Economie
Où en est le Maroc dans l’économie verte et ses emplois?
16/02/2026 - 16:50
SNRTnews
Préparé par l’Organisation internationale du Travail avec l’appui technique du Haut-Commissariat au Plan, le rapport Diagnostic National sur les Emplois de l’économie verte au Maroc, vise l’application du cadre analytique des Green Employment Diagnostics de l’OIT à fin d’examiner les risques et les opportunités liés à la transition verte au Maroc.
Selon le rapport "Diagnostic National sur les Emplois de l’économie verte au Maroc", le Maroc doit répondre aux effets croissants du changement climatique et réussir une transition vers une économie plus verte, génératrice d’emplois et socialement inclusive, pour réaliser cette économie verte.
Contexte climatique et environnemental
Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le Maroc est qualifié de "point chaud du climat", et affirme que les hausses de température sont nettement supérieures à l’augmentation moyenne mondiale.
Depuis le début des années 1960, la température moyenne au Maroc a déjà augmenté d’environ 0,9°C. Les projections de la Banque mondiale anticipent un accroissement annuel moyen de 1,5 à 3,5°C d’ici 2050, et jusqu’à 5°C d’ici 2100 selon les scénarios d’émissions, ce qui risque de réduire fortement l’accumulation de neige dans les zones montagneuses et de menacer les réserves en eau. À l’avenir, les journées de chaleur extrême, au-delà de 35°C, devraient se multiplier surtout de mai à octobre, avec des conséquences lourdes sur la santé et la productivité humaine, notamment sur les chantiers de construction, sur la santé du bétail, sur l’évapotranspiration agricole, et sur la perte d’écosystèmes et de biodiversité.
La hausse des températures s’est accompagnée d’une baisse des précipitations, aggravant une situation de sécheresse intense. Le Maroc figure parmi les pays les plus soumis au stress hydrique dans le monde. Les scénarios climatiques indiquent une possible diminution des pluies annuelles de 10 à 20%, voire jusqu’à 30% dans les cas extrêmes pour la région saharienne. Les pluies deviennent plus rares et plus irrégulières, avec des événements extrêmes de plus en plus concentrés en octobre et novembre, tandis que le reste de l’année tend à être de plus en plus sec.
L’élévation du niveau de la mer pose un risque accru pour le littoral: d’ici 2030, 42% du littoral devraient être menacés par l’érosion et les inondations, et l’élévation potentielle du niveau marin pourrait atteindre 0,4 à 0,7 mètre d’ici 2100. Or, une part très importante de l’économie et de la population est concentrée sur la côte, environ 90% du secteur industriel et une large part de l’activité touristique se situent le long des côtes, de même que quelque 65% de la population.
Face à ces enjeux, la stratégie climatique et énergétique du Maroc intègre des objectifs ambitieux. La Contribution déterminée au niveau national prévoit, sous condition, une réduction des émissions de 45,5% d’ici 2030 par rapport à un scénario de statu quo, et sans condition une réduction de 18,3%. Le pays vise à produire 80% de son électricité à partir de sources renouvelables d’ici 2050, avec une intention d’atteindre une consommation nette nulle sur la même période.
En 2020, les principaux secteurs émetteurs de gaz à effet de serre étaient l’électricité, le transport et l’agriculture, ce qui vient structurer les efforts d’atténuation sectoriels. Le Maroc dispose d'un potentiel solaire parmi les plus élevés au monde et une forte capacité éolienne, de plus en plus exploités grâce à des investissements verts soutenus. La position géographique du pays, proche de l’Europe, ouvre des opportunités mais impose aussi des contraintes, notamment face aux exigences environnementales et climatiques européennes. Le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, lié aux politiques de réduction des émissions en Europe, constitue un risque réglementaire à prendre en compte dans les choix de politique climatique et économique du Maroc.
