Economie
Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur à 2,25 % sur fond de croissance consolidée et d'incertitudes mondiales
23/06/2026 - 14:46
Khaoula Benhaddou
Réuni ce mardi 23 juin 2026 à Rabat pour sa deuxième session trimestrielle de l'année, le Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) a décidé de maintenir son taux directeur à 2,25 %.
Une décision motivée par une inflation jugée compatible avec l'objectif de stabilité des prix à moyen terme et par la poursuite de la dynamique de croissance de l'économie nationale, malgré un environnement international marqué par de fortes incertitudes.
La Banque centrale souligne que l'économie mondiale continue d'évoluer dans un contexte particulièrement fragile, dominé par les répercussions du conflit au Moyen-Orient. Selon BAM, cette crise a perturbé les chaînes d'approvisionnement mondiales, alimenté les tensions inflationnistes et accentué les incertitudes pesant sur les perspectives économiques internationales.
Si la récente signature d'un protocole d'accord entre les États-Unis et l'Iran laisse entrevoir une amélioration progressive du transport maritime, les effets économiques du conflit devraient continuer à se faire sentir à court terme.
Face à cette conjoncture, le Conseil a estimé que le maintien du taux directeur constituait l'option la plus appropriée. Il a toutefois réaffirmé qu'il continuerait à suivre de près l'évolution de la conjoncture nationale et internationale et à fonder ses décisions, réunion après réunion, sur les données les plus récentes.
Une inflation en hausse mais sous contrôle
Au Maroc, les répercussions du conflit se font notamment sentir sur la facture énergétique. Les prix des carburants ont ainsi enregistré une hausse annuelle de 27,6 % en mai.
Cette progression, conjuguée à celle de l'inflation importée, devrait entraîner une accélération de l'inflation domestique, qui demeurerait toutefois modérée à moyen terme. Après avoir évolué autour de 0,8 % au cours des deux dernières années, l'inflation atteindrait en moyenne 1,5 % en 2026 puis 2,1 % en 2027, selon les prévisions actualisées de Bank Al-Maghrib.
L'inflation sous-jacente resterait limitée à 0,2 % en 2026, principalement en raison de la baisse des prix de certains produits alimentaires, notamment l'huile d'olive. Elle s'accélérerait ensuite à 2,9 % en 2027 avec la dissipation de cet effet et la progression de l'inflation importée.
Les anticipations des professionnels du secteur financier demeurent, quant à elles, bien ancrées, avec une inflation moyenne attendue autour de 2,2 % à l'horizon de huit et douze trimestres.
Une croissance portée par le rebond agricole
Sur le plan national, les indicateurs confirment une consolidation de l'activité économique. Après une progression de 8,2 % en 2025, la valeur ajoutée agricole devrait rebondir de 16 % cette année, portée par une récolte céréalière estimée à 90 millions de quintaux.
Les activités non agricoles devraient, elles, maintenir un rythme de croissance solide de 4,2 % en moyenne en 2026 et en 2027, après 4,5 % en 2025.
Au total, la croissance économique nationale devrait accélérer, passant de 4,9 % en 2025 à 5,2 % en 2026, avant de revenir à 3,1 % en 2027 sous l'effet d'une normalisation de la production agricole.
Pétrole et engrais sous tension
Les projections de BAM tablent sur un maintien des cours élevés des matières premières énergétiques. Le prix moyen du Brent passerait ainsi de 68,1 dollars le baril en 2025 à 92,3 dollars en 2026 avant de revenir à 71,6 dollars en 2027.
Les prix des engrais phosphatés devraient également progresser fortement sous l'effet de la hausse des coûts des intrants, des restrictions chinoises à l'exportation et d'une demande mondiale soutenue. Selon les estimations de la Commodities Research Unit, le prix du DAP passerait de 713 dollars la tonne en 2025 à 912 dollars en 2026 avant de revenir à 766 dollars en 2027. Celui du TSP évoluerait respectivement de 529 à 648 dollars puis à 567 dollars la tonne.
À l'inverse, les cours du phosphate brut devraient enregistrer un léger repli. Quant aux produits alimentaires, l'indice FAO progresserait de 3,9 % en 2026 puis de 0,7 % en 2027.
Déficit courant en hausse, réserves toujours solides
La hausse de la facture énergétique et des importations de biens d'équipement devrait peser sur les équilibres extérieurs. Les importations d'énergie atteindraient ainsi 135 milliards de dirhams en 2026 avant de revenir à 114,4 milliards en 2027.
Dans le même temps, les recettes de voyages poursuivraient leur progression, passant de 138,6 milliards de dirhams en 2025 à 161,1 milliards en 2027. Les transferts des Marocains résidant à l'étranger augmenteraient également, de 122 milliards à près de 130 milliards de dirhams sur la même période.
Dans ces conditions, le déficit du compte courant atteindrait 4 % du PIB en 2026 avant de revenir à 3,8 % en 2027. Les avoirs officiels de réserve continueraient néanmoins de se renforcer pour atteindre 542 milliards de dirhams à l'horizon 2027, soit l'équivalent de six mois et neuf jours d'importations de biens et services.
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