Economie
Rapport de la FAO: Vers une reprise de la saison agricole au Maroc malgré la persistance des pressions sur les importations
24/06/2026 - 13:28
Ouiam Faraj | Wydad El Houari
Le rapport semestriel de l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), publié en juin 2026, confirme que la saison agricole au Maroc s'oriente vers une reprise.
Cette dynamique intervient après deux campagnes consécutives de perturbations climatiques ayant directement affecté la production, notamment les récoltes de blé et de sucre, alors que les pressions sur la facture des importations et la balance des paiements persistent. Dès lors, la question se pose : la relance du secteur agricole suffira-t-elle à réduire la facture des importations alimentaires ?
Selon le document, la production de blé devrait connaître un fort rebond au cours des prochains mois, à la faveur de l'amélioration des conditions climatiques par rapport aux cycles de sécheresse précédents. La production sucrière devrait également progresser, portée par des précipitations favorables aux cultures stratégiques.
Rétablissement de l’équilibre
Cette amélioration augure d'un début de rééquilibrage dans certaines filières agricoles fragilisées ces dernières années, avec pour effet potentiel un allègement relatif de la pression sur les importations, notamment de céréales et de leurs dérivés.
Le gouvernement table sur une récolte céréalière d'environ 90 millions de quintaux pour la saison en cours, soutenue par les récentes précipitations enregistrées dans le Royaume, avec l'ambition d'inverser la tendance après sept années de sécheresse.
Poursuite de la hausse des importations
Toutefois, cette dynamique positive ne reflète qu'en partie la réalité agricole et économique, nuance le rapport Perspectives alimentaires - juin 2026. Ce dernier indique que les importations marocaines ont poursuivi leur progression en 2024, atteignant 761,3 milliards de dirhams, soit une hausse de 6,4 % en glissement annuel, tandis que le volume global des marchandises importées s'est établi à 78 868 millions de tonnes (+9,9 %).
Cette évolution traduit la persistance d'une forte demande intérieure pour les produits étrangers, en dépit des signaux de reprise de la production locale.
La structure de ces importations met en évidence le poids des biens d'équipement (180,3 milliards de dirhams), des produits finis de consommation (177,5 milliards de dirhams) et des produits semi-finis (163,9 milliards de dirhams).
Les importations de produits alimentaires ont atteint 91,6 milliards de dirhams, tandis que les achats d'énergie et de lubrifiants ont légèrement reculé de 6,7 %, pour se stabiliser à 113,8 milliards de dirhams.
Sur le plan sectoriel, les biens stratégiques dominent toujours la structure des importations, gasoil, fioul, pièces automobiles et gaz de pétrole en tête. Au sein du panier alimentaire, les importations de blé, de sucre, d'aliments pour animaux, de maïs, de bétail vif, de fruits et de café confirment une dépendance continue vis-à-vis de l'extérieur pour satisfaire les besoins essentiels et la consommation industrielle.
Une année de transition
Dans ce contexte, l'expert agricole et enseignant à la Faculté pluridisciplinaire de l'Université Mohammed Ier de Nador, Kamal Aberkani, estime que la saison agricole actuelle est exceptionnelle, mais demeure une année de transition qui ne permet pas encore de conclure à une reprise structurelle.
Dans une déclaration à SNRTnews, il a affirmé qu'une stabilisation durable de la production agricole requiert « entre trois et quatre années de précipitations régulières », soulignant que le Maroc, malgré ses performances à l'exportation de fruits et légumes, reste tributaire des importations pour d'autres denrées majeures comme les céréales et les viandes.
Il a ajouté que la reconstitution du cheptel national exige également du temps et des conditions climatiques stables sur au moins deux à trois ans, notant que le Royaume a récemment tiré parti de la baisse des cours mondiaux des céréales pour accroître ses importations et consolider ses stocks.
Le coût des intrants
Le problème ne se limite pas à la production agricole, selon l'expert, mais s'étend aux dysfonctionnements des circuits de commercialisation, à la hausse du coût des intrants ainsi qu'aux répercussions des tensions géopolitiques (fluctuations du commerce mondial et fermeture de certains couloirs maritimes) qui affectent les prix et l'approvisionnement.
Le secteur agricole demeure dépendant des importations d'intrants essentiels (semences, équipements agricoles, technologies d'irrigation), en dépit des importantes ressources naturelles et industrielles du pays, notamment les phosphates, ce qui pèse sur l'équilibre de l'offre et de la demande.
Pour atténuer cette dépendance, Kamal Aberkani préconise d'élargir la production via les institutions nationales de recherche agricole et de renforcer l'intégration entre l'agriculture, l'industrie et la recherche scientifique, tout en soutenant les startups du secteur.
Il appelle enfin à encourager les jeunes compétences actives dans ce domaine et à élaborer une feuille de route révisant la stratégie agricole et l'ensemble des facteurs de production, afin de réduire la facture des importations.
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