Technologie
Une approche globale pour réglementer l'IA est urgente, selon la cheffe de l'UIT
27/07/2025 - 09:30
AFP
Le monde doit trouver de toute urgence une approche globale pour réglementer l'intelligence artificielle pour éviter qu'une fragmentation n'aggrave risques et inégalités, soutient la secrétaire générale de l'Union internationale des télécommunications, une agence spécialisée de l'ONU.
L'Américaine Doreen Bogdan-Martin, à la tête de l'UIT depuis 2023, espère que l'IA "puisse réellement bénéficier à l'ensemble de l'humanité", a-t-elle indiqué à l'AFP, lors d'un entretien cette semaine à Genève.
Règlementer l'IA est essentiel, selon elle, alors que les inquiétudes se multiplient quant aux risques posés par cette technologie, tels que les craintes de pertes d'emplois, la désinformation, la diffusion des "deepfake" (un contenu truqué grâce à l'IA) et le bouleversement du tissu social.
"Il est urgent d'essayer de mettre en place le cadre adéquat", et ce à travers une "approche globale", a-t-elle déclaré.
Ses commentaires interviennent après que la Maison Blanche a dévoilé cette semaine un plan d'action pour favoriser le développement sans entrave des modèles américains d'IA aux Etats-Unis et à l'étranger, écartant toutes les réserves sur ses possibles dérives.
Mme Bogdan-Martin n'a toutefois pas souhaité le commenter, expliquant qu'elle "essayait encore de l'assimiler".
"Je pense qu'il existe différentes approches", a-t-elle relevé.
"Il y a l'approche de l'UE. Il y a l'approche chinoise. Aujourd'hui, nous voyons l'approche américaine. Je pense que ce qu'il faut, c'est que ces approches dialoguent", a-t-elle considéré.
Elle souligne aussi que "85% des pays ne disposent pas encore de politiques ou de stratégies en matière d'IA".
Les questions de l'innovation, du renforcement des capacités et des investissements dans les infrastructures sont notamment au coeur des discussions entourant la régulation, relève Mme Bogdan-Martin.
Mais elle considère "que le débat doit encore avoir lieu au niveau mondial pour déterminer la quantité de réglementation qui est nécessaire".
La haute responsable a passé la majeure partie de sa carrière à l'UIT et elle estime que cette agence onusienne, qui est chargée de développer les services, les réseaux et les technologies de télécommunications partout dans le monde, était bien placée pour contribuer à faciliter le dialogue entre les pays sur la réglementation de l'IA.
"La nécessité d'une approche mondiale me semble essentielle", a-t-elle insisté, avertissant que des "approches fragmentées ne permettront pas de servir et d'atteindre tout le monde".
Alors que des pays et des entreprises se sont lancés dans la course à l'IA, certains observateurs craignent que les perdants ou ceux qui n'ont tout simplement pas les moyens d'y participer soient laissés pour compte.
La cheffe de l'UIT estime aussi que tout le monde devrait bénéficier des progrès "époustouflants" que l'IA peut apporter à la société, notamment dans les domaines de l'éducation, de l'agriculture ou de la santé.
Sans quoi, l'IA risque de conduire à une "avancée des inégalités", aggravant ainsi la fracture numérique à travers le monde.
"2,6 milliards de personnes n'ont pas accès à internet, ce qui signifie qu'elles n'ont pas accès à l'intelligence artificielle", a expliqué Mme Bogdan-Martin.
L'Américaine, première femme à diriger l'UIT, créée il y a 160 ans, souligne aussi la nécessité d'avoir davantage de femmes dans le monde numérique.
"Le fossé est énorme", a-t-elle déclaré.
"Il n'y a vraiment pas assez de femmes dans le domaine de l'intelligence artificielle", a-t-elle ajouté.
Elle espère elle-même "ouvrir la voie aux générations futures" affirmant qu'il y a beaucoup de pression "pour réussir mais aussi pour se surpasser".
Mais "il y a encore beaucoup à faire" à la tête de l'UIT, a assuré la haute responsable, qui va briguer l'an prochain un second mandat avec le soutien de l'administration de Donald Trump.
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