Société
Tremblements de terre: le Maroc est-il en danger?
09/02/2023 - 13:34
Aya Lankaoui (Stagiaire)
Suite au séisme dévastateur en Turquie, les Marocains sont de plus en plus préoccupés par la menace d'un séisme ou d’un tsunami dans la région du nord du Maroc. Pour en savoir plus sur la situation, SNRTnews s’est entretenue avec le chercheur à l’Institut national de géophysique, Nacer Jebbour. Interview
SNRTnews: comment les sismologues peuvent-ils prévoir les séismes?
Nacer Jebbour: il y a des approches probabilistes pour prévoir les séismes, et d’autres méthodes qui repose sur des indicateurs tels que les tranchées, des rejeux successives des failles.
Cependant, prévoir avec précision le moment d'un séisme, la position de son foyer et la date de sa rupture est toujours au stade de la recherche. Il n'y a pas encore de méthodes fiables pour faire des prédictions précises sur un tremblement de terre.
Où se situent les régions du Maroc les plus vulnérables aux séismes? Et quels sont les facteurs qui les rendent aussi exposées aux tremblements de terre?
Selon les observations et les enregistrements quotidiens de sismicité, la région du nord du Maroc est plus vulnérable à une activité sismique. Cela est dû à la position de la ligne de contact entre la plaque africaine et la plaque européenne dans la partie occidentale de la Méditerranée. C'est à cette ligne de contact entre les plaques tectoniques que se situe la plus grande activité sismique. Plus on se déplace vers le sud, moins les tremblements de terre se produisent.
Le séisme en Turquie, est dû à quoi?
Le séisme en Turquie est dû à la tectonique des plaques que nous avons expliquée précédemment. C'est le mouvement relatif des plaques qui en est à l'origine. En Turquie, il y a deux petites plaques, à savoir la plaque arabique et la plaque anatolienne, c’est une zone de contact qui a causé des tremblements de terre historiques.
Le séisme en Turquie peut-il causer des répliques au Maroc ou des tsunamis dans la mer Méditerranée?
Au Maroc, nous sommes éloignés, à environ 3.000 km des plaques tectoniques en Turquie. Il n'y a donc pas d'influence directe sur les activités sismiques au Maroc. Certes, le risque de tsunamis est toujours présent, mais le séisme en Turquie n'a pas causé de mouvements importants de l'eau de la Méditerranée.
Le risque d'un tsunami causé par un séisme est lié à la position du foyer. Ce dernier doit être situé en mer et provoquer un choc superficiel. Pour qu'il y ait une possibilité d'un tsunami, la faille doit être située dans le milieu marin et briser le fond de la mer. Donc il n'y a pas d'influence sur notre région.
Au Maroc, nous connaissons les failles et les accidents géologiques en mer qui peuvent potentiellement causer des tsunamis. Nous avons vécu un tsunami historique au Maroc en 1755 en raison d'un séisme dans l'océan Atlantique à 350 km des côtes marocaines de l'Atlantique.
Il y a des possibilités d'avoir des tsunamis sur toutes les côtes marocaines, y compris la Méditerranée et l'Atlantique. Il ne faut donc pas écarter ce risque.
Cependant, pour l'instant, nous n'avons pas observé une augmentation importante de la sismicité qui peut donner lieu à de tels tsunamis. Dans la Méditerranée, des petits tsunamis sont possibles, mais dans l'Atlantique, il y a un risque à considérer.
Quelles sont les mesures préventives qui peuvent être mises en place pour minimiser les dommages causés par les séismes?
Pour diminuer les effets des tremblements de terre, l’application stricte d’un code de construction parasismique s’impose. Là, on doit citer notre règlement parasismique marocain. Ce dernier est applicable dans la construction de bâtiments du secteur public et il est exigé. Pour le reste (privé et l’auto-construction), ce n’est pas obligatoire. Il est donc nécessaire de faire un effort supplémentaire pour encourager les gens à respecter les normes de construction parasismique.
Quid du tsunami?
Quant aux tsunamis, nous avons besoin de faire des exercices d'évacuation des côtes, de disposer de systèmes d'alerte qui fonctionnent correctement pour avertir les gens sur la côte en cas de tsunami, et de les informer sur les itinéraires d'évacuation afin qu'ils sachent comment s'éloigner des côtes et se diriger vers des endroits élevés au-dessus du niveau du tsunami.
Où se positionne le Maroc en ce qui concerne les systèmes d'alerte pour les séismes et les tsunamis?
Le Maroc ne dispose pas encore d'un système d'alerte précoce pour les séismes, c'est-à-dire que nous ne pouvons pas donner d'alerte avant le tremblement de terre. Nous n'avons que des alertes naturelles, c'est-à-dire que nous pouvons ressentir les tremblements de terre et recevoir des informations quelques minutes après le séisme.
En ce qui concerne les tsunamis, le Maroc fait partie de la région occidentale de la Méditerranée et de la zone atlantique. Il existe donc un système régional d'alerte de tsunami qui est un système comprenant tous les pays de la région, et le Maroc est membre de cette alliance internationale. Cela nous permet d'obtenir des alertes précoces de tsunamis et de les transmettre à toute la population. Il est donc important de faire un effort national pour pouvoir réagir à temps.
Pouvez-vous décrire le processus d'alerte?
Le processus d'alerte repose sur plusieurs niveaux. Si c'est un petit séisme, on a déjà une idée qu'il n'a pas la capacité de générer un tsunami. Cependant, s'il y a un séisme sur la côte de la Méditerranée et de l'Atlantique et qu'il y a une possibilité de tsunami, une alerte peut être envoyée aux autorités. Si le séisme dépasse une magnitude de 7, on peut être sûr qu'un tsunami se produira, et la hauteur du tsunami peut être mesurée à l'aide des marégraphes situés dans les ports. Il faut noter également que si jamais les populations situées sur la côte ressentent des tremblements de terre, elles doivent réagir rapidement en s'éloignant de la côte.
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