Société
Pourquoi les secousses se succèdent-elles à Driouch ?
17/05/2021 - 20:03
Meryem Ait Ouaanna
La province de Driouch a connu au fil de ces dernières semaines une série de secousses telluriques, de magnitude variant entre 3,5 et 4,5 degrés. De quoi susciter l’inquiétude des habitants de la région. Des spécialistes nous expliquent ce phénomène.
L’activité sismique de la province de Driouch préoccupe ses habitants depuis un mois. Au cours de la période allant du 17 avril au 17 mai 2021, l'Institut national de géophysique (ING) a enregistré au niveau de cette région un total de sept secousses telluriques. La première de magnitude 4,3 sur l’échelle de Richter est survenue le 17 avril avec un épicentre situé au large d’Oulad Amghar. Deux jours après une seconde secousse s’est produite au niveau de la même province, d’une magnitude de 4,1.
La troisième, moins forte (3,5 degrés), a eu lieu le 24 avril 2021, son épicentre se situait au large de la commune de Boudinar. La quatrième secousse tellurique de 4 degrés a été répertoriée le 28 avril 2021. Le 1er mai, une cinquième secousse a été enregistrée avec une magnitude de 4,5 degrés. Récemment, deux autres secousses se sont produites au niveau de la province de Driouch, respectivement le 11 et 14 mai, de magnitude 4,3 et 4,1 degrés.
Répliques au séisme de 2016
Approché par SNRTnews, Nasser Jebbour, chef de division à l’ING, relevant du Centre national pour la recherche scientifique et technique (CNRST) affirme que ces secousses à répétition sont des répliques de la secousse principale survenue en 2016. "Ces secousses ressenties à Driouch en grand nombre depuis déjà un mois et demi sont en effet des répliques qui arrivent en retard par rapport au choc principal qui a eu le 25 janvier 2016, de magnitude 6,2 degrés sur l’échelle Richter".
Et de poursuivre que "le choc localisé dernièrement se situe dans une zone bien précise qui était en quelque sorte bloquée et qui n’arrivait pas à réagir au choc principal. Maintenant, après le déblocage on assiste à la libération des contraintes tectoniques c’est-à-dire le réajustement des contraintes après le choc principal".
Driouch, une zone à risque ?
De son côté, le professeur Ali Charroud, spécialiste en géodynamique souligne dans une déclaration à SNRTnews que la province de Driouch est située dans une zone à risque ce qui explique la production de cette série de séismes. "C’est une zone qui se situe à la limite des plaques tectoniques, les deux plaques à savoir la plaque africaine et la plaque européenne. Ces deux plaques continentales se rapprochent par quelques centimètres par an et c’est ce rapprochement qui provoque la réactivation des accidents majeurs autrement appelées, les failles majeures", précise notre interlocuteur.
Et d’ajouter : "Au niveau de la chaîne rifaine, il y a ce qu’on appel l’accident de Nekor, avec une direction du nord-est/sud-ouest et qui se prolonge jusqu’à la méditerrannée. Et de l’autre côté, au niveau de la chaîne kabyle, se situe l’accident qui passe par Alger, Boumerdès avec une direction nord-ouest/sud-est. Lorsque ces deux failles se rencontrent au niveau de la méditerrannée, elles dessinent en quelque sorte un triangle. Driouch, Nador et Al Hoceïma se situent au milieu de ce triangle qui constitue une zone à risque".
Ces petits séismes résultent de la libération du restant d’énergie accumulée due aux contraintes emmagasinées par les roches. Selon ces deux experts, d’autres secousses de faibles intensités seront observées au niveau de cette même région. "La zone va continuer de donner des manifestations sismiques jusqu'à ce qu’il y ait un nouvel équilibre. Donc une durée de 3 à 4 mois d’activité sismique sera observée sur cette zone offshore", précise Nasser Jebbour.
De son côté, le professeur Ali Charroud estime qu'"on ne peut pas prévoir quand est ce que l’énergie va se libérer". Ce dernier affirme par ailleurs que d’autres secousses se feront ressentir à Driouch puisqu'il s’agit d’une "zone de faiblesse".
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