Société
Une "super grippe" en circulation: Ce qu’il faut savoir
12/12/2025 - 16:11
Khaoula Benhaddou | Halima Aamir
Une vague de grippe d’une intensité inhabituelle se propage depuis quelques semaines dans plusieurs pays. Surnommée "super grippe", cette flambée précoce et agressive interpelle les autorités sanitaires, même si le terme n’a rien d’officiel. Les experts parlent plutôt d’une saison grippale exceptionnellement active, soutenue par une variante du virus influenza. Qu’est-ce que cette "super grippe" ? Quels sont ses symptômes ? Et quelle est la situation au Maroc ?
Depuis quelques semaines, plusieurs pays à travers le monde enregistrent une activité grippale très élevée et particulièrement précoce, causée par des virus influenza qui circulent plus rapidement et plus largement que prévu.
Baptisée dans les médias "super grippe", cette hausse notable des cas touche plusieurs pays notamment la France et le Royaume-Uni. Le ministre britannique de la Santé, Wes Streeting, a déclaré que "cette flambée de grippe représente pour le NHS un défi sans précédent depuis la pandémie de Covid-19". Le nombre de patients hospitalisés y a bondi de plus de 50% en une semaine, entraînant des recommandations de port du masque dans les transports publics et les structures de soins.
En France comme dans plusieurs pays européens, l’activité grippale a commencé bien plus tôt que d’habitude et touche toutes les classes d’âge. Les indicateurs montrent une progression significative du virus.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’activité grippale augmente dans plusieurs régions du monde et devrait se poursuivre durant tout l’hiver dans l’hémisphère nord.
La situation au Maroc
"Au Maroc, nous constatons sur le terrain — en attendant les chiffres officiels du ministère de la Santé — une accélération des cas de syndromes grippaux depuis mi-novembre, avec une intensification ces derniers jours, alors que la saison démarre habituellement en décembre", explique le Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques de santé.
Et d’ajouter "Comme dans les autres pays de l’hémisphère nord on s’attend à beaucoup plus de cas, des infections plus sévères, plus de cas graves parmi les groupes vulnérables (plus de 65 ans, maladies chroniques quel que soit l’âge, femmes enceintes, obésité, maladies affaiblissant l’immunité, enfants de 6 mois à cinq ans) par rapport aux années précédentes".
Selon M. Hamdi, il faut également s’attendre à "une mise sous tension du système de santé dans les prochaines semaines, ainsi qu’à une hausse de l’absentéisme dans les écoles et les entreprises".
Contacté par SNRTnews, le Dr Mohamed El Youbi, directeur de l’Épidémiologie et de la Lutte contre les Maladies, se veut toutefois rassurant :
"Comme chaque saison, nous enregistrons une circulation de la grippe et d’autres virus, mais rien d’inhabituel cette année. L’augmentation des cas reste similaire aux saisons précédentes, et le taux de propagation est comparable à celui des dix dernières années".
Qu’est-ce que la "super grippe" ?
La principale responsable de cette vague est une variante du virus influenza A(H3N2), notamment un sous-groupe appelé subclade K, qui a accumulé plusieurs mutations.
Ces mutations semblent augmenter la capacité du virus à se propager et à échapper partiellement à l’immunité, ce qui pourrait expliquer la hausse des cas observée dans plusieurs pays.
Si les symptômes restent similaires à ceux d’une grippe classique, la virulence est plus marquée. Les patients présentent fréquemment une fièvre élevée, parfois au-delà de 40°C, des frissons, des maux de tête, un écoulement nasal et des douleurs articulaires plus intenses.
Selon le Dr Saïd Afif, pédiatre et président de la Société marocaine des sciences médicales: "nous enregistrons une augmentation des cas de grippe au Maroc comme dans plusieurs pays. Cette année, la particularité est une virulence accrue du virus qui circule".
Il évoque également l’impact de la dette immunitaire "Durant la pandémie de Covid-19 et le confinement, notre exposition aux virus saisonniers a fortement diminué, ce qui a affaibli l’immunité des enfants comme des adultes. Cette année, au lieu de symptômes qui durent deux ou trois jours, nous observons davantage de complications, parfois des surinfections ou des bronchites, surtout chez les personnes vulnérables et chez les enfants".
L’importance de la vaccination
Pour les spécialistes, la vaccination reste l’outil le plus efficace contre les formes graves de la grippe. Même si son efficacité varie d’une saison à l’autre, elle permet de réduire les hospitalisations et les décès.
Le Dr Afif rappelle: "Chaque année, des millions de personnes décèdent dans le monde à cause de la grippe, alors que la vaccination pourrait les protéger, notamment les enfants, les personnes âgées et celles souffrant de maladies chroniques comme le diabète, l’asthme, les maladies cardiaques ou rénales. Le vaccin ne protège pas à 100 %, mais il prévient les formes graves."
Comment se protéger ?
En plus de la vaccination, Dr Afif ne rate pas l’occasion pour rappeler les règles d’hygiène essentielles pour prévenir les maladies "nous avons tendance à oublier les règles d’hygiène comme le lavage fréquent des mains, éviter de se toucher le visage, couvrir sa bouche et son nez en toussant ou éternuant. Mais ces gestes sont très importants" et d’ajouter: "En cas d'apparition des symptômes, il faut rester à la maison, éviter les lieux fréquentés, aérer la chambre même s’il fait froid, et surtout consulter un professionnel de santé si les symptômes s’aggravent. Les parents sont également appelés à garder les enfants malades à la maison pour limiter la circulation du virus".
Une saison à surveiller de près
La "super grippe" évoquée par certains médias correspond donc à une saison particulièrement active, influencée par une nouvelle variante du virus influenza qui provoque une hausse précoce des cas dans plusieurs pays. Les autorités sanitaires restent vigilantes et appellent à renforcer la vaccination et le respect des mesures d’hygiène.
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