Economie
Sardine au Maroc: Les stocks s'effondrent, les prix s'envolent
11/08/2025 - 15:16
Khawla Znaizini
Le Maroc connaît une baisse continue de son stock halieutique pour la deuxième année consécutive, entraînant une hausse notable du prix de la sardine. Avec des prix qui atteignent 60 dirhams le kilo, cette crise révèle les dysfonctionnements profonds du secteur halieutique
Selon Larbi Mhidi, président de la Fédération des chambres de la pêche maritime, cette situation s’explique par plusieurs facteurs, notamment la rareté du poisson malgré la forte demande saisonnière durant l’été.
Actuellement, le prix d’une caisse de sardines d’environ 28 kg oscille entre 180 et 200 dirhams dans certains ports comme Safi et Laâyoune, alors que le reste du marché national enregistre un déficit important. M. Mhidi souligne, dans une déclaration à SNRTnews, que ce phénomène, inédit depuis des décennies, est accentué par le réchauffement des eaux océaniques qui pousse les bancs de sardines à migrer vers des zones plus froides, hors des eaux marocaines.
Il ajoute que l’offre réduite est aggravée par des dysfonctionnements persistants dans la chaîne de distribution, favorisant la multiplication des intermédiaires et des spéculateurs qui profitent de l’absence de contrôle des prix. M. Mhidi plaide pour une réforme du système de commercialisation, incluant un meilleur contrôle, la fixation d’une marge bénéficiaire, le développement des infrastructures de stockage et le soutien aux coopératives locales.
Des discussions sont actuellement en cours entre les professionnels du secteur et le ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, afin de mettre en place de nouvelles réglementations techniques, comme la limitation de la longueur des filets et la définition des zones de pêche. Des décrets visant à protéger les ressources halieutiques sur le long terme devraient être publiés prochainement.
Pour sa part, Saïd El Batroun, délégué régional de la Confédération marocaine des commerçants de poisson à Guelmim-Oued Noun, décrit, dans une déclaration à SNRTnews que la situation du marché de la sardine comme "difficile". Il constate une chute importante des volumes de pêche ces derniers mois, insuffisants pour couvrir la demande, ce qui a fait grimper les prix, atteignant jusqu’à 60 dirhams le kilo à Al Hoceïma.
Il explique également que ce manque d’approvisionnement est lié à la part importante des captures dirigée vers les usines de transformation pour la fabrication de farine et d’huile de poisson, en particulier à Laâyoune, où plusieurs navires sont sous contrat direct avec ces industries. La fermeture de certaines unités de transformation à Agadir illustre aussi la rareté de la ressource et la profondeur de la crise.
M. El Batroun dénonce par ailleurs la pêche anarchique qui épuise la ressource, avec la capture de poissons juvéniles et le non-respect des périodes de repos biologique. Selon lui, cette situation résulte de nombreuses années de laxisme dans la gouvernance environnementale et économique du secteur.
En ce qui concerne la distribution, il précise que le prix du kilo de sardines au port varie de 3 à 5 dirhams, avant d’être alourdi par divers frais : taxe communale de 3 % et droits du marché de gros entre 7 et 12 % du prix de vente, auxquels s’ajoutent les coûts de conservation et de transport. M. El Batroun estime que les prix ne sont plus dictés uniquement par l’offre et la demande, mais par des problèmes structurels de commercialisation nécessitant une intervention institutionnelle pour protéger le consommateur.
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