Art & Culture
"Steel Ball Run" sur Netflix: La course du siècle a enfin commencé
21/03/2026 - 14:52
Mohammed Fizazi
Le premier épisode de l'adaptation animée du mange "Steel Ball Run", a enfin été diffusée vendredi 21 mars 2026 sur Netflix. Quarante-sept minutes. C'est le temps qu'il aura fallu à David Production pour prouver que l'attente de vingt-deux ans en valait chaque seconde.
"Steel ball run" est la septième partie de la série de mangas "JoJo's Bizarre Adventure" écrit et dessiné par Hirohiko Araki, lancé en 2004 dans le "Weekly Shōnen Jump", puis transférée dès 2005 vers le magazine "Ultra Jump", Achevée en 2011 et compilée dans les tomes 81 à 104, l'oeuvre est disponible en français chez Delcourt/Tonkam depuis janvier 2013.
Nous sommes le 23 septembre 1890, et le Steel Ball Run est le nom d'une course de chevaux traversant les États-Unis de San Diego à New York, soit plus de 6 400 kilomètres, pour une récompense de 50.000.000 de dollars. Les participants viennent de tous les horizons, portés par des motivations aussi diverses que profondes. Au cœur de l'histoire, deux figures s'imposent : Gyro Zeppeli, cavalier mystérieux armé d'étranges sphères d'acier, et Johnny Joestar, jeune, le personnage principal, jockey handicapé que la seule présence de Gyro parviendra à arracher à son fauteuil roulant, marquant ainsi son premier pas vers l'âge adulte. C'est l'un des projets les plus redoutés de l'histoire de l'animation japonaise, considéré par une large frange de la communauté comme le sommet absolu de l'œuvre d'Araki. Le résultat? Un épisode inaugural couvrant l'intégralité du premier volume (chapitres 1 à 11) qui tient, contre toute prudence, toutes ses promesses.
Un pari visuel remporté haut la main
La grande question technique de cette adaptation était simple et redoutable: comment animer des chevaux de manière convaincante? La réponse de David Production penche résolument vers la CGI, et le pari s'avère gagnant. Les montures, traitées en images de synthèse, atteignent une qualité suffisamment élevée pour brouiller régulièrement la frontière avec l'animation 2D traditionnelle, exploit rare dans l'industrie.
Le vrai spectacle visuel réside cependant ailleurs : dans les Steel Balls et leur Rotation (Spin). Sublimés par des traînées de lumière d'une élégance rare, ils constituent le véritable joyau graphique de l'épisode. Le budget, visiblement concentré sur ces effets, justifie chaque centime dépensé.
Mention spéciale au design de Johnny Joestar, revu avec une humanité touchante par rapport aux premières planches du manga. Le protagoniste gagne en profondeur dès le premier regard.
Une bande-son entre hommage et identité propre
Difficile de parler de cet épisode sans évoquer son ambition sonore. Le thème principal s'impose immédiatement comme un morceau de bravoure, un banger pour employer le vocabulaire de la communauté, quoiqu'utilisé avec une insistance parfois excessive : on l'entend répété une dizaine de fois au fil de l'épisode, au risque de l'user prématurément.
Plus subtile et plus réussie est la continuité sonore tissée avec les parties précédentes. Le bruitage de la Rotation rappelle étrangement celui de l'Onde (Hamon) des débuts de la saga, créant un pont symbolique fort entre l'ancien et le nouveau. Les clins d'œil se multiplient à destination des fans: le thème de Muhammad Avdol, que les fans ont découvert lors de l'adaptation de "Stardust crusaders" ressurgit pour accompagner le personnage d'Urmut Abdul, doublé par le même comédien de voix, tandis que Diego Brando se voit créditer du bruitage de l'arrêt du temps de "The World" et d'un remix du thème de DIO (de "Stardust crusaders" également).
Un montage au galop, quelques sacrifices assumés
Les 47 minutes passent avec une fluidité déconcertante, presque trop vite. Pour tenir ce rythme effréné, des coupes ont été nécessaires : le passé de Sandman et ses scènes tribales sont considérablement réduits, la séquence humoristique des mini-chevaux de Steven Steel disparaît, et l'histoire de Johnny est abordée en accéléré. Des choix discutables mais défendables, qui privilégient l'élan narratif sur l'exhaustivité.
L'absence de générique d'ouverture et de fin surprend, tout comme le fait qu'aucun Stand ne soit visible à l'image : seule la voix de Hey Ya! se fait entendre. La course et la Rotation occupent tout l'espace. C'est un choix fort, et c'est le bon.
Des questions se posent toutefois. Funny Valentine, grande figure antagoniste de l'arc, est totalement absent de ce premier épisode, son introduction reste donc à venir. Plus préoccupante pour les fans : l'incertitude persistante quant au calendrier de diffusion sur Netflix. Rythme hebdomadaire ou mise en ligne par blocs d'épisodes ? La plateforme n'a pas encore tranché, laissant la communauté dans l'expectative.
Ce premier épisode est qualifié de "chef-d'œuvre" ("peak fiction") par les premières critiques. En parvenant à condenser l'introduction massive du manga tout en conservant une identité visuelle forte, "Steel Ball Run" semble bien parti pour être l'adaptation que les fans espéraient depuis 2004.
La course vient de commencer. Et elle promet d'être mémorable.
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