Art & Culture
Reda Benjelloun se confie sur le Festival National du Film, le CCM et les défis du cinéma marocain
19/10/2025 - 17:21
Khawla Znaizini | Mohammed ChafiAprès plus de trois décennies de travail dans les médias audiovisuels, et une longue expérience dans le film documentaire et la gestion de projets culturels, Mohamed Reda Benjelloun se retrouve aujourd'hui au cœur de la scène cinématographique, à la tête du Centre Cinématographique Marocain (CCM).
Un long parcours dans le monde de l'image et le son l'a mené à l'un des événements cinématographiques nationaux les plus importants, où il supervise la vingt-cinquième édition du Festival National du Film à Tanger, sa première expérience avec cet événement culturel annuel.
Dans un entretien avec SNRTnews, le directeur du Centre Cinématographique Marocain parle de sa première expérience au Festival, des enjeux de la prochaine étape dans la gestion du cinéma marocain, et de sa vision pour l'avenir de l'industrie face aux transformations technologiques mondiales. Ceci, à un moment où le secteur connaît des changements profonds et des défis, entre la présence internationale croissante des œuvres marocaines, l'accélération de la numérisation, et la nécessité de renforcer la position du cinéma marocain aux niveaux national et international.
Mohamed Reda Benjelloun estime que l'enjeu principal est de dépasser la dimension purement administrative pour renouveler le rôle du CCM en tant que moteur essentiel de l'industrie de l'image, levier de la diplomatie culturelle, et laboratoire pour l'ancrage de l'identité esthétique marocaine dans sa profondeur créative.
Le Festival National du Film: une référence pour le parcours du cinéma marocain
Mohamed Reda Benjelloun a affirmé que le Festival National du Film de Tanger constitue une référence pour le parcours du cinéma national depuis son lancement en 1982. Il a souligné que cette édition consacre le principe de continuité et met en lumière les transformations que connaît le cinéma marocain au niveau des générations, à travers de nouveaux styles de création, les impacts des technologies modernes, et le changement de perspective des cinéastes (réalisateurs, producteurs, acteurs). Il a précisé que le Maroc a réussi, grâce à ses créateurs, à construire une identité cinématographique enracinée dans la culture locale tout en étant ouverte sur le monde.
Il a ajouté que le Festival est un espace qui rassemble toutes les générations du cinéma marocain, une opportunité d'honorer ses symboles et de découvrir de nouveaux créateurs dans la réalisation, l'interprétation et la production. Il considère que l'édition de cette année revêt une signification particulière, car elle intervient à un moment délicat des mutations de l'industrie cinématographique et de ses efforts pour consolider une présence marocaine plus forte sur la scène internationale.
Concernant sa première expérience à la tête du CCM pendant le Festival, Benjelloun a expliqué qu'il y voit un grand défi qu'il vit avec joie et responsabilité. Il a mentionné que l'organisation d'un festival de cette envergure s'apparente à l'organisation d'un mariage annuel, nécessitant un travail d'équipe et une coordination institutionnelle minutieuse.
Il a également insisté sur le fait que l'objectif est de rendre le Festival plus proche du public; "le Festival National du Film est pour tous, il rassemble les professionnels et les acteurs du secteur, tout en attirant les cinéphiles de Tanger et de différentes villes marocaines", a t-il précisé.
S'agissant de l'équilibre entre le soutien à la production et l'ouverture aux financements externes, Benjelloun a expliqué que l'étape de la recherche de soutien traditionnel pour la production de films est dépassée.
Il a déclaré: "Le scénario actuel et futur repose sur la recherche de partenaires et de producteurs, et pas seulement de soutien financier direct. Le véritable enjeu aujourd'hui est la qualité du projet, la force de son écriture, sa vision artistique et l'intrigue dramatique, qui sont les éléments qui convainquent le producteur d'investir dans le film."
Il a souligné que les nouvelles lois régissant le secteur cinématographique ouvrent des perspectives plus larges pour la coopération et la coproduction, faisant du cinéma marocain un espace de croisement des générations et d'échange d'expériences artistiques et créatives.
Chantiers de formation et de numérisation
Concernant les priorités à court terme, le directeur du Centre Cinématographique Marocain a souligné que l'un des chantiers fondamentaux sur lesquels il mise est la formation de jeunes talents dans les domaines de l'écriture, de la production et de la distribution, que ce soit pour l'écriture de films de fiction, de documentaires ou de films d'animation, en partenariat avec l'Institut Supérieur des Métiers des Arts du Spectacle et de l'Audiovisuel (ISMAC) et des institutions internationales.
Il a également considéré que l'un des enjeux majeurs de la prochaine étape est l'accélération de la numérisation des services administratifs, afin de faciliter l'accès au CCM et de permettre aux cinéastes d'effectuer leurs transactions et d'obtenir des documents par voie électronique sans avoir à se déplacer. Cela contribue à la modernisation de la gestion et à la simplification des procédures.
Mohamed Reda Benjelloun estime que le cinéma marocain se trouve aujourd'hui face à une véritable opportunité de se repositionner, à travers une nouvelle vision qui fait du septième art un moteur du développement culturel et un espace de rencontre et de création pour les générations.
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