Société
Maroc : l'année Covid-19 en 10 points
02/03/2021 - 19:48
Ghita Ismaili
Il y a un an, jour pour jour, le Maroc annonçait la découverte du premier cas du nouveau coronavirus. Retour sur les principales décisions et mesures prises depuis par le royaume pour endiguer la pandémie.
L’appel au secours (entendu) des Marocains de Wuhan
Près d’un mois après son apparition dans un marché de Wuhan, dans le centre de la Chine, l’heure était à la panique, en particulier pour les Marocains résidant dans cette ville qualifiée alors d’« épicentre de l’épidémie ». Avec plus 500 personnes contaminées et 17 morts déclarés, la Chine décide de placer trois villes, dont Wuhan, en quarantaine à partir du 23 janvier 2020.
Coupés du monde, à l’instar des 11 millions d’habitants de la ville, une centaine de Marocains, essentiellement des étudiants, lancent un appel au secours pour être rapatriés. Un appel entendu puisque le 27 janvier, SM le Roi Mohammed VI ordonne leur évacuation vers le Maroc.
Le 22 février, le ministère de la Santé annonce la fin de la période de surveillance médicale pour les citoyens marocains rapatriés de Wuhan, qui avaient été placés sous surveillance à l'hôpital Sidi Said de Meknès et à l'hôpital militaire d'Instruction Mohamed V de Rabat pour 20 jours. Aucun cas lié au nouveau coronavirus (SARS-CoV-2) n'avait alors été enregistré parmi 167 Marocains rapatriés.
Le gouvernement appelle au « calme »
Quelques heures avant la confirmation du premier cas marocain de coronavirus, le Chef du gouvernement et le ministre de la Santé tenaient une conférence de presse pour « rassurer l’opinion publique ». Pour Saad Dine El Otmani, l’opération de rapatriement des Marocains de Wuhan démontrait déjà « la maturité du pays dans le traitement des épidémies ». Il avait ainsi appelé les Marocains à garder leur calme et à ne pas tomber dans « la psychose », tout en faisant attention aux fake news sur les réseaux sociaux.
Même ton donné du côté du ministère de l’Intérieur. Le 4 mars, Abdelouafi Laftit appelait aussi les citoyens à « faire preuve de vigilance face à la diffusion d’informations mensongères et fictives concernant le nouveau coronavirus, attribuées à des parties officielles à travers des techniques et de nouvelles technologies ».
Le premier cas confirmé
Alors que l’ensemble des cas suspectés jusque-là s’étaient révélés négatifs, le Maroc annonce le 2 mars 2020 avoir découvert le premier cas du nouveau coronavirus sur son territoire, confirmé au laboratoire de l’Institut Pasteur-Maroc. Un Marocain résidant en Italie dont l’état de santé était « stable et ne soulevait aucune inquiétude ». Pris en charge à l'unité d'isolement de l'hôpital Moulay Youssef de Casablanca, l’homme avait finalement guéri. Selon le ministère de la Santé, il a quitté l’hôpital le 13 mars dernier, soit 11 jours après son admission. Khalid Ait Taleb s’engageait alors à communiquer « de manière régulière et transparente toutes les nouveautés » qui se rapporte au nouveau coronavirus.
Le premier décès
Le 10 mars 2020, le Maroc enregistrait son premier décès dû au nouveau coronavirus. La patiente, déclarée comme deuxième cas confirmé dans la ville de Casablanca, est décédée à 12h45. Agée 89 ans, elle souffrait d’affections chroniques du système respiratoire, cardiovasculaire et autres pathologies. « Malgré les interventions du staff médical composé de professeurs infectiologues, virologues, réanimateurs et autres spécialistes, la patiente a rendu son âme », précisait alors le ministère de la Santé.
Un Comité de veille économique
Pour anticiper les répercussions économiques directes et indirectes de la crise sanitaire de la Covid-19 sur l’économie nationale, le ministère de l’Economie, des finances et de la réforme de l’administration a annoncé le 11 mars 2020 la mise en place d’un Comité de veille économique (CVE). Ses missions : suivre de près l’évolution de la situation économique à travers des mécanismes rigoureux de suivi et d’évaluation et d’autre part et identifier les mesures appropriées en termes d’accompagnement des secteurs impactés.
