Société
Maroc-Covid: quelles solutions en l'absence de tout espoir d'immunité collective?
23/08/2021 - 14:19
Lina Ibriz
Le variant Delta a sûrement changé la donne en ce qui s’agit de lutte contre le Covid-19. Alors que l’objectif primaire était, il y a plus d’un an, de développer un vaccin anti-Covid et de cultiver une immunité collective parmi la population mondiale, aujourd’hui le vaccin s’avère insuffisant pour empêcher la propagation du virus, notamment du variant Delta. Le rêve d’une immunité collective, quant à lui, s’évapore.
Au Maroc, comme partout dans le monde, les efforts sont multiples pour faire vacciner la population et la protéger contre le Covid-19. Pourtant, les derniers développements de la situation épidémiologique montrent que le rêve de l’immunité collective, phénomène permettant la protection des personnes non vaccinées, une fois un pourcentage de la population est immunisé, contre le Covid est très difficile à atteindre, voire impossible.
Contacté par SNRTnews, Dr. Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé et membre du comité scientifique et technique marocain, a déclaré que "les dernières recherches indiquent que l’immunité collective, premier espoir pour étouffer la propagation du virus, n’est plus une solution. Le vaccin s’est avéré insuffisant pour empêcher et bloquer l’infection des personnes vaccinées ainsi que la transmission du virus par celles-ci". Bien que le vaccin protège contre les cas sévères du Covid, mais il ne permettra pas d’atteindre l’immunité collective, précise le spécialiste.
"Nous misions sur l’immunité collective, car il était attendu qu’une fois une grande proportion de la population sera immunisée, la minorité qui n’est pas vaccinée sera protégée. On supposait que si, par exemple, 80% de la population est immunisée, soit par le vaccin ou suite à une infection, cette tranche jouera le rôle d’une barrière immunitaire protégeant les 20% restants qui n’ont pas pu être vaccinées pour une raison ou une autre, car le virus ne pourrait plus se répandre", explique Dr. Hamdi.
Néanmoins, le variant Delta a changé la donne. "Au départ, les données indiquaient que l’immunité collective pourrait être atteinte une fois que 60% ou 65% de la population serait immunisée. Aujourd’hui, les experts estiment qu’avec le variant Delta et les autres variants, entre 84% et 90% de la population doit être immunisée, et ça reste à voir. Certes, les personnes vaccinées sont 3 à 4 fois plus protégée d’une infection au Covid. Pourtant, avec le variant Delta, malheureusement, même les personnes vaccinées peuvent être contaminées", regrette-t-il.
Une troisième dose pour une meilleure protection
Selon le membre du comité scientifique, "on ne peut guère compter sur l’immunité acquise suite à une infection, vu qu’elle ne dure que pour quelques mois, contrairement à l’immunité acquise via la vaccination, qui est beaucoup meilleure en terme de protection, la seule solution qui reste serait la vaccination généralisée. Les nouvelles données montrent que l’immunité collective ne peut pas être atteinte, et donc personnes ne peut compter sur cette immunité pour se protéger. Tout un chacun doit se faire vacciner, car même si 60% ou 70% ou 80% de la population est immunisée, les personnes non-vaccinées auront toujours plus de chance de contracter le virus".
"Heureusement, les vaccins sont efficaces et protègent au moins des formes graves du virus. Il ne faut pas compter sur l’immunité collective. Maintenant, pour être protégé, il faut être vacciné", indique Dr. Hamdi.
Dans le même cadre, l'expert a évoqué la possibilité d’une vaccination de rappel pour les personnes les plus fragiles. "Pour les personnes âgées, les personnes à grand risque ou souffrant de problèmes immunitaires ou des maladies qui fragilisent le système immunitaire, une troisième dose pourrait être administrée pour garantir une meilleur protection contre le virus. Les choses avancent très rapidement, certainement au Maroc également des troisièmes doses de vaccin seront administrées aux personnes très fragiles, comme le recommandent plusieurs études et l’imposent les nouveaux variants. La question qui se posera par la suite est est-ce qu’il faudra généraliser la troisième dose au profit de certaines tranches d’âge", conclut-il.
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