Economie
Rapport de Bank Al Maghrib : défis et réformes pour renforcer la résilience
31/07/2023 - 15:53
Mohammed Fizazi
Dans son rapport annuel, présenté devant SM le Roi Mohammed VI par le Wali de la banque centrale Abdellatif Jouahri, Bank Al Maghrib met en lumière les défis auxquels fait face l'économie nationale dans un contexte international incertain. Malgré les fragilités exposées par les récents chocs exogènes, le Maroc a montré sa résilience, mais il doit désormais poursuivre des réformes ambitieuses pour s'adapter aux nouveaux défis
Le rapport indique que ces dernières années, l'économie marocaine a enregistré une décélération de l'activité non agricole, passant d'une croissance moyenne de 4,2% entre le début du millénaire et 2014 à seulement 2,2% depuis 2015. Le secteur agricole, malgré les efforts déployés, demeure vulnérable aux aléas climatiques et souffre de la menace grandissante du stress hydrique.
Ce ralentissement reflète la baisse de la croissance potentielle, qui correspond au rythme le plus rapide soutenable à long terme sans provoquer d'inflation. Plusieurs facteurs contribuent à cette situation, notamment le recul du taux d'activité qui a diminué de 10,7 points de pourcentage depuis le début du millénaire, entraînant une sous-exploitation du potentiel démographique du pays.
Pour faire face à ces enjeux, le Maroc s'est engagé dans un agenda de réformes ambitieux et dispose d'un important portefeuille de projets d'infrastructures économiques et sociales, mais l'effort de réforme doit être renforcé. Il est essentiel de renforcer l'adaptabilité, l'agilité et la crédibilité de la politique publique pour améliorer la résilience économique dans un environnement international instable et face à des chocs climatiques récurrents.
La valorisation du capital humain demeure une priorité absolue pour le pays. Deux chantiers majeurs sont à l'œuvre pour améliorer la protection sociale et réformer le système éducatif. La généralisation de la protection sociale initiée par le roi vise à réduire le décalage entre l'offre et la demande de services médicaux et à améliorer la couverture médicale. Quant à la réforme du système éducatif, elle cherche à améliorer la qualité de l'éducation, un défi majeur à relever pour le Maroc.
Dans le domaine des réformes économiques, la refonte du secteur public devrait permettre de corriger les dysfonctionnements structurels et favoriser une meilleure complémentarité avec le secteur privé. Par ailleurs, la dynamisation de l'investissement privé est en cours, avec des mesures prises pour faciliter les partenariats public-privé et encourager l'investissement.
Toutefois, la fragilité et la fragmentation du tissu économique demeurent des défis importants, accentués par la conjoncture difficile liée à la pandémie. Le développement des écosystèmes des métiers mondiaux du Maroc est une piste prometteuse pour améliorer cette situation.
La lutte contre la corruption reste un domaine où des progrès sont nécessaires, car malgré les avancées, le Maroc continue d'enregistrer des contreperformances significatives à l'échelle internationale. Une action plus forte et déterminée est requise pour renforcer l'efficacité de la lutte contre la corruption.
Les réformes engagées, en particulier celles à dimension sociale, exercent une pression croissante sur les finances publiques. La rationalisation des ressources publiques devient une priorité, nécessitant des chantiers accélérés pour renforcer les filets sociaux.
La réforme du système de compensation doit être parachevée, notamment en finalisant le dispositif de ciblage de la population. De même, la réforme des retraites est urgente pour faire face aux défis sociaux et économiques actuels.
Le rapport souligne également la nécessité d'évaluer rigoureusement les mécanismes de financement innovants utilisés ces dernières années par le gouvernement. La bonne gouvernance est essentielle pour garantir leur efficacité.
Enfin, la concrétisation des objectifs de la loi organique relative à la Loi de finances, notamment la mise en place d'une comptabilité générale, la certification des comptes et la gestion axée sur la performance, est essentielle pour une meilleure gestion des finances publiques.
Le rapport de Bank Al Maghrib appelle ainsi à la poursuite et l'accélération les réformes, en particulier dans les domaines sociaux et économiques, afin de renforcer l'adaptabilité et la résilience de l'économie face à un environnement externe défavorable et incertain. La valorisation du capital humain et la lutte contre la corruption sont des piliers essentiels pour bâtir un avenir économique solide et prospère pour le pays.
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