Art & Culture
Mira : Nour-Eddine Lakhmari quitte la ville pour raconter l’histoire d’une jeune fille qui résiste aux contraintes au cœur de la nature
23/11/2025 - 16:22
SNRTnewsDans un geste artistique qui marque une rupture avec son parcours cinématographique habituel, le réalisateur marocain Nour-Eddine Lakhmari présente son nouveau film Mira, un tournant remarquable dans sa carrière, loin des espaces urbains bruyants qui ont longtemps constitué le décor de ses œuvres précédentes.
Le film a été présenté pour la première fois en compétition officielle au Tallinn Black Nights Film Festival, en Estonie, le 18 novembre dernier. Il raconte l’histoire d’une jeune fille de treize ans qui mène un combat pour sa liberté au sein d’une nature enveloppante, face à une société conservatrice qui étouffe ses aspirations.
Avec un regard empreint de poésie et une esthétique visuelle singulière, Lakhmari choisit de filmer la forêt, les oiseaux et le vent comme autant de symboles du désir d’émancipation et de rupture avec les contraintes sociales. Les oiseaux ne sont pas de simples éléments décoratifs: ils deviennent des métaphores précises d’une quête existentielle de délivrance, conférant au film une profondeur contemplative qui mêle récit et symbolisme.
L’œuvre a suscité l’admiration des critiques, notamment pour sa représentation d’un camp de réfugiés et sa capacité à conjuguer univers de l’enfance et thématiques graves. Lakhmari s’appuie sur la lumière naturelle pour composer ses scènes, offrant au film une identité visuelle épurée mais riche, et instaurant un rythme méditatif fondé sur le silence et la suggestion.
Le jeu des acteurs a lui aussi été salué, les critiques y voyant une expérience cinématographique aboutie, tant dans l’interprétation que dans la construction visuelle et symbolique. Mira apparaît ainsi comme une nouvelle étape dans la trajectoire du réalisateur, confirmant son ouverture vers d’autres langages cinématographiques et sa capacité à quitter l’univers urbain qui caractérisait ses précédents films, au profit d’un récit plus poétique et moins frontal.
Nour-Eddine Lakhmari est considéré comme l’un des cinéastes majeurs du cinéma marocain contemporain. Il s’est imposé grâce à une trilogie urbaine — Casanegra (2008), Zéro (2012) et Burn Out (2017) — où la ville est filmée comme un espace de friction et de tension. Ces œuvres sont connues pour leur audace dans l’exploration de thèmes tels que la violence, la corruption ou la marginalisation, avec une mise en scène tendue et nerveuse. Avec Mira, Lakhmari ouvre un nouveau champ esthétique: la nature remplace la ville, le symbole prend le pas sur la frontalité, et la féminité devient lieu de résistance plutôt que miroir d’un monde masculin aliénant.
Avec ce film, Lakhmari confirme une fois encore sa place de réalisateur visionnaire, qui n’hésite pas à quitter sa zone de confort pour explorer un langage cinématographique plus vaste, reflet de son évolution artistique et de son dialogue constant avec les enjeux humains et sociétaux.
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