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Merkel en visite d'adieu en Ukraine, alliée déçue de Berlin
22/08/2021 - 10:07
AFP
Angela Merkel se rend dimanche en visite d'adieu en Ukraine, un allié pro-occidental que la chancelière allemande s'est efforcée d'épauler face à Moscou, mais qu'elle a aussi beaucoup déçu par son appétit pour le gaz russe.
Elle rencontre d'ailleurs le président ukrainien Volodymyr Zelensky, 48 heures après un passage à Moscou pour y voir Vladimir Poutine, alors qu'elle quitte à l'automne, après 16 ans au pouvoir, ses fonctions de chancelière. Les autorités ukrainiennes sont reconnaissantes à Mme Merkel pour son soutien face à Moscou depuis 2014 et l'annexion de la Crimée ukrainienne par la Russie, suivie d'un conflit avec des séparatistes prorusses dans l'Est. Mais elles lui reprochent aussi d'avoir exclu du champ des sanctions européennes contre Moscou la question gazière, insistant sur la construction du gazoduc sous-marin russo-allemand Nord Stream 2 qui doit s'achever sous peu et contourne la voie de transit traditionnelle qu'est l'Ukraine. "On peut appeler ça une approche pragmatique", a relevé cette semaine le président Zelensky dans un entretien accordé à plusieurs médias. "Mon opinion, est qu'elle avance sur un chemin délicat, d'équilibriste. Pour moi, c'est trop faible", a-t-il encore jugé. Sur le conflit dans l'Est, elle a toujours dénoncé l'implication russe au côté des rebelles tout en se faisant, avec la France, médiatrice entre Moscou et Kiev. Son rôle a été crucial pour arracher les accords de paix de Minsk en 2015 et qui ont permis de mettre fin au pire des combats.
Par contre, le règlement politique du conflit est depuis au point mort, un statu quo qui arrange avant tout Moscou. Angela Merkel a plaidé vendredi pour "maintenir en vie" les négociations de paix qui ont permis la signature des accords de Minsk, "même si les avancées ne sont pas aussi rapides que nous l'espérions". "Il n'y a aucun autre instrument pour aboutir à la paix", a insisté de son côté Poutine qui accuse l'Ukraine de saboter les pourparlers. Pour sa part, Kiev considère à l'inverse que c'est la Russie qui est de mauvaise foi dans les négociations, en l'accusant d'armer et de contrôler en sous-main les séparatistes. Pour de nombreux acteurs en Ukraine, ces accords ne sont pourtant plus adaptés et "avec le départ de Merkel, les fondements des accords deviennent encore plus fragiles", juge le politologue ukrainien Volodymyr Fessenko. Il relève aussi que la chancelière a fait le choix de ne pas participer lundi, au lendemain de sa visite à Kiev, à un forum international consacré à l'annexion de la Crimée par la Russie, une décision qui témoigne de "l'ambivalence" des positions allemandes. Merkel, avant de quitter ses fonctions, aura donc à coeur de rassurer l'Ukraine. Sur le gaz en particulier. Kiev espère qu'elle viendra porteuse d'un message de Vladimir Poutine garantissant un "minimum de transit gazier", selon Zelensky, les droits que perçoit l'Ukraine en la matière étant une ressource financière cruciale.
Poutine a en effet assuré vendredi, à l'issue des pourparlers avec Merkel, que la Russie allait "pleinement remplir ses obligations dans le cadre du contrat de transit" actuel qui expire en 2024, "même après le départ de la chancelière de son poste". La Russie est "prête à transiter du gaz via le territoire ukrainien même après 2024", a-t-il encore affirmé, tout en précisant que cela devait faire l'objet de négociations commerciales. La mise en service de Nord Stream 2, initialement prévue au début 2020, a connu d'importants retards en raison de l'opposition de certains pays européens et de la menace de sanctions américaines. Mais les Etats-Unis ont finalement renoncé en mai à prendre des sanctions, pour ne pas affecter les liens avec l'Allemagne. Et en juillet, un accord a été trouvé entre les deux pays pour que le tube puisse être achevé.
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