de la prise en charge, à développer les compétences des cadres de santé et à harmoniser l'intervention des différents acteurs pour réduire la mortalité.
Articles en relations
Société
Société
Société
Société