Société
Défis du changement climatique: Renforcement de l'alerte précoce au Maroc
01/07/2026 - 19:03
Wydad El Houari
Inondations soudaines, tempêtes côtières, vagues de chaleur, crues torrentielles: les événements météorologiques extrêmes se multiplient à travers le monde à un rythme sans précédent.
Selon l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM), le nombre de catastrophes naturelles liées aux aléas climatiques a été multiplié par cinq au cours des cinquante dernières années. Dans ce contexte mondial de vulnérabilité croissante, le Maroc franchit une étape majeure dans la structuration de sa réponse nationale aux risques hydrométéorologiques.
Une feuille de route de 2 milliards de dirhams
Présentée vendredi dernier à Casablanca lors de la Consultation nationale sur le dispositif Early Warnings for All (EW4ALL), la feuille de route 2027-2029 pour le renforcement des systèmes d'alerte précoce constitue un plan d'action triennal d'envergure, estimé à près de 2 milliards de dirhams. Elle repose sur quatre piliers complémentaires, pensés pour couvrir l'ensemble de la chaîne de protection des populations, de la connaissance du risque jusqu'à la préparation des territoires.
Quatre piliers complémentaires
Dans le détail, le premier pilier porte sur le renforcement de la connaissance et de l'évaluation des risques hydrométéorologiques, à travers la mise en place d'une gouvernance nationale des données, la généralisation de la cartographie des aléas, de l'exposition et de la vulnérabilité et l'intégration des projections climatiques dans les évaluations des risques.
Le deuxième pilier, quant à lui, est consacré à la création d'un Centre national de prévision des crues. Il prévoit notamment la modernisation et la densification des réseaux de stations météorologiques, hydrologiques et maritimes, le déploiement de capteurs intelligents et l'amélioration des modèles de prévision météorologique et hydrologique.
La feuille de route met également l'accent, dans son troisième pilier, sur le renforcement des dispositifs de diffusion des alertes. Les actions prévues portent en particulier sur l'harmonisation des protocoles d'alerte entre les institutions, l'élaboration d'un catalogue national de messages normalisés ainsi que le déploiement d'un système national d'alerte par téléphonie mobile.
S’agissant du quatrième pilier, il vise à améliorer la préparation des populations et des territoires à travers des campagnes nationales de sensibilisation, l'intégration progressive de la gestion des risques dans les programmes éducatifs, le renforcement de la résilience des infrastructures critiques et l'élaboration de plans territoriaux de réponse aux urgences.
Une coordination institutionnelle au plus haut niveau
La mise en œuvre de cette feuille de route sera assurée sous la coordination conjointe de la Direction Générale de la Météorologie (DGM) et de la Direction de la Gestion des Risques Naturels (DGRN), dans le cadre d'un comité de pilotage réunissant l'ensemble des acteurs concernés. Cette gouvernance partagée reflète la nature transversale du défi: protéger les populations face aux catastrophes naturelles ne relève pas d'un seul ministère, mais d'une mobilisation collective.
Les précisions de la DGM
Interrogé par SNRTnews, Houcine Youaabed, chef du service partenariat et communication à la DGM, a confirmé la portée de ce chantier et détaillé ses implications concrètes pour les citoyens.
Sur l'évolution des phénomènes hydrométéorologiques observés au Maroc, M. Youaabed a affirmé "les observations réalisées par la Direction Générale de la Météorologie montrent que le Maroc est particulièrement exposé aux effets du changement climatique", citant une hausse progressive des températures moyennes, des vagues de chaleur plus fréquentes et une évolution du régime des précipitations, marquée par une baisse des cumuls annuels dans plusieurs régions mais aussi par des épisodes de pluies plus intenses sur de courtes durées.
Il a précisé que "le changement climatique n'est pas nécessairement à l'origine de ces phénomènes, qui ont toujours existé, mais il en modifie l'intensité, la fréquence et parfois la durée", ce qui renforce, selon lui, les enjeux liés à la prévision, à l'anticipation des risques et à la diffusion rapide des alertes.
Concernant l'impact de la feuille de route 2027-2029 sur l'information des citoyens, le responsable de la DGM a indiqué que le dispositif vise des "alertes plus rapides, plus fiables, plus précises et plus accessibles", portées par une communication adaptée aux différents publics, avec des messages clairs et diffusés par des canaux diversifiés. L'objectif, a-t-il souligné, est que l'information atteigne effectivement le "dernier kilomètre", c'est-à-dire les populations les plus exposées ou les plus vulnérables.
Sur l'articulation de cette feuille de route avec le dispositif international EW4ALL, M. Youaabed a déclaré que l'initiative nationale "s'inscrit pleinement dans l'initiative mondiale Early Warnings for All (EW4All) lancée par le Secrétaire général des Nations Unies et coordonnée par l'Organisation météorologique mondiale (OMM)", qui vise à ce que chaque personne dans le monde soit protégée par un système d'alerte précoce d'ici 2027. Il a précisé que la Direction Générale de la Météorologie, en tant qu'autorité nationale en matière de météorologie et de climat, "joue un rôle central dans ce dispositif" et travaille en étroite collaboration avec les départements ministériels, les collectivités territoriales, les partenaires techniques et financiers ainsi que les agences des Nations Unies.
Le Maroc dans une dynamique mondiale
Lors de la clôture de la Consultation nationale, marquée par l'adoption de la Déclaration de Casablanca, le Directeur général de la Météorologie, Mohamed Dkhissi, a souligné que cette rencontre a constitué une plateforme stratégique pour construire une vision commune et mobiliser les parties prenantes autour d'un système national d'alerte précoce multirisques, intégré et centré sur les populations.
Les recommandations issues de cette consultation constituent le socle de la feuille de route, a-t-il fait savoir, appelant à renforcer la gouvernance, la connaissance des risques, les capacités d'observation et la diffusion des alertes.
Cette feuille de route s'inscrit dans l'ambition portée conjointement par l'OMM et le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR), qui vise à garantir, d'ici 2027, une couverture universelle des populations mondiales par des systèmes d'alerte précoce performants, inclusifs et opérationnels.
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