Société
Phénomènes extrêmes: Le Maroc face à une nouvelle dynamique climatique
12/02/2026 - 21:02
Matar Bensalmia
Après plusieurs années de sécheresse sévère et de stress hydrique généralisé, le Maroc fait face à l’autre versant d’un climat de plus en plus instable.
Le pays connaît aujourd’hui un retour brutal des précipitations, avec des épisodes de pluies intenses et localement destructrices, notamment dans le nord du Royaume. Des précipitations exceptionnelles ont récemment provoqué une crue soudaine de l’oued Loukkos, contraignant plusieurs milliers d’habitants à quitter la ville de Ksar El Kébir. Cette intensification et cette alternance rapide des phénomènes climatiques extrêmes sont-elles désormais au cœur des vulnérabilités du pays ?
Pour le climatologue Mohammed Saïd Karrouk, ces phénomènes ne sont ni exceptionnels ni isolés, mais une transformation durable du climat
Le Maroc sort en effet d’une séquence de sécheresse prolongée, longue de sept ans, qui a mis en lumière les limites de son modèle de gestion de l’eau et de son aménagement du territoire.
Dans une déclaration à SNRTnews, le professeur explique que la sécheresse qui a débuté en 2018 “n’est pas la première et ne sera pas la dernière”. Elle fait suite à une période exceptionnellement humide entre 2006 et 2016, durant laquelle le Maroc avait connu un retour significatif de l’eau. “Nous avons développé énormément d’activités basées sur l’eau à cette époque, en utilisant des ressources passagères que nous avons considérées comme permanentes. Cette erreur de comportement, plus que la sécheresse elle-même, a conduit au stress hydrique que nous avons aujourd’hui”, souligne-t-il.
Le climatologue rappelle que les barrages, piliers de l’approvisionnement en eau, sont eux aussi touchés par cette inadéquation. Selon lui, le barrage Al Massira, deuxième plus grand du pays, n’atteint toujours pas 20 % de sa capacité malgré le retour des pluies. “Le problème n’est pas seulement le manque d’eau, mais l’utilisation que nous en avons faite”, insiste Karrouk.
Pour comprendre ces phénomènes, il faut, selon la même source, observer les mécanismes climatiques à l’échelle planétaire. La dynamique de l’évaporation, de la condensation et des précipitations est régie par des facteurs tels que l’anticyclone des Açores, qui contrôle le flux des masses d’air dans la région. Quand l’anticyclone est renforcé, la sécheresse s’installe, quand il s’affaiblit, les pluies peuvent revenir. “Avec le réchauffement climatique, ces mécanismes se compliquent. Les zones où l’eau s’évapore et retombe évoluent, et le cycle hydrologique se déplace”, ajoute-t-il.
Cette alternance de sécheresses longues et de pluies extrêmes révèle aussi la vulnérabilité du Maroc face à des infrastructures conçues pour un climat différent. “L’infrastructure n’est plus capable d’absorber le volume des précipitations. Les barrages, les routes, les systèmes d’assainissement ont été pensés pour des normes qui n’existent plus”, explique M. Karrouk, qui appelle à une réhabilitation complète et urgente des infrastructures.
Mais le problème dépasse le technique et touche également l’aménagement du territoire et la réglementation. Le climatologue fustige la construction de quartiers sur des zones inondables ou en bord de mer. “Le bâti trop proche des oueds ou de la mer crée des catastrophes prévisibles. Il faut des lois claires, mises à jour, et des moyens humains et techniques pour les appliquer”. Pour lui, une grande partie des dommages liés aux inondations est due à des erreurs humaines, et non à la fatalité du climat.
M. Karrouk plaide également pour un renforcement des compétences scientifiques. “Nous n’avons pas de climatologues au Maroc, seulement des météorologues. La climatologie est une science à part entière qu’il faut développer pour gérer les grands problèmes liés au climat. La formation de ressources humaines spécialisées est indispensable”, affirme-t-il.
Il ne s’agit donc pas d’événements exceptionnels, mais d’un changement durable des conditions climatiques. Selon le climatologue, les décisions politiques et les pratiques locales doivent s’adapter en conséquence, en prenant en compte la réalité d’un climat plus extrême, qui impose à la fois vigilance, formation et planification rigoureuse.
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