Société
Recrutement des médecins étrangers : quel danger pour le citoyen ?
03/07/2021 - 17:00
Khaoula Benhaddou
Le projet de Loi 33-21 qui complète la Loi 131-13 relative à l’exercice de la médecine a été approuvée à l’unanimité à la Chambre des représentants. Ce projet de loi est très contesté par les professionnels qui appellent au rétropédalage.
L’approbation du projet de loi relative au recrutement des médecins étrangers continue de créer la polémique au sein du secteur médical. Ce projet qui a pour objectif de renforcer les ressources humaines médicales, vise à mettre en place un ensemble d’incitations pour attirer au Maroc les médecins étrangers ou Marocains exerçant à l’étranger.
Conformément à ce projet de Loi, il suffit pour un médecin étranger de s'inscrire au tableau de l’Ordre national des médecins pour pouvoir exercer la profession. Cela permettra au médecin étranger d’avoir une carte d’inscription conformément aux dispositions légales relatives aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers au Maroc. Elle prévoit aussi l’augmentation de la durée de validité de la carte d’inscription (pas moins de 4 ans) afin d’assurer la stabilité du médecin étranger et la réalisation de son projet professionnel dans le Royaume.
La grogne des blouses blanches
Ces mesures incitatives ne sont pas du goût des médecins marocains qui expriment leur inquiétude sur l’avenir du métier. "On ne s’oppose pas à cette Loi, seulement il faut encadrer les ressources qui viendront travailler au Maroc. Ces médecins doivent être compétents et avoir une plue-value pour le Royaume. Cette condition n’est pas précisée dans la Loi, il s’agit d’une ouverture non contrôlée. Les médecins étrangers qui viendront n’auront pas forcément les compétences nécessaires et pourront représenter un danger sur la vie des citoyens marocains", explique Redouane Semlali, président de l'Association nationale des cliniques privées (ANCP).
Abdelghafour El Othmani, Secrétaire provincial du Syndicat national de la santé affilié à la CDT abonde dans le même sens et dénonce le mutisme du Conseil national de l’Ordre des médecins. "L"Ordre des médecins est aux abonnés absents. Les représentants des médecins disent qu’ils n’ont pas été consultés, mais ce projet de Loi représente un grand danger sur le secteur en général. Ces médecins qui viendront travailler au Maroc n'auront pas les compétences nécessaires pour exercer", martèle le syndicaliste. Et d’ajouter : "Un médecin qui travaille confortablement dans son pays, dans des conditions adéquates et qui touchent un salaire important ne va abandonner tout cela pour venir travailler dans un petit village marocain où les conditions sont lamentables et avec un salaire minable. Je pense que seules les personnes qui n’ont pas assez d’expériences pourront venir pratiquer chez nous et cela représente un réel danger sur la santé de nos concitoyens".
L'UMT appelle au gel du projet de Loi
L’Union marocaine du travail (UMT) a publié le 1er juillet un communiqué pour appeler au gel de ce projet de loi. Selon le syndicat, ce projet représente un danger réel pour tout le secteur médical.
Joint par SNRTnews, Miloudi Moukharik, secrétaire général de l’UMT rappelle que la formation en médecine dans certains pays étrangers est différente du Maroc étant donné que "le cursus ne dure que quatre ans dans plusieurs pays". Cela prouve "l'incompétence d'une partie des ressources humaines étrangères", note le syndicaliste qui alerte sur le "danger que comporte ce projet de Loi sur la santé des Marocains". Il fait part aussi de son indignation du fait qu'"on n'a pas impliqué le corps médical marocain dans la conception de ce projet de Loi", avant d'appeler "au gel de ce projet de loi en attendant d'organiser un débat national impliquant toutes les parties prenantes". Une affaire à suivre !
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