Société
Pourquoi certaines écoles privées tournent le dos à l’éducation physique?
17/09/2025 - 10:26
Khaoula Benhaddou
Longtemps considérée comme un espace d’éveil, de formation sportive et une véritable pépinière de talents, l’éducation physique et sportive tend à disparaître dans plusieurs établissements privés. Faute d’infrastructures ou de moyens, certaines écoles choisissent d’écarter cette matière pourtant essentielle au développement et à l’équilibre des élèves.
À la rentrée, de nombreux parents regrettent l’absence de séance d’éducation sportive dans le programme scolaire. "Malheureusement, l’école de mon fils a décidé de supprimer les cours de sport. Les élèves n’ont aucun espace pour se défouler ou pratiquer une activité physique", regrette Khalid, contraint d’inscrire son enfant dans une salle de sport privée. Comme lui, plusieurs familles dénoncent le choix de certaines écoles de privilégier uniquement les matières académiques au détriment du droit des enfants à s’épanouir par le sport.
"Une école qui ne programme pas les cours d'éducation physique est hors la loi"
Pourtant, la loi 30-09 encadre clairement la pratique du sport à l’école comme l’explique Abdesslam Mili, directeur de la promotion du sport scolaire au ministère de l’éducation nationale, du préscolaire et des sports; "L’éducation physique et sportive est obligatoire dans tout établissement, qu’il soit public, privé ou universitaire, comme le stipule la loi 30-09"
Selon lui, certaines écoles respectent cette obligation en disposant de terrains ou en louant des espaces grâce à des partenariats. Mais d’autres "ne proposent qu’un enseignement théorique, sans encadrement réel, ni infrastructures adaptées. D'ailleurs, une école qui ne programme pas des cours d'éducation physique est une école illégale vis-vis de la loi".
Une situation regrettable, insiste le spécialiste: "Les élèves ont besoin d’activité physique, non seulement pour leur santé, mais aussi pour leur équilibre moral et leur réussite scolaire".
Le rôle du ministère
Dans le public, la réglementation est claire: deux heures d’éducation physique hebdomadaires au collège et au lycée; "il y a également des écoles qui font 3 à 4h d’éducation physique".
Pour pallier le manque d’infrastructures dans le privé, le ministère a ouvert la possibilité de partenariats avec d’autres structures. Les élèves des écoles privées peuvent ainsi participer aux championnats nationaux au même titre que leurs camarades du public. Reste toutefois un besoin urgent de sensibilisation et de suivi, afin d’harmoniser les pratiques et de garantir le respect de la loi; "pour le public, nous faisons des inspections dans les académies et les provinces et les écoles adhérent complètement surtout dans la région de Casa et Rabat. Malheureusement, ce n’est pas souvent le cas au privé".
Une pépinière de talents à préserver
Au-delà de la santé et de l’équilibre des enfants, le sport scolaire a souvent été considéré comme une pépinière de talents. Les écoles avaient le rôle de détection et de formation des talents. "C’est toujours le cas dans les écoles publiques où nous avons le sport scolaire de masse, destiné à tous les élèves, et le sport-études pour les plus prometteurs", explique le responsable qui précise qu’en 2024, plus de 8400 élèves ont ainsi intégré ce système, bénéficiant d’un emploi du temps aménagé entre cours le matin et entraînements l’après-midi.
Certaines disciplines s’organisent déjà autour de ce modèle. La Fédération Royale Marocaine de Football a rendu obligatoire la création de classes sport-études pour les clubs de première division, et une expérience similaire a été lancée pour le golf, regroupant 250 élèves sélectionnés dès le primaire.
Une dynamique qui démontre que l’école reste un vivier incontournable pour le sport marocain, à condition que l’ensemble des établissements, publics comme privés, prennent conscience de l’importance de l’éducation physique et respectent leur mission première: former des citoyens équilibrés, corps et esprit.
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