Economie
Raffinage pétrolier au Maroc.. Quelles solutions?
19/10/2023 - 14:24
Aya Lankaoui | Youness Oubaali
Le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable a décidé de travailler sur le dossier du raffinage du pétrole pour trouver des solutions appropriées aux défis du secteur des carburants, selon le directeur des carburants au ministère, Zakaria Sadiki.
Ces informations ont été divulguées lors de discussions entre experts et professionnels lors d'une réunion d'étude organisée au Parlement, mercredi 18 octobre, examinant la situation de l'industrie du raffinage du pétrole au Maroc.
Sadiki a souligné que le ministère s'efforce de trouver des solutions adaptées à la situation du raffinage du pétrole et qu'il travaille quotidiennement sur ce dossier, mentionnant qu'une étude, dans ce sens, est en cours de réalisation. Il a, en outre, appelé le président du front national pour la sauvegarde de la raffinerie marocaine de pétrole (FNSS - Samir), El Houssine El Yamani, à fournir des rapports et des statistiques disponibles.
La discussion s'est principalement concentrée sur la situation de la raffinerie, qui a cessé ses activités en 2015, et sur la possibilité de la remettre en service pour résoudre plusieurs problèmes du secteur.
Dans ce sens, le directeur des carburants au sein du ministère a souligné que des rapports indiquent que le raffinage a un "destin inconnu" et que le Maroc n'avait pas inclus le raffinage dans ses objectifs stratégiques en matière d'énergie en 2009. Ainsi, le ministère travaille actuellement à les mettre à jour.
Où se situe le problème?
L'expert économique Mohamed Benmoussa, qui a participé à la réunion en discutant des "moyens de faire sortir la Samir de la crise", estime que la question nécessite des "décisions politiques et souveraines".
Il souligne qu'il y a une "improvisation à l’égard du dossier de la Samir". Pour sa part, le secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme, Nabil Benabdallah, a souligné que la réouverture de la raffinerie dépend uniquement d'une "volonté politique", une opinion partagée par El Houssine El Yamani.
Pour rappel, la dernière fois que la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, a abordé le sujet du raffinage remonte à avril 2022 au Conseil des conseillers. À cette époque, elle a souligné la nécessité de discuter en toute transparence du retour du raffinage du pétrole, afin de l’intégrer dans la stratégie énergétique du Maroc.
Benmoussa, ancien membre de la Commission du nouveau modèle de développement, estime que la libéralisation du secteur des carburants "n'était pas appropriée à un moment où la raffinerie était à l'arrêt et le Conseil de la concurrence était inactif". Il souligne que le nouveau modèle de développement accorde de l'importance aux énergies renouvelables ainsi qu'aux énergies fossiles et pétrolières, soulignant la nécessité de réglementer le secteur pour réduire les situations de monopole.
L’économiste a conclut en affirmant que c'est une erreur de penser que la stratégie énergétique d'un pays repose uniquement sur les énergies renouvelables, car les énergies fossiles et pétrolières resteront utilisées. Ainsi, la stratégie du Maroc doit envisager de réformer le secteur des carburants.
De son côté, le président du Front national pour la sauvegarde de la raffinerie de la Samir, El Houssine El Yamani, a présenté des chiffres et des statistiques sur la performance de l'entreprise au fil des années, affirmant que son fonctionnement générera 8 milliards de dirhams de bénéfices nets par an.
Il note que la consommation nationale de pétrole a atteint 24 millions de tonnes, avec une moyenne de consommation nationale de gaz liquéfié et de produits pétroliers de 11,5 millions de tonnes par an au cours de la dernière décennie, soit une croissance totale de 3,3%.
Il a demandé, dans son intervention, la révision des lois qu'il a qualifiées de "décourageantes pour l'investissement", plaidant pour l'élaboration d'un code de l'énergie.
Il a également souligné l'importance pour l'État de "ne pas négliger la surveillance et la planification dans le domaine de l'énergie". Il a conclut en évoquant la nécessité de lier le gaz naturel à l'industrie pétrochimique et de relancer l'industrie du raffinage du pétrole, en particulier avec la présence des acheteurs potentiels.
Quant au représentant de la Fédération nationale des propriétaires, commerçants et gérants de stations-service (FNPCGS), Taïeb Benali, a souligné dans son intervention, que "la libéralisation du secteur accordait une liberté totale aux entreprises" et que "les exploitants de stations-service sont la dernière étape de la chaîne des carburants". Il a ajouté que les stations sont contraintes par les prix fixés par les entreprises et qu'elles "suivent la politique commerciale de l'entreprise".
Taïeb Benali a expliqué que le secteur rencontre des problèmes qui conduisent à la fermeture de stations ou à leur acquisition par des sociétés, plaidant pour la nécessité d'accélérer l'adoption des décrets d'application de la loi 67-15 relative à l'importation, à l'exportation, au raffinage, à la prise en charge, à l'embouteillage, à la conservation et à la distribution des hydrocarbures.
Dans ce sillage, le directeur des carburants a révélé que le dossier est actuellement entre les mains du Secrétariat général du gouvernement, ajoutant que les propriétaires et exploitants de stations-service devraient recourir au ministère s'ils constatent des pratiques illégales ou si une entreprise particulière leur impose des prix spécifiques.
Quelle est la situation du secteur des carburants au Maroc?
Selon les chiffres fournis par le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, révélés lors de la même réunion d'étude, le Maroc compte 35 entreprises actives dans la distribution de carburants, 29 entreprises importatrices de produits pétroliers liquides et 3200 stations-service réparties sur le territoire.
La capacité de stockage des produits pétroliers liquides dépasse les 2 millions de mètres cubes, avec 1,5 million de mètres cubes de diesel couvrant 78 jours de consommation et 260.000 mètres cubes d'essence couvrant 103 jours de consommation.
Selon la même source, la capacité de stockage du carburant d'aviation atteint 138.000 mètres cubes, une quantité suffisante pour couvrir 61 jours de consommation, ainsi que 184.000 mètres cubes de fioul, passibles de couvrir 38 jours de consommation.
Le directeur des carburants au ministère a expliqué, dans sa présentation, qu'il existe cinq orientations stratégiques pour réaliser un modèle énergétique national axé sur la valorisation des ressources énergétiques nationales, conformément aux Hautes Instructions Royales visant à porter la part des énergies renouvelables à 52% d'ici 2030.
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