Société
Réduction du temps de travail des agents de sécurité privée: Un acquis social sur fond de craintes quant à son application
25/06/2026 - 11:12
Morad Karakhi
La Chambre des représentants a adopté à l'unanimité, le lundi 22 juin 2026, le projet de loi n° 32.26 complétant l’article 193 de la loi n° 65.99 portant Code du travail. Ce nouveau texte vise à harmoniser le régime juridique du temps de travail des agents de sécurité privée avec celui des autres salariés, en les soumettant à la durée légale standard de 8 heures par jour au lieu de 12 heures.
Le ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri, a précisé que ce projet concerne les agents de gardiennage et de sécurité privée liés par des contrats de travail avec des entreprises spécialisées. Il intervient pour abolir l'ancienne dérogation qui permettait de prolonger la durée quotidienne de travail jusqu'à 12 heures dans certains cas.
M. Sekkouri a ajouté que cette nouvelle disposition vise à faire bénéficier cette catégorie des règles générales du Code du travail, fixant la durée moyenne à 8 heures par jour, en lieu et place de l'ancienne formule qui autorisait des horaires prolongés en raison de la nature intermittente de certains services.
La loi entrera en vigueur dès sa publication au Bulletin officiel. Une période transitoire de 9 mois est toutefois accordée pour les contrats conclus avant cette date, afin de permettre aux entreprises et aux administrations de réajuster leurs engagements contractuels et de réviser les marchés publics et les contrats de prestations de services.
Un soulagement teinté de vigilance
Pour Loubna Najib, secrétaire générale du Syndicat national des agents de sécurité privée, de nettoyage et de cuisine, ce changement constitue "un acquis historique attendu de longue date, fruit de nombreuses années de lutte et de plaidoyer menés par le syndicat aux côtés des travailleurs impactés par le système des horaires prolongés".
Mme Najib a expliqué que la journée de 12 heures représentait "l'une des formes majeures d'exploitation subie par les agents de sécurité privée depuis des décennies", impactant directement leur santé physique et psychologique. Elle a souligné la nécessité de cette révision légale pour aligner la dignité des travailleurs avec les mutations du marché de l'emploi.
Cependant, la responsable syndicale nuance cet enthousiasme: "Notre joie face à cet acquis reste prudente. Le plus important aujourd’hui n'est pas seulement la promulgation du texte juridique, mais la garantie qu'il soit activé sans retard au sein des entreprises et des administrations durant la période transitoire."
Elle a conclu en rappelant que le véritable défi réside dans l'application rigoureuse de cette réforme sur le terrain, sans contournement de la durée légale du travail, et en veillant à ce que cette réduction horaire ne serve pas de prétexte pour impacter les salaires ou les droits acquis. Selon elle, la réforme doit s'accompagner d'une amélioration effective des revenus et du respect du SMIG pour préserver la dignité des salariés et éviter de reproduire la précarité sous d'autres formes.
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