Société
Travail domestique: un projet digital ambitieux pour innover autour du secteur
21/06/2021 - 13:45
MAP
Les droits des travailleurs domestiques au Maroc ont été régulés par un arsenal juridique, mais l'impératif d’un accompagnement pour défendre ces droits a inspiré un projet visant à mieux organiser ce secteur de manière innovante.
Il est désormais impératif de prévoir un accompagnement permettant à ces travailleurs de s’organiser et de développer des capacités de négociation pour mieux défendre leurs droits vis-à-vis de leurs employeurs, estime HACK&PITCH, une association à but non lucratif qui a organisé dernièrement à Casablanca le 1er Hackathon "Services à domicile" au Maroc afin de mettre en place un projet digital ambitieux, optimiste, innovant pour révolutionner ce secteur et ses différents métiers.
L’objectif de cet événement Tech-innovation entrepreneurial qui a connu la contribution de jeunes pour créer des plateformes numériques à cet effet est de digitaliser et innover autour d’un secteur dont dépend les travailleurs domestiques, le challenge à relever étant de révéler la Startup de demain, pionnière qui révolutionnera ce secteur. Les travailleurs domestiques étant dans une situation précaire n'ont pas les outils pour faire le plaidoyer auprès des employeurs. Il existe aussi de nombreux intermédiaires informels qui profitent de la situation précaire et l'absence de contrôle pour mettre en relation les employeurs et le travailleur domestique avec des conditions financières opaques.
Le digital pour innover
Le projet vise, selon ses promoteurs, à mieux organiser ce secteur des travailleurs (es) domestiques (agents de ménage, chauffeurs, cuisiniers, gardiens…) de manière innovante. En effet, les travailleurs (es) domestiques ne bénéficient pas aujourd'hui de toutes les dernières innovations en termes de solution numérique.
Ce projet s’appuiera sur le digital (application mobile et/ou site web) comme outil de relation entre les employés et les employeurs, outils d'offre/demande d'emploi dans ce secteur et aussi comme moyen permettant d’effectuer un suivi/sensibilisation des droits et devoirs de chacun dans ce secteur presque entièrement informel.
Selon HACK&PITCH, le Maroc compte plus que 7 millions de ménages et le recours au personnel de maison n’est plus réservé aux familles aisées, relevant que ce secteur emploie une main d’œuvre vulnérable confrontée à une multitude de problèmes d’ordre économique et social. Le constat général, relève l’association, a fait ressortir la nécessité et l’urgence de mettre en place un cadre réglementaire pour éviter les abus auxquels est exposée cette catégorie.
Une loi "inappliquée"
L’entrée en vigueur en octobre 2018 de la loi spécifique 19-12 fixant les conditions de travail et d’emploi des travailleurs (es) domestiques a été un grand soulagement et une réponse aux différents mouvements de plaidoyer menés par la société civile en particulier. La loi fixe le minimum de salaire à 60% du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG). Quant au nombre d’heures de travail par semaine, il reste fixé à 40 heures pour les mineurs, contre 48 heures pour les personnes majeures. Ainsi, droits et obligations, contrat de travail, liste des tâches interdites aux moins de 18 ans, affiliation à la CNSS, s’avèrent être autant de dispositions qui légalisent définitivement le travail domestique.
Les statistiques présentent sommairement qu’il s’agit de 100.000 à 200.000 emplois dans ce secteur, selon HACK&PITCH. Cependant, de nombreuses personnes ignorent toujours l’existence de cette loi, en dépit des efforts déployés par les autorités publiques et la société civile. D’autres refusent tout simplement de s’y conformer.
En effet, de nombreux travailleurs domestiques, occasionnels ou permanents n’ont pas de contrat de travail puisqu’ils ont du mal à décider de leur employeur officiel. Ces personnes qui travaillent chez plusieurs familles craignent de toucher un salaire inférieur à celui qu’ils perçoivent actuellement en cas de signature du contrat avec un seul employeur.
Manque de sensibilisation
Hafida, une employée de maison, la seule à assurer un minimum de revenu à son foyer, n'est pas informée de l’obligation de sa déclaration à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) par son employeur, mais affirme qu’elle préfère ne pas l’être, de crainte de perdre les autres clients qui n’accepteraient pas de l’embaucher dans ce cas.
Elle affirme être bien payée par ses employeurs qui lui permettent de partir à 14H00, ce qui lui laisse l’après-midi libre et donc la possibilité de travailler chez d’autres familles et ainsi multiplier ses sources de revenus. Jamila, une retraitée qui emploie une femme de ménage à plein temps chez elle, affirme ne pas connaitre en détail ce que cette loi va changer. Elle ne semble pas pour autant enthousiasmée comme tant d’employeurs qui rechignent à signer le contrat de travail, document incontournable pour l’immatriculation à la CNSS puisque environ 25% des cotisations sociales seront à la charge de l’employeur.
Elle affirme ne pas avoir les moyens de supporter toutes les charges qui en découleront surtout dans les conditions actuelles liées à la situation sanitaire, étant donné que si elle déclare sa domestique, elle sera obligée de payer la CNSS , les congés payés et tous les autres frais, notant que même son employée ne réclame pas ce droit, car elle est consciente qu’elle n’aura pas que des droits, mais aussi des obligations.
Un effort doit être de ce fait observé pour sensibiliser les employeurs pour mieux respecter les dispositions de la loi en vigueur, relève l’association, notant que la plupart des familles qui ont recours aux travailleurs domestiques n'ont pas pris conscience que les dispositifs existants sont légalement obligatoires. Selon l'Organisation internationale du Travail, les travailleurs domestiques dans le monde ont été parmi les plus durement touchés par la crise de la Covid-19, ayant perdu plus d'emplois et d'heures de travail que les autres secteurs.
Articles en relations
Société
Economie
Politique