Société
Vaccination des 5-11 ans au Maroc .. une priorité?
22/12/2021 - 13:02
Khaoula Benhaddou
Le débat sur la vaccination des enfants de moins de 11 ans est d’actualité. Ce mercredi, les enfants français de la tranche 5-11 ans recevront leurs premières doses du vaccin contre la Covid-19. D’autres pays comme le Canada, Israël, l’Espagne et le Danemark ont déjà franchi le pas. La vaccination de cette catégorie est-elle nécessaire ? Sera-t-elle obligatoire ? Qu'on est-il du Maroc ?
Longtemps considérée comme la tranche d’âge la moins vulnérable, la catégorie des 5-11 ans change la donne en ces temps de pandémie. Les enfants ont en effet 25 fois moins de risque de développer une forme grave de la maladie, et seuls quelques enfants sont décédés à travers le monde à cause de la pandémie depuis son début. Mais l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a recommandé vivement, début décembre 2021, leur vaccination.
En France, la Haute autorité de Santé (HAS) a donné son aval pour la vaccination de cette catégorie. À travers cette décision, fondée sur l’étude du rapport bénéfices/risques, qui s’est avéré "favorable", la HAS ambitionne de réduire la circulation du virus dans la population générale. Ainsi, les enfants français âgés de plus de 5 ans recevront leurs premières doses à partir de ce mercredi 22 décembre 2021, dans un contexte général marqué par une cinquième vague de Covid-19 … la vague Omicron.
Quid du Maroc
Alors que le Maroc est jusqu’ici loin d’une nouvelle rechute épidémique, le ministère de la Santé et de la protection sociale a annoncé, mardi 21 décembre, la découverte de 28 cas d’Omicron, dont 5 enfants âgés de 4 mois à 13 ans. Doit-on alors vacciner les enfants de 5 à 11 ans ?
"Aucune décision n’a été prise à ce sujet", répond de prime abord Moulay Saïd Afif, pédiatre et membre du Comité national technique et scientifique consultatif de vaccination. Et de préciser que la décision "doit être prise à l’unanimité des membres". Mais avant tout, le comité se penche sur les résultats des dernières recherches scientifiques et de terrain pour avoir une idée sur "le degré de contamination chez cette catégorie", avant de prendre une décision.
Pour Tayeb Hamdi, chercheur en politiques et systèmes de santé, cette vaccination est nécessaire pour protéger les enfants ainsi que leurs proches. "Il est vrai que les enfants de moins de 11 ans n’étaient pas très touchés par la Covid-19 au début de la pandémie, mais ils n’ont pas été épargnés par le Delta, encore moins par Omicron", avance-t-il. Et d’ajouter : "Les enfants ne développement pas forcèment de formes graves de la maladie, mais ils risquent de développement le PIMS (syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique, NDLR.) qui apparaît après l’infection au coronavirus. Il est vrai que ce syndrome ne touche qu’un enfant sur 1.000, mais avec omicron ce chiffre risque de s’élever".
Omicron peut donc constituer un véritable danger pour les enfants de bas âge. En plus, ceux-ci peuvent être un véritable vecteur de transmission de la maladie. Tayeb Hamdi explique : "Les enfants peuvent être un réservoir de virus et des relais d’infection surtout avec le nouveau variant d’omicron. Si un enfant est touché, il risque de contaminer, en plus de sa famille, ses amis de classes, ses maîtresses et plusieurs personnes de son école".
Dispose-t-on de vaccins adaptés à cette tranche d’âge ?
Le vaccin de Pfizer a reçu l’aval de l’administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments (FAD) pour son utilisation chez les enfants. L’autorité américaine a estimé, en octobre dernier, que ce sésame "présente plus d’avantages que de risques pour ces enfants". Selon les résultats d’un essai clinique, le sérum de Pfizer est efficace à 90.7% pour prévenir les formes symptomatiques chez les enfants de 5 à 11 ans.
Pour Tayeb Hamdi, les doses du vaccin de Pfizer, approuvés par les autorités sanitaires marocaines, sont réduites pour s’adapter aux enfants. "Les enfants de moins de 11 ans recevront des doses de 10 microgrammes. Les enfants de plus de 12 ans reçoivent des doses de 20 microgrammes, alors que les adultes reçoivent des doses de 30 microgrammes. La dose est réduite parce que les enfants produisent beaucoup plus d’anticorps", explique le médecin.
Vacciner les enfants, une urgence ?
La vaccination des enfants est indispensable pour garantir une immunité collective et pouvoir ainsi tourner la page de la pandémie. Toutefois, il ne s’agit pas d’une priorité, précise Saïd Afif. Il explique : "Si la France a pris la décision de vacciner les enfants de moins de 11 ans, c’est parce qu’elle a vacciné 75% de sa population. 640.000 Français prennent tous les jours la 3e dose, alors que dimanche dernier, seuls 2.500 Marocains ont reçu la dose de rappel". Il est donc plus "prioritaire" de procéder à la vaccination des séniors. "En tant que pédiatre, je dis que la priorité est de vacciner les personnes cibles et d’accélérer plus davantage la prise de la 3e dose", poursuit-il tout en appelant les citoyens à adhérer à la campagne de vaccination et à se faire inoculer la troisième dose.
Le pédiatre a par la suite rappelé la réussite de la campagne de vaccination des 12-17 ans. Pour lui, les mérites de cette réussite reviennent aux parents et aux enfants qui "nous ont donné une leçon de citoyenneté". "Nous comptons 2,6 millions d’enfants vaccinés sur un total de 2,8 millions d’enfants, soit plus de 90%. Les enfants nous ont donné une vraie leçon", insiste le médecin.
Pour sa part, Tayeb Hamdi rappelle que cette vaccination se doit d’être volontaire. "La vaccination de cette tranche de la société est nécessaire, mais elle ne doit en aucun cas être obligatoire. D’ailleurs, les écoles ne doivent pas interdire les élèves d’accéder en classe s’ils ne sont pas vaccinés comme a été le cas dans certains établissements", conclut le spécialiste.
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