Economie
TPE-PME marocaines, entre réalisations et attentes
24/09/2025 - 13:41
Ouiam Faraj | Meriem Khaer
Malgré les promesses et les milliards de dirhams, le fossé se creuse entre les besoins des Très Petites et Moyennes entreprises (TPE-PME) et la réalité du terrain. Les plus petites entreprises se retrouvent exclues des aides à l'investissement, les marchés publics leur échappent et la fiscalité les pénalise.
Abdellah El Fergui, Président de la confédération marocaine des TPE-PME, dresse un tableau sans concession: instabilité législative, manque de soutien à la digitalisation et absence de protection directe. En attendant une banque publique et des lois stables, la survie des TPE-PME reste un combat permanent.
Dans une déclaration à SNRTnews, M. El Fergui, affirme que cette année, le bilan du soutien apporté aux très petites, petites et moyennes entreprises par le projet de loi de finances peut être résumé en deux volets principaux: ce qui a été réalisé et ce qui reste à accomplir.
Parmi les réalisations figure la publication d’un décret de soutien à l’investissement doté d’une enveloppe globale de 12 milliards de dirhams. Ce dispositif vise à encourager les investissements des TPE-PME et à stimuler la création d’emplois. Ce décret exclut les très petites entreprises réalisant un chiffre d’affaires inférieur à 1 million de dirhams, une catégorie pourtant largement demandeuse d’appuis. Cette exclusion résulte de critères définis uniquement après consultation avec les employeurs, selon lesquels ces conditions restrictives limitent l’accès au soutien.
Le président de la Fédération souligne également le manque des programmes de financement tels que "Forsa" ou "Intelaka", conservant ainsi le problème majeur d’accès au financement pour les TPME. De plus, les décrets d’application de la loi datant de 2013, qui réserve 20% des marchés publics aux TPE-PME, ne sont toujours pas publiés. "Sur le plan fiscal, une injustice subsiste avec une hausse progressive de l’impôt sur les petites entreprises de 10% à 20%, alors que les grandes entreprises bénéficient d’une réduction de 35% à 20%, creusant ainsi l’écart et désavantageant les petites structures", explique-t-il.
Les obstacles bureaucratiques et administratifs à l’investissement demeurent importants, et l’instabilité législative, caractérisée par des modifications fréquentes des lois fiscales, crée un climat d’incertitude pour les entreprises. Malgré les appels à la transition numérique, peu de mesures concrètes ont été mises en œuvre pour soutenir la digitalisation des TPE-PME. Enfin, la faible protection contre les chocs économiques successifs (hausse des prix des matières premières, inflation, sécheresse) fragilise davantage ces entreprises, qui n’ont pas bénéficié d’un soutien direct.
Pour 2026, les attentes des TPE-PME sont ambitieuses mais légitimes. Bien que le projet de loi de finances 2026 réaffirme un quota de 20% des marchés publics pour les TPE-PME, cette mesure est critiquée car elle supprime la portée contraignante de la loi de 2013 en la transformant en simple clause modifiable chaque année, ce qui pourrait en compromettre sérieusement l’application.
"Les entreprises attendent avant tout une amélioration tangible de l’accès au financement via la création d’une banque publique dédiée, sur le modèle de ce qui existe en France, ainsi qu’un renforcement des programmes de prêts à taux zéro ou très faibles, et une extension des fonds de garantie à de nouveaux secteurs", poursuit-il.
Sur le plan réglementaire, elles réclament des lois claires et stables, ainsi qu’une simplification de la bureaucratie pour accélérer la réalisation des projets. Pour la transition numérique et le développement durable, elles souhaitent bénéficier de mesures incitatives et d’un soutien à l’innovation technologique.
Face aux fluctuations du marché, les TPE-PME demandent la création de mécanismes d’aide spécifiques, ainsi qu’une politique de soutien direct pour les secteurs fragilisés par les crises économiques récentes. Enfin, elles appellent à la publication rapide des textes d’application garantissant effectivement 20% des marchés publics, ainsi qu’à l’encouragement des partenariats entre grandes entreprises et TPE-PME.
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