Contexte économique
Au niveau du plan économique, le Maroc a enregistré des progrès importants depuis le début du millénaire, mais la croissance a ralenti dans les années 2010, notamment dans les secteurs de l’agriculture et des services. Certains secteurs ont connu des dynamiques très hétérogènes tels que l’aquaculture et les services de distribution d’électricité, d’eau et de gaz ont connu une valeur ajoutée quasiment doubler entre 2014 et 2021, et la production de produits chimiques a connu une croissance encore plus forte, multipliée par 2,5. À l’inverse, d’autres secteurs sont restés stagnants ou en déclin, comme la production de métaux.
Malgré ces gains de valeur ajoutée dans certains domaines, l’économie marocaine n’a pas toujours généré suffisamment d’emplois, et la structure sectorielle reste inégale. Cela se traduit par une croissance parfois peu créatrice d’emplois, et par des secteurs à forte valeur ajoutée par travailleur qui ne connaissent pas toujours une expansion de l’emploi de manière simultanée.
Contexte du marché du travail
Au cours des 25 dernières années, même si la croissance économique a progressé, le marché du travail est resté relativement atone. Entre 2001 et 2019, le déficit annuel moyen d’emplois, mesuré comme la différence entre l’augmentation de la population en âge de travailler et la croissance de l’emploi, s’est élevé à environ 262.000 emplois par an. La transformation structurelle du marché du travail et de l’économie globale a été lente, ce qui se traduit par une proportion encore élevée de main-d’œuvre dans l’agriculture par rapport à d’autres pays à revenu intermédiaire comparables.
Dans ce contexte, les gains de productivité ont davantage résulté de progrès au sein des secteurs existants que d’une réallocation rapide des ressources vers des secteurs à plus forte productivité. Cela reflète un certain retard dans le déplacement du travail vers des activités plus productives. Des analyses internationales soulignent qu’une croissance peu intensive en travail et une structure économique concentrée dans des secteurs à faible valeur ajoutée limitent la capacité d’absorption de la population active. Le rapport de la Banque mondiale sur le paysage de l’emploi au Maroc note que la croissance économique a généré relativement peu d’emplois, avec une importante part d’économie informelle, des taux d’inactivité élevés, une faible participation des femmes au marché du travail et des services à faible valeur ajoutée, ce qui constitue un défi pour la situation de l’emploi et la transformation structurelle du pays.
Contexte de la pauvreté, des inégalités et de la protection sociale
Sur l’accès aux services, le Maroc a réalisé des progrès considérables, notamment l’électrification qui est quasi généralisée et l’accès à des combustibles de cuisson propres a fortement progressé. L’accès à l’eau potable, quoique encore en deçà de l’idéal à environ 70%, a aussi connu des avancées importantes. Néanmoins, de fortes inégalités liées aux revenus persistent. Une part notable de ces inégalités est associée à la faible participation des femmes au marché du travail.
En 2022, le taux de participation des femmes au marché du travail était parmi les plus bas au monde, autour de 19,8%. L’inactivité des femmes de 15 à 24 ans augmente fortement, particulièrement après le mariage. À 24 ans, environ 70% des femmes sont classées NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation), contre seulement 22% des hommes. Plus largement, environ 29% des jeunes de 15 à 24 ans sont NEET, un taux parmi les plus élevés de la région.
L’économie informelle demeure structurellement importante, selon le rapport de l’Enquête Nationale sur le secteur informel de 2013/2014 réalisé par le HCP. Les données indiquent qu’en 2013, l’emploi dans le secteur informel non agricole représentait 36,3% de l’emploi non agricole total, une part encore élevée malgré un léger recul par rapport à 2007. Dans le commerce notamment, la part de l’emploi informel restait très élevée, contribuant significativement à la valeur ajoutée économique, notamment dans le commerce, le transport et la construction.
Le Maroc doit gérer une triple réalité, un environnement naturel et climatique de plus en plus contraint et vulnérable, une économie qui dévoile des signes de progrès mais qui reste confrontée à une création d’emplois limitée et à une productivité inégale, et des défis sociaux majeurs en matière d’égalité des chances, de participation au marché du travail, et de réduction des inégalités.
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