Economie
Une étude : "33% des Marocains sont surendettés"
28/05/2021 - 20:41
Younes Saoury
La Fédération des associations des consommateurs au Maroc a réalisé une étude en partenariat avec le ministère de l'Industrie. Son objectif est d'appréhender le comportement du consommateur face à l'endettement. Voici ce qu'il faut retenir de cette étude.
La Fédération des associations des consommateurs au Maroc a réalisé, en partenariat avec le ministère de l’Industrie, de l’investissement, du commerce et de l’économie numérique, une étude stratégique pour comprendre et appréhender le comportement du consommateur face à l’endettement. Ses objectifs ? Appréhender les facteurs comportementaux qui interviennent dans l’endettement, comprendre le comportement du consommateur face à l’endettement par rapport au risque et son niveau d’informations et faire une évaluation du risque de l’endettement pour mettre en place un outil de gestion de risque pour une consommation plus consciente et rationalisée, apprend-on du rapport final de l’étude, diffusé ce vendredi 28 mai 2021.
Des crédits de plus en plus attractifs
Selon les résultats de l’étude, un ménage sur trois, soit 33% de la population concernée par l’enquête, se trouve obligé de s’endetter ou de puiser dans son épargne pour boucler ses fins de mois. L’endettement financier moyen par ménage est de l’ordre de 35.000 dirhams (DH). L’enquête a aussi révélé que plus le nombre de crédits souscrits par une personne est important, plus cette personne cherche à souscrire de nouveaux crédits, quelles qu’en soient les conditions.
Le nombre de crédits par ménage en dit plus sur cette situation : 25% des ménages ont un seul crédit, 36% ont deux crédits, alors que 38% des ménages ont trois crédits et plus.
La voiture en premier …
S’agissant des raisons de souscription aux crédits, l’étude a révélé que 31% des ménages ont eu recours à des crédits pour rembourser un crédit, 25% des crédits sont affectés à l’acquisition de voitures, 19% pour l’équipement domestique, et 17% pour les frais des études des enfants. Le croisement entre le nombre de crédits en liaison avec les raisons de demande de ces crédits a révélé que le premier crédit est souscrit pour l’achat d’une automobile, le deuxième crédit pour l’équipement domestique, le troisième et le quatrième pour financer les études des enfants, les fêtes ou le remboursement d’un crédit antérieur.
Difficultés de remboursement
Selon les résultats de l’étude, deux personnes sur 5, soit 40% de la population interrogée, disent ne pas avoir eu de mal à rembourser leur premier crédit. Par contre, quatre personnes sur cinq (80%) ayant trois crédits disent avoir des difficultés de remboursement. Les auteurs de l’étude rapportent aussi que plus le montant du prêt est important plus le consommateur trouve des difficultés pour le remboursement du crédit.
Le montant élevé des échéances à cause du cumul de plus de deux crédits est invoqué comme la principale raison des difficultés de remboursement des crédits, soit 59% des réponses, 27% des ménages invoquent la cherté de la vie et 14% l’apparition des dépenses supplémentaires.
L’étude révèle un allongement de la durée de remboursement des crédits. La majorité des prêts à la consommation ont une durée initiale supérieure à trois ans avec une part de 68%. La proportion des prêts d’une durée comprise entre deux et cinq ans est de 43%, alors que celle dont la durée est inférieure à 2 ans est limitée à 9%. "Comme le niveau d’endettement reflète le niveau de consommation ce qui traduit une relance de la consommation qui, de son côté, tirera la croissance du PIB vers le haut, à condition que les ménages ne vivent pas au-dessus de leurs moyens. Le risque de surendettement des ménages est réel est peut avoir un impact considérable sur la stabilité des ménages", font remarquer les auteurs de l’étude.
Risque de surendettement
Légalement, une personne surendettée est quelqu’un à qui il ne reste, après le paiement de ses échéances que 35% de son revenu mensuel net. Selon les résultats de l’étude, un Marocain sur trois se retrouve avec seulement 40% de son salaire après remboursement de ses dettes. Qui plus est, 33% des Marocains sont surendettés, soit par nécessité ou sous l’effet de séduction. "Le Marocain cède à la tentation et contracte, un, deux voire même trois crédits sans s’inquiéter vraiment des répercussions d’une telle frénésie", souligne les auteurs de l’étude. Et de noter aussi que l’évolution des dettes a augmenté considérablement de plus de 63% sur cinq années. "Une évolution qui ne va pas de pair avec le revenu et le pouvoir d’achat du Marocain", font remarquer les auteurs de l’enquête.
Cette évolution a un impact direct sur les ménages et se reflète particulièrement par une asphyxie des ménages qui deviennent dépendants des crédits. "L’évidence veut que le recours au crédit soit une source d’allègement pécuniaire pour le consommateur marocain et un moyen de consommation, dans la mesure où la personne est capable de le rembourser. Or, ces dernières années, la montée en puissance de la multiplication des dettes se fait ressentir et c’est là que le bât blesse !", notent les auteurs de l’étude. Pour eux, "le risque de surendettement des ménages disparaîtra à jamais le jour où ces ménages comprendront enfin que le crédit n’est pas un complément du salaire, mais une avance sur salaire, une avance sur une épargne à constituer dont le montant aura servi à l’acquisition d’un bien utile".
Méthodologie et population cible
Cette enquête est composée d'une enquête en ligne suivie d'une enquête de terrain en face à face clôturé par une enquête avec des focus groupes pour une analyse qualitative.
Elle a été menée en trois phases : dans une première phase, 800 individus âgés de plus de 25 ans ont été contacté en ligne. Cet échantillon a été stratifié par Région et nature du milieu urbain ou rural. Dans une seconde phase, les enquêteurs ont contacté en face à face 500 personnes dans cinq ville : Casablanca, Fès, Salé, Tanger et Oujda. Dans la dernière phase de Focus groupe, qui a permis d'analyser et vérifier les résultats, a touché 32 personnes qui sont membres des bureaux exécutifs des associations de consommateurs.
Cette étude s'est déroulée du 15 septembre 2020 au 25 décembre 2020.
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