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Le changement climatique alimente les désastres, pas forcément la mortalité
22/01/2026 - 09:27
AFP
Le changement climatique aggrave les canicules, les incendies et les inondations, et les dégâts matériels augmentent. Mais qu'en est-il des morts? Les chercheurs font la distinction entre les types d'événements météo extrêmes.
La mortalité globale des catastrophes naturelles a reculé ces dernières décennies, notamment pour les tempêtes. Mais pour les canicules spécifiquement, elle augmente.
Plus de 2,3 millions de personnes sont mortes d'événements liés à la météo entre 1970 et 2025, selon une analyse par l'AFP de la base de données EM-DAT du Centre de recherche sur l'épidémiologie des désastres (CRED), basé en Belgique.
Le bilan a atteint 305.156 morts entre 2015 et 2025, en baisse par rapport aux 354.428 de la décennie précédente, selon cette analyse.
"Ce n'est pas que les événements ne sont pas devenus plus dangereux. C'est que nous sommes devenus bien plus forts dans notre capacité à y faire face", explique Marina Romanello, directrice exécutive de Lancet Countdown, un programme de surveillance sur le climat et la santé.
Tueur silencieux
La chaleur est considérée comme un "tueur silencieux" en partie parce qu'il faut des mois ou des années pour calculer le nombre de morts. Les personnes âgées ou déjà malades sont les plus exposées.
L'année dernière, la moitié de la planète a connu plus de jours que la moyenne avec une température ressentie de 32 °C ou plus, selon l'observatoire européen Copernicus. Cela a des effets établis sur la mortalité.
Il est "très clair" que la chaleur extrême est devenue plus mortelle, juge Theodore Keeping, chercheur à l'Imperial College London.
Études sérieuses et modèles scientifiques sont aujourd'hui capables d'attribuer un nombre additionnel de morts à des augmentations spécifiques de température causées par le changement climatique, pointe-t-il.
Environ 61.800 personnes sont mortes des épisodes de canicule à travers le monde en 2022, un bilan qui est retombé à environ 48.000 en 2023 avant de remonter à 66.825 en 2024, selon la base de données EM-DAT.
Mais les chiffres sont bien plus élevés que les années précédentes car les données sur la mortalité liée à la chaleur, en particulier en Europe, sont devenues plus accessibles après la pandémie de Covid-19, explique à l'AFP Damien Delforge, chercheur au CRED.
Ces décès-là sont en outre sous-estimés.
Selon les estimations de Lancet Countdown, la mortalité mondiale liée à la chaleur au sens plus large que les seules canicules a atteint 546.000 morts en moyenne par an entre 2012 et 2021, en hausse de 63% par rapport à 1990-1999.
Des pays mieux préparés
Les inondations ou les cyclones peuvent pour leur part occasionner de nombreuses victimes mais les pays sont mieux préparés, grâce à des systèmes d'alerte plus nombreux et avancés, des barrières anti-tempêtes et l'amélioration des normes de construction des bâtiments.
Les inondations ont tué 55.423 personnes entre 2015 et 2025, en recul par rapport aux 66.043 enregistrés sur la décennie précédente, selon EM-DAT. Le bilan des tempêtes a atteint 36.652 décès en 2015-2025 contre 184.237 durant la période de dix ans qui a précédé.
"Nous disposons de ces systèmes d'alerte avancée qui peuvent protéger des vies mais le péril reste bien sûr très, très, très élevé", dit Tobias Grimm, responsable scientifique du climat du réassureur allemand Munich Re.
Il est difficile d'établir une tendance car un seul gros désastre peut fortement affecter le bilan annuel.
Selon Munich Re, les catastrophes naturelles (inondations, tempêtes, incendies ainsi que tremblements de terre, qui ne sont pas liés au climat) ont causé 17.200 décès dans le monde l'an dernier, principalement en Asie-Pacifique et en Afrique. Davantage qu'en 2024, qui affichait 11.000 décès, mais qui reste bien en-deçà de la moyenne sur 30 ans (41.900).
"Ce que l'on sait avec certitude, c'est que les événements climatiques deviennent plus fréquents, plus intenses, selon le type d'événement", souligne Marina Romanello.
"Jusqu'à présent on a réussi à infléchir la courbe de la mortalité dans de nombreux cas grâce à des infrastructures bien meilleures ... mais il y a une limite à l'efficacité de telles mesures lorsque ces événements se produisent l'un après l'autre, ne laissant pas assez de temps pour récupérer", met-elle en garde.
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