Société
Mouhssine Benzakour: "Le gouvernement doit être plus à l'écoute des jeunes"
02/10/2025 - 18:12
Mohammed Fizazi
Le Maroc connaît depuis quelques jours une vague de manifestations initiées par des jeunes à travers plusieurs villes du pays. Le mouvement est né d’un appel diffusé sur les réseaux sociaux, invitant la jeunesse à exprimer son mécontentement face à ce qu’elle qualifie de situation "critique" dans les secteurs de l’éducation et de la santé. Rapidement, les rassemblements ont pris de l’ampleur, traduisant un malaise plus profond lié aux conditions de vie, aux inégalités sociales et au chômage.
Dans une déclaration accordée à SNRTnews, le chercheur en sociologie Mohssine Benzakour estime que ces mobilisations s’inscrivent dans une démarche légitime: "Comme tout un chacun qui aime son pays, les jeunes ont le droit de revendiquer le strict minimum pour une vie digne: éducation, santé et travail." Toutefois, il condamne les débordements observés lors de certains rassemblements, qui ont donné lieu à des scènes de violence.
Selon lui, ces incidents sont l’action de personnes "mal intentionnées" ayant profité du contexte pour provoquer des violences.
Le chercheur en sociologie pointe également une carence au niveau de la gestion gouvernementale de cette crise. Il juge que l’exécutif a manqué d’anticipation et de communication: "Le gouvernement devait être à l’écoute des revendications des jeunes. La faiblesse est là: il est dépassé en ce qui concerne l’art de communiquer. Les responsables sont restés silencieux pendant trois jours."
Ces mouvements de contestation interviennent dans un contexte où les fractures sociales sont de plus en plus visibles. Pour le chercheur, il existe un malaise social à soigner, souligné par SM le Roi Mohammed VI lors de son discours à l'occasion de la fête du Trône: "Il n’y a de place, ni aujourd’hui, ni demain pour un Maroc avançant à deux vitesses". Une réalité perceptible, selon Mohssine Benzakour, dès que l’on compare par exemple les conditions de vie entre le milieu urbain et rural.
La situation de l’emploi vient accentuer ce malaise. M. Benzakour rappelle que le Wali de Bank Al-Maghrib avait tiré la sonnette d’alarme, déclarant que près de 50% des jeunes diplômés étaient au chômage, une proportion révélatrice de la difficulté d’intégration professionnelle d’une jeunesse pourtant instruite.
Pour le chercheur en sociologie, les manifestations récentes ne relèvent pas d’une volonté de semer le désordre mais d’une quête de dignité: "Les jeunes ne sont pas sortis dans l’intention de semer la zizanie, mais pour revendiquer les conditions d’une vie digne: santé, éducation et emploi, mais le cadre doit rester pacifique et responsable".
Il estime, pour conclure, que si leurs doléances avaient été écoutées et discutés dès le départ, les dérives constatées auraient pu être évitées.
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