Société
Quand le confinement sauve des vies
02/11/2021 - 18:00
Aïcha Debouza
Une étude publiée récemment par cinq chercheurs marocains, relevant de la Direction générale de la météorologie et du Laboratoire des sciences du médicament, recherche biomédicale et biotechnologique de la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca, a porté sur la pollution de l’air dans deux grandes villes du Maroc. Il s’agit de Marrakech et de Casablanca, lieux où sont constatés d’importants problèmes de pollution dus à une croissance de la population entre 2004 et 2014.
Concentrations dans l'air de dioxyde d'azote (NO2) provenant essentiellement du trafic routier, ou encore présence dans l'air de particules fines comme les PM2,5 issues d'autres sources telles que le chauffage ou encore les épandages agricoles, la pollution de l'air a un effet néfaste sur la santé des populations.
Visant à comparer l'état de la qualité de l'air, avant la pandémie et pendant le confinement, cette récente étude faite par cinq chercheurs marocains se veut également de montrer si le confinement imposé lié au Covid-19 a donné ses fruits en termes de pollution ou pas. Mais pas seulement. L’étude cherche à prouver si oui ou non des vies ont pu être sauvées grâce à la limitation de l’air pollué plutôt qu’à la prévention contre l’infection.
Une comparaison des mêmes périodes
La période sur laquelle s’est basée la recherche est avant la quarantaine, c’est-à-dire entre le 16 février et le 19 mars et la période pendant la quarantaine, soit entre le 20 mars et le 20 avril.
Les changements de la qualité de l’air pendant la période de confinement en 2020 ont été comparés aux changements correspondants au cours des mêmes périodes en 2016-2019. La mortalité par cause évitée attribuable aux diminutions de NO2 et de PM2,5 a par la suite été calculée sur la base des études précédentes.
L’étude a prouvé que le NO2 a baissé de -12 g/m3 à Casablanca et de - 7 μg/m3 à Marrakech. Les PM2·5 à leur tour, ont baissé de -18 g/m3 à Casablanca et de -14 μg/m3 à Marrakech. Le CO, quant à lui, a baissé de -0,04 mg/m3 à Casablanca et de - 0,12 mg/m3 à Marrakech.
Cette réduction de la pollution atmosphérique a bien évidemment eu des effets bénéfiques sur la santé humaine car elle a pareillement réduit la mortalité et sauvé des vies telles que les maladies cardiovasculaires.
48 décès à Casablanca et 15 à Marrakech évités
La réduction des PM2,5 a donc permis d’éviter, selon ladite recherche, un total de 48 décès à Casablanca, et 15 autres à Marrakech, confirmant ainsi le lien significatif entre le confinement décrété dans plusieurs pays après l’apparition des premiers cas de Covid et l’amélioration de la qualité de l’air, ainsi que la réduction de la mortalité.
Dans ce même contexte, le Maroc a été l'un des premiers de la région MENA à mettre en œuvre des mesures de confinement strictes. Cette situation sanitaire relative à la pandémie dans le monde et au Maroc, a été à l’origine d’une large mobilisation dans le but de limiter la propagation du virus.
En outre, le Royaume a entrepris un ensemble de mesures dont la déclaration de l’état d’urgence sanitaire avec la réduction ou la limitation du trafic routier et aérien et la revue à la baisse de plusieurs activités industrielles.
"Ces mesures ont été à l’origine d’une amélioration perceptible de la qualité de l’air", fait savoir le département du développement durable relevant du ministère de la transition énergétique et de développement durable dans un communiqué publié sur leur site.
Le ralentissement massif de l’activité économique dû au confinement pendant le printemps 2020 a provoqué une forte diminution des émissions de polluants atmosphériques et de la mortalité associée. En effet, les différentes mesures sans précédent, prises par le Maroc lors du premier confinement, ont eu des répercussions sur la santé, l’économie, la société et l’environnement. Elles ont notamment permis de réduire la pollution atmosphérique et ses effets sur la santé.
Des polluants atmosphériques liés au trafic routier
Elaborée d’abord au niveau de la ville de Marrakech, l’évaluation de la qualité de l’air a été mise en œuvre, couvrant la période de novembre 2019 jusqu’au 8 avril 2020. Les premiers résultats de cette évaluation démontrent des taux de réduction des polluants atmosphériques, notamment "une diminution de 55% pour le dioxyde d’azote (NO2), de 70% pour le monoxyde de carbone (CO) et de 67% pour les particules en suspension".
Ces trois polluants liés aux trafics routiers et aériens ont été la principale cause de décès de plusieurs personnes. Le ralentissement massif de l’activité économique dû au confinement pendant le printemps 2020 a provoqué une forte diminution des émissions de polluants atmosphériques et de la mortalité associée. Santé publique France a réalisé une évaluation quantitative d’impact sur la santé (nouvelle fenêtre).
Partant du modèle de Marrakech, une évaluation détaillée de la qualité de l’air a par la suite été lancée au niveau de plusieurs villes du Royaume dont la ville de Casablanca. Cette évaluation, basée sur l’analyse des données des stations de surveillance de la qualité de l’air, avant, durant et après l’état d’urgence sanitaire.
Cette dernière a par ailleurs permis d’établir une analyse plus fine de la situation de la pollution de l’air, y compris l’état de référence, de tirer des enseignements et de formuler des recommandations pour limiter la pollution atmosphérique post-COVID19.
L’amélioration de la qualité de l’air a, à son tour, permis de sauver de nombreuses vies, en particulier celles des personnes atteintes de maladies cardiovasculaires. L’étude estime que la réduction du NO2, pendant la période du Covid-19, a évité un total de 185 décès liés à ce polluant à Casablanca, un chiffre qui s’élève à 30 à Marrakech.
Des mesures préventives à adopter
L’accélération de la transition vers des transports plus respectueux de l’environnement est l’une des mesures qui peut être prise par différents pays pour améliorer la qualité de vie des citoyens, et réduire la mortalité due à la pollution.
Il faut rappeler qu’en 2016, 4,2 millions de décès ont été causés par la pollution de l’air dans le monde. Ces décès ont été causés par la pollution de l’aie dans le monde. Ces décès sont principalement dus au cancer du poumon (29%), à un accident vasculaire cérébral (24%), à une maladie cardiaque (25%), et 43% à d’autres maladies pulmonaires, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Ces résultats montrent qu’une action volontariste sur la réduction des émissions de polluants dans l’air atténue nettement l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé et la mortalité. Une situation qui nous pousse à tirer les leçons du confinement en identifiant les solutions les plus efficaces pour réduire durablement les niveaux de pollution de l’air et les impacts sur la santé.
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