Plus tard, Mohamed Benchaâboun annonçait que les salariés affiliés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) bénéficieront d’une indemnité forfaitaire mensuelle de 2.000 dirhams net, des allocations familiales et des prestations de l’Assurance maladie obligatoire (AMO). Le ministre indiquait aussi que les TPME et les professions libérales en difficulté pouvaient bénéficier de la suspension du paiement des charges sociales jusqu’au 30 juin 2020, la mise en place d’un moratoire pour le remboursement des échéances des crédits bancaires et des leasings jusqu’au 30 juin sans paiement de frais ni de pénalités et l’activation d’une ligne supplémentaire de crédit de fonctionnement octroyée par les banques et garantie par la Caisse centrale de garantie (CCG).
Fermeture des frontières
Le 15 mars, le Maroc a décidé de suspendre tous les vols internationaux « jusqu'à nouvel ordre », autorisant toutefois des vols spéciaux pour rapatrier les touristes européens qui étaient bloqués au royaume.
Fermetures des mosquées, cafés et restaurants
« Face au danger de propagation du nouveau coronavirus dans le pays », le ministère de l’Intérieur a annoncé le 16 mars la décision de fermer au public jusqu’à nouvel ordre les cafés, restaurants, salles de cinéma et de théâtre, salles de fêtes, clubs et salles de sport, hammams, salles de jeux et terrains de proximité. Le même jour, le Conseil supérieur des Oulémas recommandait la fermeture temporaire des mosquées pour les cinq prières et celle du vendredi. Une première au Maroc.
Un Fonds spécial pour la gestion de la pandémie
Sur hautes instructions de SM le Roi, un décret pour la création du compte d’affectation spéciale intitulé « Fonds spécial pour la gestion de la pandémie du Coronavirus la Covid-19 » a été signé le 16 mars 2020, à Rabat. Son objectif est d’« assurer le financement des mesures de prévention et de lutte contre le coronavirus et ses effets ».
Doté d’une enveloppe de 10 milliards de dirhams, ce fonds est réservé essentiellement à la prise en charge des dépenses de mise à niveau du dispositif médical, en termes d’infrastructures adaptées et de moyens supplémentaires à acquérir, dans l’urgence, pour traiter dans de bonnes conditions les personnes qui seraient atteintes par le virus, expliquait le ministère de l’Economie et des finances. Outre le budget général de l’État, le fonds a bénéficié depuis de la contribution de plusieurs organismes et institutions.
Selon la Trésorerie générale du royaume, le fonds avait atteint 33,7 milliards de dirhams à fin juillet 2020.
Etat d’urgence et premier confinement décrétés
Pour garder l’épidémie sous contrôle, le Maroc décidait le 20 mars dernier de décréter l’état d’urgence sanitaire et le confinement « jusqu’à nouvel ordre ». « L’état d’urgence sanitaire ne signifie pas l’arrêt de l’activité économique, mais la prise de mesures exceptionnelles » pour limiter les déplacements, expliquait le ministère de l’Intérieur dans un communiqué. Depuis, ces derniers sont soumis à l’obtention d’un « document officiel ». Le lendemain, le Maroc limitait aussi les déplacements des voyageurs, en suspendant les moyens de transport et les voyages entre les villes.
Fabrication et exportation des masques, rendus obligatoires
« Il n’est pas recommandé pour les personnes saines de porter des masques, à l’exception de celles qui sont en contact avec des personnes suspectées d’être porteuses du Covid-19 », assurait Saâd Dine El Otmani dans un tweet publié le 1er mars 2020. Près d’un moins après, le gouvernement changeait radicalement de discours.
لا ينصح. بأن يرتدي الأصحاء كمامات وينصح بارتدائها فقط عند رعاية شخص مشتبه في إصابته بعدوى كوفيد-19 https://t.co/DKXJfthsld
— سعد الدين العثماني EL OTMANI Saad dine (@Elotmanisaad) March 1, 2020
Dès le 6 avril, le port du masque a été rendu obligatoire par les autorités publiques pour « l’ensemble des personnes autorisées à se déplacer en dehors de leur lieu de résidence dans les cas d’exception fixés auparavant ». À cette date, les masques étaient déjà en rupture de stock dans la majorité des pharmacies. Pour garantir leur disponibilité sur le marché national, le Maroc se lance alors dans la fabrication à grande échelle des masques et fixe dans un premier temps leur prix de vente à 80 centimes l’unité.
En juillet 2020, le Maroc avait déjà exporté 18,5 millions de masques vers 11 pays, par le biais de 69 entreprises. Le royaume pouvait ainsi produire jusqu’à 14 millions de masques de protection par jour, selon le ministère de l’Industrie, du commerce, de l'économie verte et numérique.
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