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Une barbarie sous enquête: Le "safari humain" à Sarajevo
15/11/2025 - 09:26
SNRTnews
Trente ans après la guerre, Sarajevo n’a pas fini de livrer ses secrets. La capitale de la Bosnie-Herzégovine, qui a vécu entre 1992 et 1996 l’un des plus longs sièges urbains de l’Europe, était alors encerclée par les forces serbes de Bosnie, qui avaient installé des positions de tireurs embusqués dans les collines voisines. Les civils traversant certaines artères, notamment le boulevard Meša Selimović, surnommé "Sniper Alley", étaient exposés aux tirs. Plusieurs sources estiment que des milliers de personnes ont été tuées sous les balles des touristes snipers.
Une enquête judiciaire menée actuellement en Italie a révélé des informations glaçantes : des touristes fortunés auraient payé pour participer à de véritables "safaris humains", c’est-à-dire des expéditions de tir visant délibérément des civils.
Une enquête qui dévoile l’horreur
Les révélations, dignes de scènes de films d’horreur, proviennent d’une plainte déposée par le journaliste-écrivain italien Ezio Gavazzeni, en collaboration avec les avocats Nicola Brigida et Guido Salvini. À la suite de cette plainte, une enquête a été ouverte à Milan.
Le journaliste, affirme que des personnes riches, passionnées d’armes et sans motivation politique ou idéologique, de simples amateurs de tir, auraient payé des fortunes pour vivre l’adrénaline d’un champ de bataille et tirer sur des civils innocents.
Selon le parquet de Milan, ces "touristes snipers" auraient rémunéré des milices serbes pour pouvoir participer à ce qui est décrit comme un véritable "safari humain".
La plainte, qui s’étend sur 17 pages, regroupe des témoignages effroyables. Elle évoque même l’existence d’un tarif: Les enfants coûtaient plus cher, viennent ensuite les hommes, de préférence en uniforme, puis les femmes. Les personnes âgées, elles, auraient pu être tuées gratuitement. Le prix d’une “excursion” se situerait entre 80 000 et 100 000 euros.
Le dossier contient également le témoignage d’un agent du renseignement bosnien affirmant qu’à la fin de l’année 1993, ses services avaient alerté les services secrets italiens de la présence d’au moins cinq touristes italiens sur les hauteurs de Sarajevo. À part les es Italiens, des touristes d’autres nationalités occidentales auraient également participé.
Le rôle du documentaire Sarajevo Safari
L’affaire a pris un nouvel élan après la diffusion du documentaire Sarajevo Safari, réalisé par Miran Zupanič. Le film rassemble les témoignages d’anciens combattants, de civils et de témoins affirmant que ces "excursions" de snipers étrangers ont bel et bien eu lieu.
Cependant, malgré les témoignages, aucun sniper "touriste" n’a encore été formellement identifié, ni jugé. Aucun nom n’a été officiellement rendu public. Des vétérans serbes contestent d’ailleurs ces accusations, estimant qu’aucune preuve solide n’a été apportée.
Réactions et enjeux moraux
En Italie, l’ouverture de l’enquête à Milan a provoqué un choc et une vive indignation. En Bosnie, les survivants du siège y voient une reconnaissance tardive d’un traumatisme toujours présent.
L’enquête italienne n’en est qu’à ses débuts. Une partie des éléments provient de récits postérieurs à la guerre ou de documents indirects, notamment via le documentaire. Les enquêteurs ont besoin de preuves matérielles plus tangibles, et l’accès aux archives reste limité, notamment celles du SISMI, les services secrets italiens, mentionnées dans la plainte.
Reste désormais à la justice de démêler la vérité. Car si ces "safaris humains" ont réellement existé, Sarajevo ne serait pas seulement devenue un champ de bataille : elle aurait été transformée en terrain de jeu mortel pour des hommes prêts à payer pour tuer.
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