Société
Une étude scientifique marocaine inédite révèle l’évolution du virus du Covid-19 sur quatre ans
22/08/2025 - 12:03
SNRTnews
Dans la première étude marocaine globale de ce type, une équipe de chercheurs de l’Institut Pasteur du Maroc a dressé une cartographie détaillée de l’évolution du coronavirus dans le Royaume entre 2021 et 2024, mettant en lumière les mutations génétiques spectaculaires du virus et leur impact sur la santé publique.
L’étude, publiée dans la revue npj Viruses du prestigieux groupe scientifique Nature, a été menée par des chercheurs de l’Institut Pasteur du Maroc, l'Université Hassan II et le Centre Hospitalier Universitaire Ibn Rochd de Casablanca, avec le soutien des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies.
Elle a porté sur une analyse génomique minutieuse de 235 échantillons de patients atteints du Covid-19, constituant la première étude de ce genre basée sur une surveillance génomique en temps réel, alors que toutes les recherches précédentes s’appuyaient uniquement sur des bases de données internationales.
De l’Alpha à l’Omicron: le parcours des mutations
Les résultats ont révélé trois étapes principales dans l’évolution du virus au Maroc. En 2021, les variants Alpha et Delta se sont disputé la transmission, représentant chacun environ 38% des cas, avec l’apparition précoce et soudaine du variant Omicron à 21%.
Mais le paysage a radicalement changé à partir de 2022, lorsque Omicron et ses sous-lignées ont totalement dominé, représentant 100% des cas recensés jusqu’à la fin de la période étudiée en 2024.
La Dr Oumaima Bouddahab, chercheuse principale de l’étude, a expliqué que "les sous-lignées récentes d’Omicron, en particulier JN.1.45 apparue en 2024, comportent un nombre impressionnant de mutations - jusqu’à 89 - reflétant une capacité exceptionnelle d’adaptation et d’évasion du système immunitaire".
Le Maroc, un hub régional
Les analyses génétiques ont montré que le Maroc n’était pas un simple récepteur passif des variants, mais qu’il a joué un rôle central comme carrefour de transmission du virus en Afrique du Nord.
Les cartes de migration virale ont révélé des échanges bidirectionnels avec l’Europe, l’Afrique subsaharienne et l’Asie, en particulier lors des vagues Omicron.
Cette position stratégique du Maroc, au croisement des routes commerciales et touristiques, en a fait un point sensible dans le réseau mondial de propagation des variants, soulignant l’importance de renforcer les systèmes de surveillance sanitaire aux frontières.
Delta, le plus dangereux… Omicron, le plus contagieux
Bien que le variant Delta ait été le plus associé aux cas graves, Omicron s’est distingué par sa rapidité de propagation.
L’étude a noté que 79% des patients présentaient des symptômes, avec une prédominance dans la tranche d’âge 20-40 ans.
Le Pr Hicham Charoute, co-auteur de l’étude, a averti que "la baisse de la sévérité clinique avec les variants récents ne signifie pas la fin du danger. Leur forte transmissibilité continue de mettre en péril les personnes vulnérables, notamment les personnes âgées et les malades chroniques".
Vaccins et traitements face au défi des mutations
Les multiples mutations identifiées, en particulier E484K et N501Y, sont associées à une diminution de l’efficacité vaccinale, ce qui justifie la nécessité d’une mise à jour continue des vaccins.
Les chercheurs ont rappelé que ces mutations sont similaires à celles détectées au Brésil et en Inde, responsables de vagues épidémiques sévères.
Recommandations pour l’avenir
L’étude a formulé trois recommandations clés pour renforcer la préparation face aux futures pandémies :
1- Créer des centres permanents de surveillance dans les aéroports, ports et gares pour détecter immédiatement les nouveaux variants.
2- Investir dans des plateformes vaccinales flexibles, rapidement adaptables aux mutations émergentes, à l’image de l’expérience israélienne avec les vaccins bivalents.
3- Renforcer la coopération régionale en Afrique du Nord pour l’échange de données génomiques, avec l’appui de l’OMS, en vue d’établir un réseau de surveillance régional efficace.
Cette étude pionnière démontre que la surveillance génomique n’est pas un luxe scientifique, mais une nécessité impérative pour protéger la santé publique. Les virus ne connaissent pas de frontières, et les menaces pandémiques futures exigent une préparation scientifique et technologique avancée.
Elle met également en avant l’importance d’investir dans la recherche scientifique locale, car s’appuyer uniquement sur les bases de données internationales ne suffit pas à comprendre les spécificités nationales de la propagation et de l’évolution des épidémies.
Il est à noter que l’équipe de recherche marocaine, dirigée par le professeur Sayeh Ezzikouri, directeur de recherche à l’Institut Pasteur, est composée de: Oumaima Bouddahab, Safae Aqillouch, Hicham Charoute, Rachid Noureddine, Adil El Hamouchi, Oumaima Laazaazia, Achraf Aainouss, Hanâ Baba, Ahd Ouladlahsen, Pascal Pineau, Mohammed Sarih, Abderrahmane Maaroufi, Abdelhamid Barakat et Mustapha Lakhidar.
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